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Une puissance régionale ré-émergente

Maha Al-Cherbini avec agences, Mardi, 29 décembre 2015

2016 devrait témoigner de la montée en puissance de l’Iran. Deux facteurs y contribuent : la levée des sanctions dès janvier, en vertu de l’accord sur le nucléaire, et le retour de son allié russe sur la scène moyen-orientale.

2015 est l’année du règlement de la crise iranienne qui durait depuis treize ans. C’est en effet le 14 juillet 2015 que l’Iran a conclu son accord historique avec les Six, de quoi lui permettre de ressusciter son économie étranglée par les sanctions et, pourquoi pas, de réaliser son rêve de devenir une superpuissance régionale. Le texte garantit la nature pacifique des activités nucléaires iraniennes, en contrepartie, Téhéran bénéficie d’une levée progressive des sanctions dès mi-janvier 2016.

Cette levée des sanctions semble un « acquis majeur » pour Téhéran qui pourrait enfin relancer son économie en libérant ses soldes gelés à l’étranger, en attirant des investissements étrangers, et plus important, en exportant ses grandes réserves en pétrole et en gaz.

Tant qu’économie et politique sont indissociables, cette relance économique aura son poids sur la politique étrangère de Téhéran. « Dès que l’Iran regagnera sa puissance économique, il va étendre son hégémonie politique sur la région. Déjà, il joue un rôle de poids dans la plupart des crises régionales. L’Iran est le principal soutien régional des gouvernements syrien et iraqien. Il soutient aussi les Houthis au Yémen, le Hezbollah et certains groupes djihadistes en Palestine. En 2016, son hégémonie va se renforcer et il va orienter la solution des crises dans la direction qui sert ses intérêts, ce qui ne jouerait pas toujours en faveur des pays arabes », prévoit Dr Ahmad Al-Béheiri, expert au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Et d’ajouter que « l’Iran va tenter aussi d’étendre son influence en Afrique de l’ouest, en Afrique de l’est et en Amérique latine comme il a essayé de le faire en 2007-2008 », poursuit Al-Béheiri.

Outre la levée des sanctions, un autre facteur va aider Téhéran à devenir une superpuissance régionale : l’influence croissante de la Russie — alliée traditionnelle de l’Iran — au Moyen-Orient. « L’implication de la Russie en Syrie et au Moyen-Orient en général entraînerait une croissance du rôle de l’Iran qui va occuper une place laissée vacante par les Etats-Unis désintéressés par la région », explique Dr Norhane Al-Cheikh, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire. Dernier facteur qui aide à promouvoir le rôle de l’Iran : une éventuelle domination du courant réformateur — plus ouvert au monde — sur les institutions iraniennes.

Outre le président réformateur Hassan Rohani, des figures majeures de réformateurs ont annoncé cette semaine leur candidature à l’assemblée des experts, importante assemblée religieuse contrôlée par les conservateurs et dont la tâche est de désigner et de surveiller le guide suprême. « Je pense que le nouveau guide qui succéderait à Ali Khamenei serait plus modéré. Même le nouveau parlement, qui serait élu en février prochain, regrouperait un plus grand nombre de réformateurs », prévoit Dr Norhane.

Malgré tous ces facteurs prometteurs, deux obstacles pourraient menacer le rêve iranien. Le premier est l’Arabie saoudite qui ne va pas facilement laisser l’Iran chiite étendre son influence sur la région. Une menace que Téhéran ne foule pas des pieds. Ces derniers jours, le régime des mollahs a affirmé qu’il compte améliorer ses relations avec son rival sunnite. Selon le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, des efforts diplomatiques sont en cours pour faciliter un « dialogue direct » entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

Quant à la seconde menace, ce serait une éventuelle nomination d’un président républicain lors des élections américaines de 2016. « Rien ne va changer même si un président républicain est élu. Nul ne pourrait annuler l’accord car les Etats-Unis sont un pays composé de fortes institutions. L’accord a eu l’aval du Congrès bien qu’il soit dominé par les Républicains. Ce n’était pas la décision personnelle du président Obama. Un président républicain ne pourrait jamais l’annuler sans passer par le Congrès », estime Dr Al-Béheiri, selon lequel Washington ne va jamais annuler l’accord, surtout après que les récents rapports américains ont affirmé qu’il ne restait plus devant l’Iran que « trois mois » pour fabriquer une bombe atomique.

En un mot, l’Iran a gagné son pari et nul n’oserait lui adresser une frappe militaire l

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