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Mobilisation africaine contre Boko Haram

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 17 mars 2015

Les avancées revendiquées par l'armée nigériane et ses alliés régionaux contre Boko Haram se poursuivent. Une victoire exploitée par le président nigérian, Goodluck Jonathan, candidatà sa réélection fin mars.

Mobilisation africaine contre Boko Haram
L'armée nigériane intensifie ses frappes contre Boko Haram. (Photos : AP)

C’est la première fois, depuis le 31 janvier dernier, date du lancement d’une vaste offen­sive africaine contre Boko Haram — menée conjointement par le Nigeria et ses alliés, le Tchad, le Cameroun et le Niger — que l’armée nigériane parle d’avancée contre le groupe extrémiste. Un groupe qui avait multiplié les conquêtes territoriales dans le nord-est du Nigeria depuis la mi-2014 et qui menaçait de plus en plus les pays voisins.

Après la percée depuis le territoire came­rounais d’un premier contingent tchadien sur les territoires conquis par Boko Haram, les armées nigérienne et tchadienne ont ouvert un nouveau front la semaine der­nière, cette fois depuis le Niger, initiant un vaste mouvement en tenaille des zones sous contrôle de Boko Haram. Les alliés africains ont réussi jeudi dernier à chasser les combattants de Boko Haram de l’Etat d’Adamawa, l’un des trois Etats du nord-est du pays les plus durement frappés par les insurgés islamistes, avec Borno et Yobe, les plus durement frappés par l’in­surrection extrémiste. C’est ainsi que 36 localités des trois Etats du nord-est du pays avaient été reprises depuis le début de l’offensive régionale, selon le gouvernement. Ces affirmations n’ont pas pu être vérifiées de source indépen­dante, les zones concernées étant quasi inaccessibles. Mais selon Thomas Hansen, de l’entreprise de conseil en sécurité Control Risks, elles sont « assez crédibles ».

L’armée, qui se réfugiait encore récemment dans un silence embarrassé ou des communiqués de propagande, se réjouit aujourd’hui sur les réseaux sociaux de ces supposées « vic­toires ». Elle se garde bien à ce jour de commenter les informa­tions de presse sur la présence de centaines de mercenaires sud-africains qui combattraient au côté des militaires nigérians, et joueraient un rôle-clé dans les opérations de reconquête en cours.

En fait, les frappes des troupes africaines contre Boko Haram se sont durcies dernièrement après la récente allégeance du groupe extrémiste au « califat » de Daech, allégeance acceptée jeudi dernier par l’organisation djihadiste basée en Syrie et en Iraq. « Elle serait un acte de désespoir des islamistes nigérians au moment où ceux-ci enregistrent de lourdes pertes », a affirmé avec toute confiance le porte-parole du gouvernement chargé des questions de sécurité, Mike Omeri.

La présidentielle en ligne de mire

Ces développements sur le terrain interviennent à quelques jours de l’élection présidentielle, qui s’annonce très serrée. Ces avancées sur le terrain revendiquées par le gouvernement tom­bent à point pour le président Goodluck Jonathan, très critiqué pour n’avoir pas su juguler l’insurrection islamiste. « Alors qu’on était jusqu’ici dans une narration très négative, le chef de l’Etat et son camp peuvent désormais afficher des succès », estime Imad Mesdoua, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest pour la société de conseil Africa Matters à Londres, cité par l’AFP.

Délaissant son célèbre chapeau noir et ses élégants costumes, le chef de l’Etat s’affiche désormais sur toutes les chaînes de télévision en tenue militaire, félicitant ses soldats sur le terrain. Initialement pré­vue à la mi-février, l’élection présiden­tielle avait été repoussée au 28 mars, les autorités mettant en avant la situation sécuritaire dans le nord-est.

Très controversé, ce report était interve­nu opportunément, alors que le président Jonathan était au coude-à-coude dans les sondages avec son principal rival Muhamadu Buhari, du Congrès progres­siste (APC), qui paraissait même en posi­tion de l’emporter. M. Buhari, qui a dirigé le Nigeria d’une main de fer à la tête d’une junte militaire au milieu des années 1980, promet d’user de sa poigne pour lutter efficacement contre Boko Haram, et en a fait l’un de ses principaux messages de campagne. Depuis lors, le Parti Démocratique Populaire (PDP) de M. Jonathan a repris l’initiative, bénéficiant d’une meilleure visibilité, et surtout de très importants moyens financiers pour faire campagne.

Mais pour profiter pleinement des retombées politiques des avancées militaires dans le nord-est, les autorités nigérianes vont devoir prouver que celles-ci ne sont pas toutes dues à l’intervention tchadienne. L’armée nigériane, qui s’est surtout illustrée ces derniers mois par ses défaites à répéti­tion et sa faible combativité, assure jouer toute sa part dans ces vastes opérations militaires impliquant des milliers d’hommes et des centaines de véhicules, sur un théâtre grand comme la Belgique.

En outre et sur le plan sécuritaire, la recrudescence d’attentats dans les gares routières et les marchés très fréquentés de nom­breuses grandes villes du nord, au moment où Boko Haram est chassé de ses fiefs du nord-est, laisse à craindre des violences d’un autre type, plus difficiles à prévenir, surtout avec les menaces de leur chef, Abubakar Shekau, qui a promis d’empê­cher la tenue du scrutin par la violence.

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