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Hani Qadri : La stabilité économique est quasi impossible avec des impôts à 14 % du PIB

Névine Kamel, Lundi, 26 octobre 2015

Le ministre des Finances, Hani Qadri, revient sur le problème du manque de liquidités en Egypte, et les moyens d’y faire face.

Hani Qadri

AL-AHRAM HEBDO : Vous avez assisté, il y a deux semaines, aux réunions annuelles de la Banque Mondiale (BM) et du Fonds Monétaire International (FMI) au Pérou. Avez-vous discuté de la possibilité d’obtenir uncrédit auprès du FMI ?
Hani Qadri : L’option d’obtenir un crédit auprès du FMI est toujours sur la table. Elle n’a jamais été écartée. Bien au contraire, nous sommes ouverts à toutes les solutions pour financer l’économie et nous choisirons la meilleure. Il faut seulement choisir le bon moyen au bon moment. Les réunions du Pérou avaient un autre objectif. Les ministres, gouverneurs de banques centrales et dirigeants des pays participants ont évoqué le développement de l’économie planétaire. Ces débats sont très importants pour situer l’Egypte sur la carte de l’économie mondiale. Nous avons tenu plusieurs réunions bilatérales avec les responsables des autres pays pour promouvoir notre économie et les opportunités d’investissement direct et indirect en Egypte. Nous avons également fait la promotion de nouvelles obligations en dollars auprès des institutions financières mondiales.

— Le gouvernement a toujours considéré qu’un prêt du FMI ou de la BM est un gage de confiance pour l’économie égyptienne. Est-ce la raison pour laquellele gouvernement tient à ce prêt ?
— Non, pas du tout. Le gouvernement a fait de vastes réformes au niveau économique, social et politique, et ces réformes se sont répercutées de manière positive sur les négociations avec le FMI et les institutions de notation financière, qui ont relevé la note de l’Egypte.

— Le gouvernement s’apprête à émettre des obligations en dollars sur les marchés mondiaux. Avez-vous fixé le montant de ces obligations et la date de leur émission ?
— On parle d’un montant de l’ordre de 1,5 milliard de dollars. Il est encore trop tôt pour parler du montant ou de la date d’émission de ces obligations, étant donné la crise qui secoue actuellement les marchés mondiaux. Nous ne devons pas nous précipiter. L’émission des obligations ne sera pas annulée, mais nous attendrons le bon moment.

— Le gouvernement a récemment annoncé qu’il voulait diversifier ses ressources financières. Dans ce contexte, où en est le projet des soukouk ?
— Nous avons amendé le projet de loi relatif aux soukouk. L’amendement sera prochainement soumis au gouvernement afin de l'approuver. Les soukouk sont un moyen important pour financer l’investissement. Ils permettront d’encourager l’épargne privée dans un cadre officiel. Ces soukouk peuvent aussi servir sur les marché local, régional ou même international, c’est un outil très important. Nous préparons un plan pour les mettre sur le marché au même titre que les obligations.

— Le gouvernement avait basé son budget 2015-2016 ur un baril de pétrole qui coûte à l’Etat 70 dollars. Or, les cours du pétrole ont, depuis, régressé. Quel est le montant des économies réalisées grâce à cette baisse ?
— A l’époque, la tendance était à la baisse et le marché était instable. Les choses n’étaient pas très claires. Nous avons décidé de fixer le prix du baril à 70 dollars. La baisse actuelle des cours du pétrole, tout comme celle de certaines matières premières, auront sûrement un impact positif sur notre balance de paiements, car nous sommes un pays importateur de pétrole. De même, cela va réduire le coût des subventions réservées au secteur pétrolier, mais il est encore tôt pour avancer un chiffre. Nous devons attendre la deuxième moitié de l’année fiscale.

— Cette baisse des cours du pétrole vous a-t-elle permis de reporter la deuxième phase de réduction des subventions à l’énergie ?
— Je ne veux pas commenter cette question.

— Le ministère des Finances a annoncé avoir assuré 6,5 milliards de L.E. à travers l’augmentation des frais administratifs, sans plus de précision ...
— Il s’agit essentiellement de frais administratifs qui coûtent des sommes modestes, 1 L.E., 50 piastres, 25 piastres et même 10 piastres. Souvent, les citoyens ne se donnent pas la peine d’attendre la monnaie de 5 L.E., mais dans ce cas qui profite de la différence ? Il vaut mieux donc que ce soit l’Etat qui en profite.

— Certains organismes dépendant du ministère de l’Intérieur et des forces armées ont été exemptés de verser les 25 % de surplus de leur budget au ministère des Finances. Que représentent ces sommes pour le budget de l’Etat ?
— Une grande partie de ces organismes n’obéissaient pas à la loi concernant les entités économiques. En les exemptant, le décret présidentiel n’a fait que reconnaître les faits. Ceux parmi ces organismes qui étaient soumis à la loi ont été exemptés à titre exceptionnel de ces 25 %, pour l’année fiscale 2015/16. Ces exemptions ont fait beaucoup de bruit, alors que les sommes versées en vertu de la loi par toutes les institutions réunies ne représentent que 2,1 milliards de L.E. qui vont dans les caisses du Trésor.

— Ce chiffre concerne les institutions qui obéissent à la loi des entités économiques, mais qu’en est-il de celles exemptées ?
— Je n’aimerais pas répondre à cette question. Les journalistes doivent s’habituer à respecter le droit des responsables à ne pas tout dire.

— Selon le FMI, le Moyen- Orient souffre d’injustice au niveau des impôts. Ne pensez-vous pas que l’Egypte, en refusant d’imposer des taxes supplémentaires aux plus riches, soit spécialement visée par cette critique ?

— C’est vrai, les impôts représentent une part très modeste du Produit Intérieur Brut (PIB). La stabilité économique est quasi impossible avec des impôts à 14 % du PIB. N’oublions pas non plus que 30 % de l’économie égyptienne appartiennent au secteur informel et ne sont donc pas taxables. Certes, dans un tel contexte, une réforme du système fiscal s’avère urgente, mais sans toutefois risquer de décourager les investisseurs. Je ne pense pas que le rapport du FMI, que je n’ai pas lu, ait pris en compte tous les facteurs qui dictent nos décisions.

— Quand sera appliquée la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) et quel sera son impact sur l'inflation ?
— Je pense que ce sera pour bientôt. La TVA donnera un privilège aux produits égyptiens, tout en aidant à éviter la complexité de la taxe sur les ventes qu’elle remplacera. Dans l’application partielle de cette taxe depuis plus de 20 ans le gouvernement a fait en sorte qu’elle n’affecte pas les tranches sociales les plus déshéritées.

— Même si la TVA entraîne une hausse des prix ?
— Nous allons prendre trois mesures. D’abord, la TVA ne sera pas appliquée aux denrées alimentaires de base. Ensuite, en ce qui concerne les entreprises, elle ne s’appliquera qu’à celles ayant un capital minimum de 500 000 L.E. Et finalement, on prendra des mesures pour compenser les citoyens aux revenus limités et cela a déjà commencé avec l’augmentation des pensions de retraite et des pensions de solidarité sociale ... Ceci, outre les programmes, qui leur sont dédiés en matière de logement et de sécurité sociale. Le budget national a consacré 3 milliards de L.E. à ces projets, ce qui signifie que le gouvernement ne prend pas des mesures économiques avant d’étudier leurs impacts sociaux.

— Quels sont les revenus attendus de la TVA ?
— Entre 1 et 1,25 % du PIB, et cela proviendra essentiellement des citoyens à hauts revenus ●

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