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L’accord Egypte-FMI bel et bien finalisé

Marwa Hussein, Mercredi, 16 novembre 2016

L'Egypte a reçu la première tranche du prêt du FMI, une semaine après le flottement de la livre et la baisse des subventions. Le gouvernement espère réduire le déficit budgétaire, alors que l'ampleur de la dette publique est à craindre.

L’accord Egypte-FMI bel et bien finalisé
président Sissi et Christine Lagarde lors du sommet du G20 en septembre. (Photo : Mohamad Samaha)

L’egypte a reçu la première tranche de 2,75 milliards de dollars de valeur, d’un financement du Fonds Monétaire International (FMI). Cela à peine quelques heures suite à l’ap­probation par le conseil d’adminis­tration du FMI d’un prêt sur trois ans de 12 milliards de dollars, vendredi 11 novembre. Le lendemain, Tareq Amer, le gouverneur de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), a confir­mé à Al-Ahram Online avoir effecti­vement reçu le montant total de la première tranche. Mi-août, l’Egypte et le FMI avaient conclu un accord initial selon lequel l’Egypte devait recevoir un prêt de l’institution inter­nationale, un prêt qui va de pair avec un programme de réforme. En vertu de ce programme, le gouvernement a introduit une taxe sur la valeur ajou­tée en octobre, coupé les subventions à l’énergie et libéré le taux de change au cours de la première semaine de novembre. Le prêt de 12 milliards de dollars sera remboursé en 10 ans avec un délai de grâce de 4,5 ans, a révélé le ministre des Finances. Une source du FMI, ayant requis l’anony­mat, a dit à l’Hebdo que le taux d’intérêt sera entre 1,5 et 2 %.

L’objectif principal du programme adopté par le gouvernement sera de réduire le déficit budgétaire prévu à atteindre 12,2 % du PIB en 2015/16, selon le projet du budget 2017/18, publié il y a quelques jours. Selon le récent document, le gouvernement vise à réduire le déficit entre 8,5 et 9,5 % en 2017/18 contre les 9,8 % prévus l’année en cours. Christine Lagarde, directrice générale du FMI, a salué le programme économique du gouvernement soulignant le sou­tien du fonds. « La baisse considé­rable du déficit budgétaire et la mise de la dette publique sur la courbe descendante représentent un objectif important du programme des autori­tés égyptiennes », a dit Lagarde dans un communiqué rendu public par le FMI suite à la conclusion de l’ac­cord. « Les procédures les plus importantes pour réaliser cet objec­tif sont l’imposition de la TVA, la baisse des subventions et l’optimisa­tion de la facture des salaires du secteur public », poursuit le commu­niqué.

Les institutions internationales satisfaites

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Une partie du prêt servira à soutenir les réserves en devises (Photo : Reuters)

Malgré le mécontentement popu­laire provoqué par les mesures d’austérité récentes, les institutions internationales ont célébré les déci­sions du gouvernement. Le jour même de l’approbation de l’accord du financement avec le FMI, l’agence de notation internationale, Standard and Poor’s (S&P), a révisé les perspectives des crédits souve­rains de l’Egypte, de négatif à stable, en conséquence du support du FMI. Quelques jours avant, Moody’s avait dit dans un communiqué que la déci­sion du flottement de la livre égyp­tienne avait une incidence positive sur la qualité de crédits pour les banques égyptiennes, ajoutant qu’elle augmenterait la disponibilité des dollars dans l’économie.

L’Egypte a conclu des accords initiaux avec le FMI à trois reprises depuis janvier 2011, mais les sommes en question étaient de 3,2 milliards (par deux fois) et de 4,8 milliards de dollars. Dans un premier temps, l’opinion publique percevait mal l’accord.

Suite à l’annonce, le taux de change officiel du dollar est tombé à une moyenne de 15,9 L.E. par dollar contre 17,8 L.E. avant le week-end. « Le gouvernement et la Banque Centrale ont mené un jeu psycholo­gique bien réussi en libérant le taux de change après que le dollar eut atteint un pic de 18 L.E. », raconte Noeman Khalid, analyste auprès de CI Capital. Le 3 novembre, le gou­vernement a laissé flotter la monnaie locale contre le dollar, alors qu’elle était échangée sur le marché noir au double de son prix officiel. Le flotte­ment faisait partie du programme de réforme réclamé par le FMI.

