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Le manque de devises freine l’économie

Marwa Hussein et Névine Kamel, Lundi, 27 juin 2016

Un rapport économique international prévoit une croissance de 3,3 % de l’économie égyptienne fin 2015/16.

Le manque de devises freine l’économie
Le gouvernement veut introduire la TVA pour accroître les revenus fiscaux. (Bassam Al-Zoghby)

Les prévisions de croissance écono­mique de l’Egypte par les centres de recherches et instituts internationaux sont clairement plus prudentes que celles du gouvernement. Le rapport du mois de juin de l’organisation basée à Barcelone (Espagne) Focus Economics, qui analyse les économies dans 127 pays, prévoit une crois­sance économique modeste de 3,3 % de l’éco­nomie égyptienne fin 2015/16 et de 4 % pour l’année suivante. Cela, contre des prévisions officielles de 4,4 et 5,1 % pour l’année fiscale en cours et l’année suivante, respectivement. « Le Produit Intérieur Brut (PIB) va probable­ment croître à un rythme modéré cette année, la croissance économique étant freinée par la pénurie du dollar, les déséquilibres macroéco­nomiques, les incertitudes politiques et la mise en oeuvre de réformes », souligne le rapport, ajoutant que bien que la réforme fiscale du gouvernement soit un pas dans la bonne direc­tion, il reste à voir si ce dernier atteindra ses objectifs.

Le gouvernement avait annoncé une série de mesures dans l’objectif de réduire le déficit budgétaire mais a jusqu’à lors tardé à les intro­duire, y compris la création d’une Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) qui devait accroître les revenus fiscaux de 1 % du PIB. Le gouverne­ment avait introduit en juin 2014 un plan de démantèlement graduel des subventions des carburants sur cinq ans qu’il a suspendues avec la baisse des cours internationaux du pétrole. Il a cependant poursuivi son plan de hausse des prix de l’électricité. En outre, le gouvernement avait annoncé en 2015 son intention de promul­guer une nouvelle loi pour l’investissement que les milieux d’affaires attendent toujours en vain. Cependant, le gouvernement a révélé qu’il vise à introduire ces réformes pour l’exercice fiscal prochain. « Cela dit, les objectifs de consolida­tion budgétaire, récemment annoncés dans le budget 2016/17, sont des nouvelles positives. Les mesures pour réduire le déficit compren­nent une baisse des subventions étatiques de 14 % et l’application de la taxe sur la valeur ajoutée », dit Focus Economics.

Selon le rapport, les principales difficultés auxquelles l’économie égyptienne fait face sont la pénurie du dollar et la hausse de la dette publique intérieure. Celle-ci a atteint 2,4 billions de L.E. (280 milliards de dollars) fin mars (88,1 % du PIB) contre 2,1 trillions (226 mil­liards de dollars), ou 87,1 % du PIB en juin de l’année écoulée. Focus Economics prévoit une dette publique intérieure à 90,4 % vers la fin de 2015/16. La posture économique régionale ainsi qu’internationale n’a pas offert de support à l’économie égyptienne, « en outre, la situa­tion financière de l’Egypte s’est aggravée alors que le soutien financier de ses pairs régionaux riches en pétrole s’est affaibli avec la chute des prix du pétrole », disent les auteurs du rapport, rappelant que l’agence de notation internatio­nale, Standard & Poor's, a révisé en mai les perspectives de crédit de l’Egypte, de stable à négative, reflétant les déséquilibres accrus.

Le déficit budgétaire est prévu à 9,9 % pour 2016/2017, selon le gouvernement, contre des attentes de 11,5 % pour l’exercice 2015/2016. Mohamad Abou-Bacha, économiste auprès de la banque d’investissement EFG-Hermes, estime que la pénurie de devises est le défi prin­cipal de l’Egypte. « Si le gouvernement par­vient à résoudre la crise du dollar qui affecte l’investissement et la création d’emplois, accompagnée par la mise en oeuvre de réformes des taxes, de l’énergie et du réseau de protec­tion sociale, il parviendra à résoudre les pro­blèmes économiques traditionnels comme la dette et le déficit », estime-t-il.

Prévisions pas si sombres
Le rapport Consensus Forecast, toujours de l’organisation Focus Economics et qui interroge les principaux analystes économiques du monde, prévoit en outre que le dollar s’échan­gera à 12,69 L.E. vers la fin de l’année fiscale 2019/20, contre un prix officiel de 9,49 L.E. Aujourd’hui, le dollar s’échange à 8,88 L.E. Des prévisions pas si sombres vu que le dollar s’échange sur le marché noir à plus de 10,50 L.E. « Une pénurie grave du dollar limite les activités des milieux d’affaires et a des réper­cussions négatives sur l’économie en général », souligne Focus Economics sur son site Internet. Le manque de dollars est le facteur qui inquiète les économistes le plus, semble-t-il. Focus Economics décrit l’économie égyptienne comme étant « debout sur un terrain glissant ». « La baisse du tourisme fait traîner l’activité économique depuis la fin 2015. Moins de tou­ristes et la baisse des revenus du Canal de Suez ont provoqué un plongeon des réserves de change du pays », dit Focus Economics, ajou­tant que le crash d’un avion d’Egyptair dans la Méditerranée en mai est un autre pas en arrière pour le tourisme égyptien.

Les prévisions de Focus Economics pour le taux de change en 2016 vont de pair avec celles de EFG-Hermes, la plus grande banque d’in­vestissement régionale. Mohamad Abou-Bacha, économiste auprès de Hermes, prévoit un prix officiel du dollar à 9,5 L.E. vers la fin de l’an­née. La baisse des revenus du tourisme, accom­pagnée de celle du flux des investissements étrangers, a, suite à la révolution de janvier 2011, provoqué une baisse sérieuse des revenus en dollars. En conséquence, le taux de change officiel du dollar a augmenté de trois livres depuis 2011.

En mars dernier, la Banque Centrale d’Egypte (BCE) a procédé à une dépréciation de la livre de 13 % en une journée, et les prévisions du taux de change pour les prochaines années ne font pas l’unanimité. « Il est difficile de prévoir le prix de la livre dans les années à venir vu qu’il est lié à différents scénarios et mesures du gouvernement », dit Abou-Bacha. Et d’ajouter que le taux de change à l’avenir sera affecté par les solutions que le gouvernement présentera face à la pénurie de devises, quant aux réformes économiques, à l’économie mondiale et celle des pays du Golfe, en conséquence de la baisse des cours du pétrole. « Tous ces facteurs font pression sur les niveaux de croissance en Egypte, et par la suite, la capacité de l’écono­mie d’augmenter ses ressources en dollars », conclut-il. Une source de la Banque Centrale ayant requis l’anonymat estime qu’il est très difficile de prévoir le taux de change aussi pré­cisément que le rapport de Focus Economics. « Le dollar pourrait s’échanger à un prix plus élevé que celui prévu par le rapport, ou à un prix plus bas compte tenu de l’ambiguïté du jeu politique de la région », prévoit la source.

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