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Dollar : La BCE dans l’impasse

Névine Kamel, Jeudi, 25 février 2016

La Banque Centrale d’Egypte a porté le plafond mensuel des dépôts bancaires des sociétés à 1 million de dollars. Une décision qui vise à endiguer la pénurie de dollars, tandis que sur le marché noir, le billet vert a franchi les 9 L.E. Du jamais-vu.

Dollar : La BCE dans l’impasse
La demande accrue sur le dollar a propulsé le billet vert vers de nouveaux sommets.

Une étincelle ravive à nou­veau la crise du dollar. Le gouverneur de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), Tareq Amer, a décidé la semaine der­nière, et pour la deuxième fois en un mois, d’accroître le plafond des dépôts en dollars pour les entreprises exporta­trices à 1 million de dollars. Ce plafond a été de 50 000 dollars pendant près d’un an avant que la BCE n’intervienne il y a trois semaines pour l’élever à 250 000 dollars, ce qui a immédiatement, selon les déclarations du gouverneur de la BCE, engendré une demande supplémen­taire sur le marché noir d’environ 1 mil­liard de dollars.

Le prix du dollar a ainsi pour la pre­mière fois de l’histoire dépassé le seuil de 9 L.E., pour atteindre 9,2 L.E. sur le marché noir suite à la décision de porter les dépôts à 1 million de dollars, enregis­trant une hausse de 5,7 % par rapport à la L.E. Alors que le prix officiel est de 7,83 L.E. Le gouverneur était intervenu en novembre dernier suite à sa nomination pour réduire la valeur du dollar de 20 piastres vis-à-vis de la L.E. Il s’échan­geait à 8,03 L.E. avant cette intervention.

Satisfaire les besoins

« La décision de la BCE de porter les dépôts à 1 million de dollars a poussé une nouvelle catégorie de personnes à acheter des dollars sur le marché noir », explique Hani Guéneina, chef du dépar­tement des recherches auprès de la banque d’investissement Beltone Financial. Guéneina explique qu’avec cette dernière hausse du plafond des dépôts, la demande sur le dollar de la part des entreprises a enregistré une forte hausse. Et vu la pénurie de dollars sur le marché, les banques sont incapables de satisfaire les besoins de toutes les entre­prises, qui ont alors recours au marché noir afin de poursuivre leurs activités. « C’est leur seul recours », dit-il. Un bon nombre d’entre elles a toutefois dû sus­pendre les activités par manque de billets verts. General Motors, obligée de sus­pendre ses activités sur le marché égyp­tien pendant environ deux semaines, a été un exemple marquant de la crise. « La BCE n’avait pas donc le choix. Elle était obligée d’accroître le plafond des dépôts pour sauver les entreprises égyptiennes, un des principaux moteurs de la relance économique », explique Mohamad Zaki El-Sweedy, président de l’Union des industries, pour qui le gouvernement prendra les mesures nécessaires pour contrôler le marché noir. « La BCE réus­sira à contrôler le marché noir comme elle l’a déjà fait auparavant », dit-il en faisant référence aux étapes posées par la BCE pour que les importateurs profitent de la hausse du plafond des dépôts (voir encadré). Le président de la Banque du développement industriel, Al-Sayed Al-Kosseir, défend aussi la BCE. « La BCE n’a pas la charge de fournir des dollars au marché. Son rôle se limite à la gestion du dollar sur le marché », dit-il en mentionnant que la BCE a récemment pris des mesures pour la rationalisation de l’usage du dollar avec notamment l’aug­mentation des droits de douanes pour la diminution des importations égyptiennes.

Dévaluation imminente

La hausse du plafond des dépôts et celle du dollar sur le marché noir laisse les experts penser qu’une dévaluation de la L.E est imminente. La banque d’investissement Beltone Financial a ainsi publié le 17 février un document intitulé « L’Egypte vers la dévaluation de la L.E ». Elle y estime que la hausse du plafond des dépôts est une étape vers une dévaluation certaine de la L.E. vis-à-vis du dollar. « Cette étape est néces­saire pour réduire l’écart croissant entre le prix de vente officiel et celui au marché noir », dit-elle. Les banques d’investissement oeuvrant en Egypte ainsi qu’un bon nombre d’experts lui emboîtent le pas. « Le retard de cette dévaluation, d’une part, élargit le fossé entre le marché noir et le marché offi­ciel, et d’autre part, menace la L.E. d’un grand bond en arrière vis-à-vis du dollar », explique une source bancaire à l’Hebdo. Elle ajoute : « Nous attendons cette dévaluation avant le début de la nouvelle année fiscale (en juillet 2016, ndlr) ». Mais le gouverneur de la BCE a niée cela la semaine dernière dans une déclaration à la télévision. Il a par contre fait savoir, en marge des réu­nions du Comesa, les 20 et 21 février dernier en Egypte, que les toutes récentes décisions concernant les dépôts permettront à l’économie égyptienne de se rétablir et aux dollars de revenir « pour équilibrer l’équation ». Il a pré­cisé que la BCE n’entreprendra une dévaluation qu’au moment où les réserves en devises étrangères attein­dront entre 25 et 30 milliards de dollars. Amer a également souligné la nécessité que le parlement questionne le ministre des Finances sur le fait d’avoir établi un projet de budget 2016/2017 sur un dol­lar à 8,25 L.E., comme l’a dévoilé l’agence Reuters il y a une semaine. « Cela a été l’une des causes princi­pales du bond en avant du prix du dol­lar sur le marché noir », dit-il. Et le gouverneur de la BCE de rester confiant : « Rassurez-vous. L’économie égyptienne est solide et pourra surmon­ter les difficultés actuelles ».

Dépôts en dollars des entreprises :

3 étapes pour bénéficier du nouveau plafond

La Banque Centrale d’Egypte (BCE) a décidé la semaine dernière d’accroître le plafond de dépôt en dollars des entreprises exportatrices à 1 mil­lion de dollars par mois, ou l’équivalent dans une autre devise.Toutefois, selon un communiqué de la BCE, ces entreprises doivent remplir 3 condi­tions :

1-Présenter à la banque les documents prouvant que la somme déposée en dollars correspond à un même montant d’importations futures.

2-Les entreprises doivent prouver que les impor­tations sont effectivement entrées dans le pays, et pour le même montant en dollars initialement demandé.

3-A défaut de présentation de cette dernière preuve, la banque est alors obligée d’informer la BCE. Le client est alors inscrit sur une nouvelle liste de la BCE interdisant tout traitement avec lui l

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