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Médicaments : Les raisons de la pénurie

Ola Hamdi, Lundi, 28 mars 2016

Certains médicaments destinés à traiter des maladies chroniques comme l'hypertension et les maladies cardiovasculaires sont introuvables sur le marché. Le ministère de la Santé annonce des mesures pour faire face à la crise.

Médicaments : Les raisons de la pénurie
L’Egypte importe chaque année pour 1,2 milliard de dollars de matières premières qui entrent dans la production des médicaments. (Photo : AFP)

L’Egypte est confrontée à une grave pénurie de médicaments, et cela est dû à la crise du dollar. C’est en tout cas ce qu’affirment les compagnies pharmaceutiques qui ont arrêté la production de certains médicaments n’étant « plus en mesure de couvrir les frais de production ». Les compagnies font porter la responsabilité de cette pénurie à la tarification actuelle des médicaments, fixée par le ministère de la Santé et qui, selon eux, n’a pas bougé alors que le dollar s’est envolé. Or, près de 90 % des composants pharmaceutiques sont importés en dollars, affirment les compagnies. Et selon les dernières statistiques, l’Egypte importe chaque année pour 1,2 milliard de dollars de matières premières qui entrent dans la production des médicaments. « Plusieurs médicaments essentiels sont aujourd’hui introuvables sur le marché. Beaucoup de ces médicaments sont destinés aux personnes qui souffrent de maladies chroniques comme l’hypertension et les maladies cardiovasculaires », explique Ahmad Sayed, pharmacien. En effet, les malades ont de plus en plus de mal à trouver les médicaments. « Cela fait trois semaines que je suis sans médicaments. Celui-ci est introuvable dans les pharmacies. Le médecin m’a prescrit un médicament alternatif, mais je ne sais pas s’il est bon », témoigne Ikram Abdallah, 70 ans, qui souffre d’insuffisance cardiaque.

189 médicaments

L’ordre des Pharmaciens a publié une liste de 189 médicaments qui ne sont plus disponibles sur le marché. Il s’agit de médicaments importés ou produits localement, mais dont la production a cessé. « La disparition de ces médicaments menace la vie de millions de patients en Egypte », affirme l’ordre dans un communiqué. Parmi ces médicaments figurent notamment le Méthotrexate 50 mg et le Mikosab qui sont des médicaments contre le cancer, l’Ursodiol 250 mg pour le traitement du foie, le Tnidon contre l’hypertension, et certains antibiotiques comme l’Amoxil 500 mg et le Dalasin C 300 mg ainsi que d’autres médicaments pour le traitement de la maladie de Parkinson, les troubles gastro-intestinaux, les caillots sanguins et contre les brûlures. Mohamad Adly, pharmacien qui travaille dans une grande compagnie pharmaceutique, affirme qu’au début de 2015, sa compagnie a dû licencier 20 % de ses employés en raison d’une diminution des bénéfices, et même après cette mesure, les bénéfices de l’entreprise sont encore inférieurs à ce qu’ils étaient. « Avec la crise du dollar, la compagnie a réduit la production des médicaments qui ne font pas de bons profits », assure-t-il. Ossama Rostom, vice-président de la Chambre de l’industrie pharmaceutique, blâme les restrictions sur les prix des médicaments imposées par le ministère de la Santé. Selon lui, le ministère de la Santé a ignoré les appels des fabricants à augmenter les prix, de peur « d’indigner la population et les médias », ajoutant que les prix des médicaments doivent augmenter de 30 %, afin de faire face à la flambée du dollar depuis 2011. « Les médicaments sont soumis à un contrôle strict par le ministère de la Santé. Les compagnies n’ont pas le droit d’augmenter les prix même si le prix du dollar change. Dans de telles conditions, les entreprises n’ont que deux solutions : arrêter la production ou bien réduire la production, jusqu’à ce que le ministère accepte d’augmenter les prix. Et dans les deux cas, il y aura une pénurie », affirme Rostom. Selon lui, la crise est due à l’hésitation du ministère de la Santé à augmenter les prix des médicaments ignorant un facteur-clé de la crise, à savoir que la livre égyptienne a perdu 40 % de sa valeur par rapport au dollar. Même son de cloche pour Ali Ouf, de la Chambre de commerce, qui assure que la crise du dollar s’est reflétée non seulement sur le coût de fabrication des produits pharmaceutiques, mais aussi sur les prix des industries associées, comme le carton et le plastique. « Un certain nombre de sociétés pharmaceutiques vont cesser ou réduire leur production car elles ont subi des pertes. Depuis 1995, le ministère de la Santé ne permet les hausses de prix que dans des limites très étroites, et pour certains types de médicaments », affirme Ouf, qui s’attend à ce que la pénurie augmente et englobe 300 types de médicaments.

Moyen de pression

Pourtant, tout le monde ne voit pas les choses du même oeil. Sabri Al-Tawil, de l’ordre des Pharmaciens, accuse les compagnies pharmaceutiques d’utiliser la hausse du dollar comme prétexte pour suspendre une partie de leur production et utiliser ce fait comme moyen de pression sur le gouvernement pour libérer les prix des médicaments. Al-Tawil dénonce « l’absence d’une stratégie claire au sein du gouvernement pour traiter les crises ». Selon lui, les compagnies pharmaceutiques ont réalisé des gains astronomiques au cours des dernières années. Et les prix de certains médicaments ont augmenté à plusieurs reprises au cours des dix dernières années. Selon les statistiques du Centre égyptien du droit au médicament, une ONG qui travaille dans le domaine de la santé, les compagnies pharmaceutiques privées ont réalisé en 2015 des gains compris entre 933 millions et 2,25 milliards de L.E. avec une progression de 14 % par rapport à 2014. Selon le centre, la pénurie de médicaments est surtout due au fait que beaucoup de compagnies pharmaceutiques qui réalisent chaque année des gains énormes ne veulent pas voir leurs gains diminuer.

Le député indépendant Abdallah Zeineddine a présenté une interpellation sur la politique du gouvernement pour faire face à la crise. « L’augmentation des prix des médicaments va alourdir le fardeau qui pèse sur les couches défavorisées », affirme-t-il. Héba Wanis, chercheur indépendant dans les questions de santé, dénonce les politiques incohérentes en matière de santé publique en Egypte. « Il y a un manque de vision clair concernant la politique de production et de tarification des médicaments en Egypte », conclut-elle.

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