Objectif : 25 milliards de dollars de réserves

La BCE va utiliser au moins une partie du prêt pour soutenir les réserves en devises. L’objectif de la BCE est de les emmener à 25 mil­liards de dollars avant la fin de l’an­née. Des médias officiels, dont la télévision nationale et la MENA, l’agence de presse nationale, ont annoncé que les réserves ont atteint 23 milliards de dollars après l’an­nonce de l’accord. En fait, les réserves sont alimentées par des prêts. Le gouverneur de la BCE, Tareq Amer, avait précédemment déclaré qu’aucun pas envers la déva­luation ne serait pris avant la hausse des réserves en devises étrangères en Egypte, pour atteindre au moins 25 milliards de L.E. mais il a dû procé­der au flottement sous pression du FMI. En septembre, les réserves en devises étrangères ont enregistré la plus grande hausse depuis juin 2015, une hausse de 15 %, pour atteindre actuellement 19,5 milliards de dol­lars, mais ont chuté de plus de 550 millions de dollars pour atteindre 19 milliards de dollars à la fin d’oc­tobre.

L’Egypte doit en outre assurer le reste du financement de son pro­gramme de réforme évalué à 21 milliards de dollars sur 3 ans, selon son accord avec le FMI. L’Egypte a émis des obligations de 4 milliards de dollars dans la Bourse irlandaise, deux jours avant l’approbation du crédit par le FMI, dans une tentative de trouver de nouvelles ressources financières pour combler le déficit budgétaire en croissance, selon Amr Al-Garhy, ministre des Finances. La veille de l’accord, la BCE a dit avoir conclu un accord pour obtenir 2 mil­liards de dollars de financement auprès des banques mondiales avec une échéance d’un an.

Doutes sur la dette publique

La crainte principale serait de voir la dette publique gonfler. Surtout que le flottement de la livre a été accom­pagné par une décision de la BCE d’élever les taux d’intérêt directeurs par 3 %. Cela dans l’espoir d’encou­rager les Egyptiens à économiser en livre égyptienne et pas en devises. Les banques gouvernementales ont par la suite offert des carnets d’épargne en monnaie locale avec un taux d’intérêt de 20 %. La Banque Nationale d’Egypte (NBE), la Banque Misr et la Banque du Caire ont aug­menté leurs certificats d’épargne d’un an et demi à un taux d’intérêt de 20 % et ont augmenté le taux d’intérêt des certificats de 3 ans à 16 %. « Les taux d’intérêt vont bientôt baisser. L’effet de leur hausse sur le service de la dette dans le budget ne sera pas désastreux car ils ne vont durer que pour 2 à 3 mois », prévoit Noeman Khalid, rappelant que le taux d’intérêt sur les bons de Trésor a déjà baissé, après une hausse la semaine dernière. « Le problème du dollar a éclaté car les liquidités en monnaie locale sont élevées, la BCE veut les absorber pour freiner la spéculation sur le dollar », ajoute-t-il.

En fait, le service de la dette est de sa part déjà en hausse, prévu à hau­teur de 31 % des dépenses publiques pour 2016/17 contre 22,4 % en 2015/2016, et seulement 22,2 % en 2011/2012. La dette publique exté­rieure a ainsi atteint 53,4 milliards de dollars fin mars, passant à 16,5 % du Produit Intérieur Brut (PIB), contre 46,1 milliards fin septembre 2015, ne représentant que 12,6 % du PIB. Cependant, ce que Noeman Khalid craint le plus n'est pas les chiffres, mais le fait que les multiples prêts de l’Egypte ne sont pas destinés à des projets rentables pour créer des reve­nus pour rembourser les dettes. « La dette du Japon, par exemple, dépasse 200 % du PIB, mais il s’agit de prêts à long terme déployés dans des pro­jets de construction, mais les prêts de l’Egypte visent à payer le service de la dette et réduire le déficit. La majorité de la dette au cours des deux dernières années est de court et moyen terme. C’est un mauvais signe mais c’est normal vu l’instabi­lité du pays », relate Khalid.

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