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Corruption : Une hausse presque banale

Marwa Hussein, Mardi, 10 mai 2016

Près de la moitié des Egyptiens versent des pots-de-vin pour avoir accès aux services publics, selon un rapport de Transparence Internationale. Un taux des plus élevés de la région.

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45 % des Egyptiens affirment qu'ils payent des pots-de-vin pour recevoir leurs cartes d'identité ou des permis. (Photo: Mohamad Hassanein )

La corruption en Egypte est courante, même comparée à d’autres pays de la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, selon un rapport de l’ONG Transparence Internationale (TI). Dans sa dernière édition de son Baromètre mondial de la corruption au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, 50 % des personnes interrogées en Egypte disent avoir payé un pot-de-vin pour avoir accès aux services publics. Le taux est similaire au Soudan et au Maroc. « Pour ces trois pays, environ la moitié des personnes interrogées (entre 48 et 50 %) ont payé un pot-de-vin quand elles sont entrées en contact avec un service public, lors de l’année écoulée », soulignent les auteurs du rapport. Au Yémen, 77 % des interrogés ont reporté avoir payé un pot-de-vin dans la même situation. C’est dans cette catégorie, le taux le plus élevé de la région.

Dans son enquête, TI a tenté de mesurer la perception des citoyens de la corruption dans six services publics : écoles, services domestiques, hôpitaux, administration, police et justice. Les résultats montrent qu’en Palestine, Jordanie, Algérie et Tunisie, ces six services sont relativement propres par rapport aux autres pays de la région. « En Egypte, au Yémen et au Soudan, les taux de corruption pour ces six services sont beaucoup plus élevés que les autres pays de la région, ce qui démontre la gravité du problème de la corruption dans ces pays en particulier », insiste le rapport. Paradoxalement, les interrogés en Egypte (avec la Jordanie et la Tunisie) ont donné le plus grand nombre d’avis tempérés sur le niveau général de corruption dans leur pays, surtout comparé au Yémen et au Liban, où « les citoyens sont les plus critiques ». Cette donne a particulièrement intrigué les auteurs du rapport, qui constatent que « l’Egypte se situe très mal dans le domaine de la corruption dans le secteur public, montrant l’un des taux de corruption les plus élevés de la région ».

L’ONG de lutte contre la corruption, basée en Allemagne, a rapporté un manque de connaissance des canaux de communication, avec une personne sur huit disant ne pas savoir où ni comment signaler un cas de corruption (13 % en moyenne). En Algérie et en Egypte, la proportion de personnes indiquant ne pas connaître les mécanismes de dénonciation de la corruption augmente du quart. « Ce qui indique un besoin plus important dans ces pays de mieux faire connaître les mécanismes actuels de protection des dénonciations », dit TI.

Malgré le taux élevé de corruption en Egypte, ce pays et le Maroc sont les deux seuls de la région où la population détient une perception plus diverse de la manière dont le niveau de corruption a changé, avec des proportions relativement égales affirmant que la corruption a, soit augmentée, soit restée au même niveau ou diminuée. En Egypte, 28 % des interrogés ont estimé que la corruption est en hausse, 30 % ont dit que le niveau de corruption est stable, et 31 % ont estimé que la corruption est en baisse.

Les Egyptiens estiment que le niveau de corruption le plus élevé frappe le secteur de la justice, avec 53 % des interrogés disant avoir payé des pots-de-vin au cours de la période de l’enquête, entre septembre 2014 et novembre 2015. Environ 45 % des Egyptiens disent avoir payé des pots-de-vin lors de la délivrance de cartes d’identité, cartes d’électeur ou permis, alors qu’environ 43 % payent des dessous-de-table lorsqu’ils traitent avec la police.

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Secteur privé plus corrompu

Les Egyptiens déclarent par ailleurs que le secteur privé est le plus corrompu : 38 % pensent que la plupart ou la totalité des cadres dirigeants du secteur privé sont corrompus, 27 % croyant que la plupart des fonctionnaires gouvernementaux sont corrompus, et 36 % croient que les politiciens et élus locaux sont corrompus. Seuls 12 % des répondants annoncent que le premier ministre et les fonctionnaires de la présidence sont corrompus. Le rapport note que l’enquête menée en Egypte a questionné sur les « fonctionnaires de la présidence » plutôt que sur le « président et des représentants dans son bureau » et « les fonctionnaires de la Cour » plutôt que « les juges et les magistrats ».

Pour réaliser l’enquête, TI et ses partenaires nationaux ont parlé à 10 797 adultes dans 9 pays : Algérie, Egypte, Jordanie, Liban, Maroc, Palestine, Soudan, Tunisie et Yémen. En général, dans la région, le problème de la corruption est largement perçu à la hausse. Une majorité de personnes (61 %) disent penser que la corruption a augmenté (soit un peu ou beaucoup) dans les 12 mois précédant l’enquête. Seuls 15 % estiment qu’elle a diminué (soit un peu ou beaucoup), tandis que 19 % disent penser qu’elle est restée au même niveau. Dans certains pays, la situation est perçue comme particulièrement mauvaise. Au Yémen et en Jordanie, trois quarts ou plus des répondants (84 et 75 % respectivement) disent qu’ils pensent que la corruption a augmenté au cours des 12 mois précédant l’enquête. Le chiffre atteint 9 personnes sur 10 (92 %) au Liban, le taux le plus élevé de cette catégorie.

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