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Le ministre de l’Industrie dévoile son plan de relance

Névine Kamel, Lundi, 09 novembre 2015

Le secteur industriel égyptien traîne le pas depuis janvier 2011. La situation est devenue plus compliquée au cours des deux dernières années. Le nouveau ministre de l’Industrie et du Commerce dit avoir une stratégie pour redresser le secteur.

Le ministre de l’Industrie dévoile son plan de relance
L'énergie nécessaire à toutes les usines, même lourdes exploiteurs de l'énergie, est assurée dès le début de novembre.

Soutenir la production locale, augmenter les exportations, faciliter l’en­vironnement des affaires ainsi que multiplier le taux de crois­sance industrielle, tels sont les prin­cipaux traits de la stratégie du ministre de l’Industrie et du Commerce, Tareq Qabil, qu’il a annoncés lors d’une conférence de presse la semaine dernière, 40 jours après sa nomination. « De nombreux obstacles entravent la relance du secteur industriel, nous en étions bien conscients. Et c’est ainsi que nous avons commencé par préciser la nature de ces entraves afin de formuler une stratégie susceptible de les surmonter et de relancer le sec­teur », dit le ministre.

Il dresse la liste des obstacles citant la bureaucratie ou les longues procédures administratives néces­saires pour commencer un projet, le manque de terrains industriels, de devises, d’énergie, ainsi que l’afflux des importations qui menacent les produits locaux.

En effet, le secteur industriel égyp­tien traîne le pas, depuis la révolution du 25 janvier 2011. La grande majo­rité des usines oeuvrent à environ 50 % seulement de leur capacité, à cause de la crise d’énergie et du manque de devises, notamment le dollar. Une centaine d’usines ont car­rément suspendu leurs activités et fermer leurs portes. Pire encore, les investisseurs voulant étendre ou se lancer dans une nouvelle activité se heurtent à de grandes difficultés bureaucratiques. Selon le dernier rap­port « Doing Business », publié par la Banque mondiale et qui évalue l’envi­ronnement des affaires dans les pays de la région, commencer un nouveau projet en Egypte nécessite en moyenne 634 jours pour pouvoir fina­liser les papiers et obtenir les permis nécessaires. « Une moyenne très éle­vée par rapport à d’autres pays de la région où il ne faut qu’une cinquan­taine de jours, souvent moins ... », indique le rapport.

Ce n’est pas étonnant que les statis­tiques du ministère de l’Industrie et du Commerce soulignent une baisse de la croissance industrielle, actuelle­ment située à 3,7 % (17 % du PIB) contre environ 7 à 8 % avant 2011.

Une situation « critique », comme la décrit Mohamad Zaki El-Sweedy, président de l’Union des industries égyptiennes. Il regrette les difficultés du secteur industriel, dit « moteur de la croissance », au cours des der­nières années. « Il est temps que le ministère de l’Industrie intervienne pour nous soutenir », réclame-t-il. Le plan ministériel vise à augmenter la croissance industrielle pour atteindre 10 % par an (soit 23 % du PIB), d’ici 2020.

Une hausse de 10 % est également visée au niveau des exportations. Depuis début 2015, celles-ci ont enre­gistré une baisse de 20 %, avec seule­ment 1,2 milliard de dollars au mois du septembre dernier. « Nous espé­rons mettre fin à cette régression des exportations avant la fin de 2016 », dit le ministre.

Mais la baisse des exportations est en partie due à des facteurs extérieurs, tels que le ralentissement économique au niveau international, la faiblesse du soutien accordé aux exportations et la baisse de la valeur de l’euro face au dollar, qui a fait chuter la facture des produits destinés aux marchés européens. D’autres facteurs sont liés, là aussi, à la crise de l’énergie et au manque de dollars.

Le ministre a promis d’assurer l’énergie nécessaire à toutes les usines dès le début de ce mois de novembre. Et pour ce qui concerne le soutien à l’exportation, il a promis un nouveau système, inspiré des exemples réussis des pays voisins, susceptible de réali­ser une égalité et une efficacité de distribution parmi les exportateurs. Pour ce qui en est des arriérés des subventions, le ministre a annoncé le remboursement de 900 millions de L.E., soit la somme due aux exporta­teurs jusqu’à fin 2014.

L’investissement, mot-clé de l’industrie
Faciliter l’environnement des affaires est une démarche indispen­sable au cours de la prochaine période, assure le ministre. Pour y parvenir il faudra notamment alléger les procédures nécessaires pour débuter un nouveau projet, dont l’ac­quisition du terrain. « Les investisse­ments sont le mot-clé de la perfor­mance du secteur industriel », dit-il.

« Le mois dernier, 2 200 investis­seurs se sont présentés pour l’acqui­sition de 622 parcelles de terrains disponibles. Face à ce manque de terrains, nous avons décidé de penser en termes d’agglomérations indus­trielles », dit le ministre. Il s’agit, selon lui, de zones industrielles offertes pour une période déterminée au secteur privé, lequel assumera le coût de l’infrastructure. Le gouverne­ment devra promulguer prochaine­ment une loi pour contrôler les prix de vente des terrains, assure le ministre.

Dans le budget 2015/2016, 400 millions de L.E. sont consacrés à l’infrastructure des zones indus­trielles, contre 2 milliards dans le budget précédent. « Le secteur privé est capable d’assumer de telles dépenses. Le rôle du gouvernement est de superviser l’allocation des terrains », dit Qabil, expliquant la nouvelle politique.

Et qui dit exportation dit importa­tion. En effet, limiter celle-ci s’avère une mesure urgente pour donner vie à la production locale. C’est ainsi que le développement de la production locale devient une priorité pour le gouvernement. A cet égard, Tareq Qabil a annoncé de nouvelles taxes douanières sur un nombre de produits importés dans le cadre permis par les conventions de commerce internatio­nal et de zones franches. De même, pour favoriser les produits locaux, le ministre est déterminé à appliquer une loi élaborée par son prédécesseur, obligeant les secteurs industriels, public et privé, de se servir d’au moins 40 % d’ingrédients locaux dans leur production. La loi interdit égale­ment l’importation de produits qui ont leur équivalent local ,

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