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Masood Ahmad : Le déficit financier sera de 20 milliards de dollars les deux prochaines années

Névine Kamel, Lundi, 12 octobre 2015

Malgré une croissance de 4,2 % en 2015, l’Egypte souffre d’un chômage galopant et d’un lourd déficit budgétaire. Masood Ahmad, directeur du Moyen-Orient et d’Asie centrale au Fonds Monétaire International (FMI), estime que les perspectives économiques de l’Egypte et de la région restent positives.

Masood Ahmad, directeur du Moyen-Orient et d’Asie centrale au Fonds Monétaire International (FMI)
Masood Ahmad, directeur du Moyen-Orient et d’Asie centrale au Fonds Monétaire International (FMI)

Al-Ahram Hebdo : L’Egypte, selon le rapport des horizons de l’économie, publié en marge des réunions de la Banque mondiale et du FMI, l’Egypte maintient son taux de croissance … Comment évaluez-vous une telle stabilité au moment où la croissance au Moyen-Orient fait preuve d’un ralentissement ?

Masood Ahmad : L’Egypte a réussi pour la deuxième année consécutive à réaliser une croissance économique. Le régime politique du pays a réussi à regagner la confiance de la scène internationale. Le gouvernement a aussi entrepris ces deux dernières années des politiques financières pour mieux contrôler le déficit budgétaire. Le pays a réussi au cours des dernières années à obtenir des aides financières des pays du Golfe, ce qui a aussi soutenu la croissance dans le pays. Tout cela a permis de réaliser un taux de croissance de 4,2 % en 2015, et peut être plus. Mais l’Egypte doit surmonter plusieurs problèmes pour maintenir sa croissance. Il faut réduire le taux de chômage, notamment en fournissant des opportunités d’emploi aux jeunes, et adopter des politiques financières permettant de réduire le déficit budgétaire. Le gouvernement a déjà commencé, mais le déficit demeure toujours élevé.

— Quel sera le déficit budgétaire au cours de la prochaine période ?

— Il est estimé à 20 milliards de dollars sur les deux prochaines années.

— Une mission du FMI s’est rendue en Egypte, en septembre dernier, et une délégation égyptienne officielle a participé aux réunions du FMI au Pérou. Y a-t-il des négociations concernant l’obtention d’un prêt du FMI ?

— Les autorités égyptiennes n’ont pas demandé au FMI l’obtention d’un prêt. Or, le FMI est toujours d’accord pour soutenir un pays au moment où le gouvernement le demande. Le FMI offre au gouvernement égyptien toutes les assistances qui lui sont demandées.

— Quelle serait la valeur du crédit demandé au FMI par le gouvernement égyptien ?

— Nous avons besoin de discuter avec le gouvernement égyptien et savoir ses besoins, afin de préciser cette valeur. Il est inutile de préciser un montant donc sans d’abord discuter des besoins. La valeur du crédit dépend des nécessités du gouvernement et du pays.

— La baisse des prix du pétrole affectera-t-elle la croissance au Moyen-Orient ?

— La baisse des prix du pétrole joue un rôle très important dans la perspective économique de la région au cours de la prochaine période. Malgré une hausse prévue des prix du pétrole, toutes les estimations, même les plus optimistes, écartent l’idée d’atteindre à nouveau les niveaux des années dernières. Les budgets des pays exportateurs continueront à subir ces baisses. Ces derniers devront oeuvrer pour diversifier leurs économies et permettre au secteur privé de jouer un plus grand rôle, afin de générer des ressources pouvant compenser la chute des prix du pétrole. Personne ne peut plus compter uniquement sur les revenus du pétrole. Les pays exportateurs ont perdu 360 milliards de dollars en 2015, à cause de la chute des prix.

— Pourtant, le taux de croissance au Moyen-Orient n’a pas enregistré de forte baisse en 2015 …

— La bonne performance économique des pays importateurs de pétrole a permis de maintenir un bon équilibre. Ces derniers ont réalisé des gains de 12 milliards de dollars en 2015. Les pays exportateurs ont connu une croissance de 2,5 % et les pays importateurs de 2,6 %.

— La suppression progressive des sanctions économiques contre l’Iran contribuera-t-elle à l’amélioration de la croissance dans la région ?

— Certainement, mais pas au cours de 2015. Le Moyen-Orient récoltera les effets d’une telle étape en 2016 et 2017. Le taux de croissance en Iran est prévu entre 4,5 % et 5 % au cours des deux prochaines années. Mais le gouvernement iranien doit entreprendre les étapes nécessaires pour s’ouvrir au monde, gagner la confiance des institutions internationale et se forger une place sur la scène internationale.

— La question des refugiés syriens n’aura-t-elle pas des effets négatifs sur la performance de certains pays de la région ?

— Les conflits politiques et l’immigration syrienne jouent un rôle important dans la formation des perspectives économiques de la région. Des pays comme la Libye, la Syrie, le Yémen et l’Iraq ont payé cher ces conflits. L’économie syrienne s’est contractée de moitié ainsi que le Yémen, qui a perdu un quart de son PIB. Le Liban, la Jordanie et la Turquie subissent la crise des refugiés. Ces économies paieront une lourde facture et la région pourrait vivre un ralentissement économique si ces pays ne trouvent pas les bonnes solutions.

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