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A quand l’équilibre énergétique ?

Névine Kamel, Lundi, 15 juin 2015

Un rapport américain pointe du doigt la baisse de la capacité de raffinage en Egypte, ainsi que la baisse de production du gaz naturel. Toutefois,
plusieurs réformes ont été entreprises pour tenter de combler le déficit énergétique du pays.

A quand l’équilibre énergétique ?
Les entreprises de pétrole ont réduit leurs investissements dans les projets d'exploration suite à la réduction de janvier dernier.
« La capacité de raffinage de l’Egypte devrait augmenter fin 2015 ou début 2016, suite à la mise en fonction de deux nou­velles raffineries », affirme un rap­port publié la semaine dernière par l’Administration d’information amé­ricaine de l’énergie (EIA).
Le rapport estime cependant que ces deux raffineries ne suffiront pas, à elles seules, à couvrir les besoins égyptiens en produits pétroliers. « La tâche n’est pas facile », conclut sommairement le rapport qui note que l’un des défis de l’Egypte est de satisfaire la demande croissante de matières pétrolières, alors que la production est en chute libre. De plus, la consommation totale de pétrole a augmenté en moyenne de 3 % par an au cours des 10 dernières années. La consommation de pétrole en Egypte dépasse actuellement sa production.
Bien que l’Egypte ait la plus grande capacité de raffinage de pétrole en Afrique, elle fonctionne en dessous de sa capacité. Malgré un total de 8 raffineries, la capacité de raffinage du pays a diminué de 28 % de 2009 à 2013. Parallèlement, la production du gaz naturel en Egypte a baissé de 5 % de 2012 à 2013. L’Egypte doit donc importer des produits pétroliers pour com­penser le manque.
L’Egypte est le plus grand consommateur de pétrole et de gaz naturel en Afrique. Elle consomme à elle seule 20 % des matières pétro­lières et 40 % du gaz naturel de la consommation totale de l’Afrique.
Le gaz naturel et le pétrole repré­sentent 94 % de la consommation totale d’énergie du pays. Le pétrole est surtout utilisé dans le secteur du transport, tandis que le gaz naturel est utilisé dans les secteurs de l’énergie et du transport, sous forme de gaz naturel comprimé (GNC).
Selon le rapport, les découvertes de gaz naturel en mer Méditerranée, en eaux profondes ont été sous-utili­sées car le prix que le gouvernement propose est loin de satisfaire les exploitants étrangers.
Amr Hamouda, spécialiste éner­gétique, avance une autre cause de la baisse des travaux d’exploration. Le gouvernement égyptien s’est en effet abstenu d'honorer ses engage­ments envers ses partenaires étran­gers, vu son actuelle incapacité financière. Il en résulte une suspen­sion de leurs travaux d’exploration. « La crédibilité du gouvernement et sa performance financière ont été mises à mal, ce qui a poussé les investisseurs étrangers à se porter vers de nouveaux investissements dans d’autres pays », avance-t-il.
L’économie égyptienne a forte­ment souffert suite à la révolution de 2011. La croissance annuelle du Produit Intérieur Brut (PIB) a baissé de 5,1 % en 2010 à 1,8 % en 2011 et reste encore faible avec une moyenne de 2,1 % en 2013 et 2014.
La mauvaise gestion et le gas­pillage, comme le souligne Amr Hamouda, sont deux autres raisons de la faiblesse des ressources pétrolières dans le pays. Les contrats d’exporta­tion demeurent les mêmes, avec des conditions et des articles très défavo­rables pour l’Egypte. « Si le gouver­nement gérait bien ses ressources pétrolières, le pays assisterait à une relance de ses ressources pétro­lières », estime Hamouda.
« En bonne voie »
Mais l’économie de l’Egypte, selon le rapport américain, serait sur la bonne voie. Le gouvernement est en train de mettre en oeuvre une réforme des subventions à l’énergie, pour réduire les dépenses et fournir les ressources nécessaires pour respecter ses engagements aux exploitants étrangers.
Les subventions des matières pétro­lières étaient de 126 milliards de L.E. dans le budget de 2013-2014, le gou­vernement a annoncé une baisse pour atteindre seulement quelques mil­liards fin 2014-2015.
De même, au cours des dernières années, l’Egypte a signé des accords pour accorder aux exploitants étran­gers un prix plus élevé pour le gaz naturel qu’ils produisent. De même, elle a récemment remboursé une bonne part de ses dettes.
Selon les derniers chiffres du gou­vernement, les engagements du gou­vernement vis-à-vis des entreprises pétrolières étrangères atteignent désormais 3,4 milliards de dollars contre 6,4 milliards en février 2013.
L’Egypte est le cinquième produc­teur de pétrole en Afrique et le deu­xième en gaz naturel, derrière l’Algé­rie. Elle joue également un rôle essentiel sur les marchés internatio­naux de l’énergie à travers le Canal de Suez et le pipeline Suez-Méditerranée.
L’Egypte atteindra-t-elle son objec­tif ? Plusieurs y croient : « elle a entrepris les premières étapes, mais doit continuer son parcours jusqu’à la fin », conclut Hamouda. Sinon, la pénurie de carburants persistera .
Un fossé grandissant
A quand l’équilibre énergétique ?
La consommation annuelle de l’énergie s’est accrue de 3 % par an au cours des 10 dernières années. Le gouvernement, avant la révolution, ne trouvait pas de difficultés à remplir les nécessités du marché local avec une production et des travaux d’exploration stable. Suite à la révolution, la courbe de la production est partie à la baisse. Dès lors, le fossé entre consommation et production s’est accru pour atteindre un record en 2014. Même chose pour le gaz naturel, ce qui a alourdi encore la facture des importations nécessaires pour satisfaire les besoins du marché. Mais le déficit énergétique perdure.
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