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Sindiso Ngwenya : Les pays économiquement puissants doivent devenir des moteurs d’intégration

Marwa Hussein, Lundi, 27 juillet 2015

Sindiso Ngwenya, secrétaire général du COMESA (Marché commun de l'Afrique orientale et australe) évoque les possibilités de développement en Afrique.

Sindiso Ngwenya
(PHOTO:Ayman Hafez)

Al-Ahram Hebdo : Les pays du COMESA ont signé le mois dernier un accord de libre-échange avec deux autres blocs économiques africains, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la Communauté est-africaine (IAC). Croyez-vous que cet accord ait des effets positifs sur les économies des pays membres ?
Sindiso Ngwenya : Les accords de libre-échange ont toujours eu un impact positif sur le commerce interafricain. Ainsi, les échanges commerciaux au sein du COMESA étaient de 3,1 milliards de dollars en 2000, ils sont de 23 milliards de dollars aujourd’hui. Alors que les échanges entre les pays de l’IAC ont augmenté de plus de 5 000 % depuis la création de ce bloc économique. En plus, des accords pareils augmentent les investissements parmi les pays membres. Par exemple, l’entreprise égyptienne d’investissement Citadel (Al-Qalaa) est de plus en plus impliquée en Afrique. Une autre entreprise égyptienne, El-Sewedy, investit aujourd’hui en Tanzanie et au Soudan. Oui, les pays africains vont énormément bénéficier de cet accord.

— Pourtant, les échanges commerciaux entre l’Egypte et les pays du COMESA ont récemment régressé. Comment l’expliquez-vous ?
— Cela est dû au fait que l’Egypte passait par une période d’instabilité ces dernières années. Heureusement, celle-ci a été rétablie. Nous avons vu cela lors de la conférence économique de Charm Al-Cheikh en mars dernier à travers toutes ces entreprises qui ont décidé d’investir en Egypte. C’est un signe de confiance. Plus important encore, les Egyptiens eux-mêmes sont devenus confiants. Cela s’est révélé par l’achat des bons lancés pour financer le projet du Canal de Suez. Les 9 milliards de dollars sollicités par le gouvernement ont été collectés en neuf jours.

— Le continent africain parviendra-t-il à accélérer sa croissance économique ?
— L’Afrique est déjà en mouvement, la croissance économique la plus élevée est en Afrique. Et ce ne sont pas seulement les pays exportateurs de minéraux qui commencent à émerger, mais les pays qui exportent des produits manufacturés et même les pays pauvres en ressources aussi. Cela nous rassure quant aux politiques macroéconomiques appliquées.

— Cela dit, comment assurer un équilibre de façon à permettre aux économies les plus fragiles de bénéficier des accords de libre-échange qui, historiquement, ont été favorables aux économies les plus développées ?
— Naturellement, il y a des pays plus riches que d’autres. Mais la croissance, c’est surtout offrir des opportunités aux jeunes. Il est tout aussi important d’améliorer l’environnement des affaires. Ensuite, c’est aux pays les plus puissants économiquement d’être des moteurs d’intégration comme c’est le cas de l’Allemagne au sein de la Zone euro. Un rôle que l’Egypte a joué en invitant les pays des trois blocs économiques pour signer l’accord de libre-échange à Charm Al-Cheikh en juin dernier. L’Afrique du Sud aussi a un rôle pareil à assumer.

Mais les pays de la Zone euro n’ont pas bénéficié de la même manière de leur union. Certains ont même été lésés. Ne craignez-vous pas de voir des disparités pareilles entre les pays des blocs économiques africains ?
— La situation est différente en Afrique. Nous n’avons ni de monnaie unique ni une même politique monétaire. Les gouverneurs des Banques Centrales africaines peuvent utiliser la politique monétaire susceptible de contenir l’inflation ou stimuler l’économie de leurs pays respectifs.

— Le transport reste un obstacle devant les échanges africains. Est-ce une fatalité ?
Ce genre de contrainte n’est pas insurmontable. Maintenant, une grande partie des travaux de construction de la route reliant Alexandrie, en Egypte, à Cape Town, en Afrique du Sud, a été finalisée. Des points de passage ont été récemment ouverts sur les frontières entre plusieurs pays, notamment l’Egypte et le Soudan. De nouvelles routes abrégeant les distances sont construites. Il y a aussi cette étude élaborée par le ministère d’Irrigation en Egypte pour développer le transport fluvial. Mais le plus important reste le projet de train à grande vitesse qui sera construit dans le cadre de l’Union africaine. Au cours des cinq dernières années, les pays africains ont investi 50 milliards de dollars dans l’infrastructure, une somme équivalente à celle investie durant les 25 années précédentes .

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