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L’austérité pour combler le deficit

Marwa Hussein, Mardi, 07 juillet 2015

Le budget 2015/16 vise à ramener le déficit budgétaire à 8,9 % du PIB. Un objectif jugé trop optimiste vu le contexte politique et économique.

La reprise du tourisme
La croissance est tributaire, entre autres, d'une reprise du tourisme.

Le budget 2015/16 vise à réduire le déficit budgétaire à 8,9 % du PIB (251 milliards de L.E.), soit une baisse de 2 % par rapport à l’année écoulée. Un objectif trop optimiste vu le contexte politique et économique. Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a refusé une première version du budget 2015/16, présentée par le gouvernement et a réclamé une baisse plus importante du déficit, ce qui implique une révision à la baisse des dépenses publiques et des mesures d’austérité plus strictes. Le texte rejeté prévoyait un déficit de 9,9 %.

Le nouveau plafond semble difficile à réaliser, selon les économistes, dont certains estimaient le chiffre initial, 9,9 %, déjà trop optimiste. « Un budget qui vise une baisse du déficit est par définition austère. Cela dit, le problème avec ce budget concerne les recettes prévues, celles-ci sont exagérées du fait qu’elles se basent sur une surestimation du taux de croissance réalisable », dit Amr Adly, chercheur à Carnegie Moyen-Orient.

Le budget 2015/16 table sur un taux de croissance de 5 % contre 4,2 % en 2014/15. Alors que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale prévoient une croissance économique pareille à celle de l’année passée, et donc un déficit budgétaire non inférieur à 10 %. Des prévisions que Adly estime plus réalistes, surtout en prenant en compte les répercussions économiques de la situation sécuritaire après l’assassinat du procureur général et les récentes attaques terroristes dans le Nord-Sinaï. A cela s’ajoutent deux dépréciations successives de la livre égyptienne contre le dollar la semaine dernière.

« Pour le gouvernement, la hausse du dollar va accroître les factures du blé et des produits pétroliers entre autres, sans compter l’effet de la hausse des prix des équipements sur l’industrie, ce qui peut freiner la croissance économique », poursuit Amr Adly. « Le dollar va certainement affecter le budget et la consommation locale, mais le tourisme ne sera pas affecté par les attentats du Nord-Sinaï, les stations balnéaires de la mer Rouge sont reconnues par les agences de tourisme comme des destinations à part entière », dit une source officielle qui a requis l’anonymat.

D’autres économistes partagent les attentes du gouvernement. Chérif El-Diwany, directeur exécutif du Centre égyptien des études économiques, estime que la dévaluation de la livre peut favoriser la croissance. « La dévaluation peut encourager les exportations et le tourisme et rendre nos biens et services plus compétitifs », dit-il, en ajoutant que les grands projets annoncés par le gouvernement ne manqueront pas d’attirer des investissements au cours des mois prochains. « L’Egypte a besoin de réaliser un taux de croissance élevé, cela exige de suivre de près les indicateurs financiers et monétaires », ajoute-t-il.

Dans l’objectif de réduire le déficit budgétaire, le ministère des Finances a dû couper les dépenses par 20 milliards de L.E. et élever les revenus par 10 milliards de L.E. par rapport à la version initiale. La baisse principale des dépenses parviendrait du contrôle de la hausse des salaires, ce qui devra réaliser des économies de 10 milliards de L.E. Dans le projet de budget, rendu public le jour même du début de l’année fiscale, le ministère des Finances dit qu’il vise à contrôler la hausse, jugée excessive, des salaires — qui ont plus que doublé entre 2009/10 et 2013/14 — , cela en prenant plusieurs mesures, telles que le gel des primes et autres allocations perçues par les fonctionnaires.

Par conséquent, la part du budget consacrée aux salaires augmentera par rapport à l’année passée de 8,5 % seulement (contre 14 % prévus dans la version rejetée par le président), pour se chiffrer finalement à 218 milliards de L.E. D’autres économies importantes proviendront de la réduction des dépenses sur l’éducation de 4 milliards de L.E., et celles sur la santé de 2 milliards de L.E., selon une source officielle, toujours par rapport à la première version du budget. Une baisse moins importante devra toucher les subventions des produits alimentaires.

Texte succinct

Le projet initial du budget, refusé par le président de la République, n’a jamais été publié. Le ministère des Finances s’est contenté de publier un communiqué de quelques pages, ce qui n’a pas permis une comparaison détaillée avec le texte approuvé.

La procédure de publication du budget manquait de transparence. Le budget a été publié au dernier moment, et les informations qu’il offre sont trop succinctes.

Selon la Constitution, le gouvernement doit présenter la loi de finances (le projet de budget) au parlement et le rendre public, trois mois avant le début de l’année fiscale qui commence le 1er juillet. Ce n’est pas la première fois que le budget est approuvé en l’absence d’un parlement, mais cette année, c’est surtout le manque d’information qui est frappant. Le texte fait à peine 54 pages pauvres en tableaux, alors que le dernier budget faisait 168 pages l’année dernière. Les informations détaillées sur les finances des organismes économiques, des banques, etc. font défaut.

« Le gouvernement a juste voulu éviter la redondance, des tableaux avec des chiffres détaillés seront bientôt publiés », affirme une source officielle. En effet, d’après le texte publié, il s’agirait juste d’un « premier tome » du budget

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