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Boko Haram, une menace transfrontalière

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 16 février 2015

Le président nigérian a demandé l'aide des Américains pour combattre Boko Haram au moment où le mouvement terroriste élargit sont champ d’action dans les pays frontaliers du Nigeria.

« Ne combattent-ils pas l’EI ? Pourquoi ne viennent-ils pas au Nigeria ? », a déclaré le président du Nigeria, Goodluck Jonathan, dans un entretien publié vendredi dernier au Wall Street Journal, demandant l’aide des Américains pour combattre Boko Haram. Cette déclaration de Jonathan intervient après des mois d’expansion militaire et territoriale dans le nord-est de Boko Haram, qui multiplie les attaques sans rencontrer de réelle résistance de la part de l’armée nigériane. Samedi dernier, des centaines d’hommes de Boko Haram ont envahi pendant quelques heures Gombe, capitale régionale dans le nord-est du Nigeria, avant que l’armée nigériane ne les repousse. Depuis le début de la semaine, des dizaines de personnes ont été tuées dans des attaques dans les Etats de Borno et Yobe. Pour la seule journée de jeudi dernier, 32 morts ont été décomptés dans deux attaques et un attentat-suicide dans trois localités distinctes de Borno : les villages d’Adika (12 tués) et de Mbua (9 tués), ainsi que la ville de Biu (11 morts).

Cette démonstration de force jusqu’au coeur d’une capitale régionale, proche du centre du pays, confirme l’expansion militaire des islamistes qui agissent dans un périmètre de plus en plus étendu. L’insurrection de Boko Haram au Nigeria et sa répression ont fait plus de 13 000 morts et 1,5 million de déplacés dans le pays depuis 2009. Dans ce contexte, les élections présidentielles et législatives ont été repoussées de six semaines au 28 mars.

Par ailleurs, malgré cette situation, la demande de l’aide américaine par le président nigérian n’a pas eu d’effet perçu. « Il n’y a, pour l’heure, aucun projet d’envoyer ou d’ajouter de nouveaux soldats américains au Nigeria », a répondu le même jour le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby. Depuis la fin 2014, les relations se sont tendues entre les Etats-Unis et le Nigeria. En décembre, le Nigeria a stoppé la formation par les Etats-Unis d’un bataillon nigérian pour combattre Boko Haram. L’ambassadeur du Nigeria à Washington avait peu de temps auparavant critiqué le refus des Etats-Unis de vendre certaines armes à son pays.

Les Etats-Unis restent toutefois un allié d’Abuja : depuis une base militaire au Tchad, ils poursuivent leur surveillance des terroristes avec des drones. Washington a également dépêché l’an dernier des conseillers militaires et civils pour tenter de retrouver les plus de 200 lycéennes enlevées par Boko Haram à Chibok (nord-est). Sans succès jusqu’à présent.

Vers d’autres pays frontières
En outre, le danger de Boko Haram a dépassé le Nigeria pour aller vers d’autres pays frontaliers. Le groupe a élargi son champ d’action en attaquant pour la première fois le Tchad. Des éléments du groupe terroriste, utilisant des bateaux pour traverser le lac Tchad à partir du Nigeria, ont attaqué, vendredi dernier, Ngouboua, village sur la rive tchadienne au nord du lac. Cette attaque, qui a aussi visé un camp militaire au village, a causé la mort de 4 civils — dont le chef de canton de Ngouboua — et un militaire. Les deux tiers du village ont été incendiés. L’aviation tchadienne, a appris l’AFP de source sécuritaire, est ensuite entrée « en action » et a détruit toutes les embarcations des assaillants. Le village de Ngouboua, situé sur une presqu’île à 18 km de la frontière, fait face à Baga. Il accueille plus de 7 000 réfugiés nigérians qui avaient pour la plupart fui les attaques de Boko Haram au Nigeria depuis début janvier, notamment celle meurtrière contre Baga. En fait, il s’agit de la première attaque sur le sol tchadien, depuis que le Tchad a commencé à déployer, le 16 janvier, des troupes au Cameroun et au Niger, aux frontières avec le Nigeria. Le 3 février, l’armée tchadienne a lancé une grande offensive terrestre au Nigeria à partir de Fotokol au Cameroun voisin, reprenant aux extrémistes, après de durs combats, la localité nigériane frontalière de Gamboru. Mais dès le lendemain, Boko Haram menait une contre-attaque meurtrière à Fotokol, tuant 13 militaires tchadiens, 6 soldats camerounais et 81 civils. Les terroristes de Boko Haram ont également lancé, depuis le 6 février, leurs premières attaques meurtrières au Niger : cinq attaques contre la ville de Diffa (sud-est) près de la frontière avec le Nigeria, où 109 de leurs éléments, 4 militaires et un civil ont été tués. Ce bilan officiel pourrait être, en fait, plus lourd, selon des observateurs. Les pays du bassin du lac Tchad (Tchad, Niger, Nigeria, Cameroun et Bénin) se sont mis d’accord le 7 février pour mobiliser 8 700 hommes dans la force multinationale de lutte contre le groupe extrémiste. C’est ainsi que les autorités nigérianes fondent leurs espoirs sur cette coalition régionale anti-Boko Haram.

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