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Mali : Les désaccords perturbent les négociations

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 21 juillet 2014

Des négociations entre les mouvements armés du nord du Mali et le gouvernement malien se poursuivent depuis une semaine à Alger. Les médiateurs tentent de parvenir à un accord assurant une paix durable au Mali.

« Les négociations entre le gouvernement de Bamako et les groupes armés maliens enta­mées mercredi à Alger se déroulent dans un esprit positif », a déclaré samedi le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra. Alger a accueilli, depuis mercredi dernier et jusqu’au 26 juillet, les négociations inter-maliennes avec la présence d’une médiation composée de l’Onu, de l’UA, de la CEDEAO, de l’OCI, de l’UE, du Niger, du Burkina Faso, du Tchad et de la Mauritanie. Avec une délégation algérienne, ces médiateurs ont tenu des séances de travail avec les représentants des parties maliennes. Selon le ministre algérien, les différents volets des négociations devaient cou­vrir les questions de défense et de sécurité, les questions économiques, sociales et culturelles, ainsi que celles relatives à la réconciliation, à la justice et à la situation humanitaire.

Outre les représentants du gouvernement malien, les négociations se font avec les mouvements signataires de la déclaration d’Alger du 9 juin— le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA) et le Mouvement Arabe de l’Azawad (MAA) — et les trois autres groupes: le Mouvement Arabe de l’Azawad-dissident (MAA-dissident), la Coordination pour le Peuple de l’Azawad (CPA) et la Coordination des Mouvements et Fronts Patriotiques de Résistance (CM-FPR) qui sont signataires de la plate-forme préliminaire d’Alger du 14 juin.

Les négociateurs vont tenter de « trouver un consensus pour le partage du pouvoir » entre « d’un côté, les mouvements qui veulent une auto­nomie du nord du Mali » et de l’autre un « gouver­nement ouvert à toute idée en dehors de l’indépen­dance », avait expliqué une source diplomatique algérienne jugeant « étroite » la marge de manoeuvre de son pays qui conduit les négociations.

En effet, depuis l’élection du président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2013, les pourparlers piéti­nent et les groupes armés continuent à mener régu­lièrement des actions meurtrières dans le nord du Mali.

Par ailleurs, les groupes armés du nord du Mali, les autorités de Bamako et les médiateurs de la communauté internationale doivent parvenir à définir le cadre des discussions avant la fin du mois de juillet. Mais les dissensions restent toujours une entrave à ces discussions. Le groupe du MNLA, du MAA et du HCUA refuse que ceux qui n’ont pas participé aux combats armés au début de la crise soient inclus dans les négociations. Ils ne considèrent donc pas la CPA et les deux autres groupes dissidents comme interlocuteurs, contrairement aux autres participants. La question de la médiation est un autre point de dissension: Si les experts internationaux et le gouvernement malien préfèrent un collège de médiateurs impliquant l’Algérie, l’Union africaine, la CEDEAO et l’Onu, les groupes armés veulent pour leur part un médiateur « neutre ». Il faudra donc définir précisément cette idée de neutralité pour avancer.

Au moment où les discussions peinent à avancer à Alger, un véhicule de la Minusma a sauté sur une mine vendredi 18 juillet à Kidal. Un casque bleu a été blessé et évacué à Gao. Il s’agit d’un véhicule qui transportait des ingénieurs des contingents sénégalais et cambodgiens. Le chef de la Minusma, qui était à Alger, a condamné fermement cette nouvelle attaque du MNLA contre le gouvernement. Cette rébellion Touareg avait chassé l’armée malienne du nord du Mali et proclamé, en mai2012, l’indépendance de la région conquise. Son foyer se trouve aujourd’hui à Kidal. Et il dispose de base arrière en Mauritanie. Il s’oppose à l’installation de l’autorité malienne à Kidal, se heurte violemment à son armée. En outre, Aqmi (Al-Qaëda au Maghreb islamique), le plus puissant groupe terroriste du Sahel, est une autre grande entrave qui s’oppose aux efforts de réconciliation.

Selon Roddy Barclay, analyste et responsable d’Afrique de l’Ouest de Control Risks, une entreprise de conseil en sécurité, ces groupes ne sont pas près de disparaître du Sahel. « Tant que les Etats de la région seront caractérisés par la faiblesse de leurs institutions et de leurs armées, par la corruption, par la privatisation du pouvoir et des richesses, les groupes armés n’auront aucun mal à prospérer et à attirer des nouvelles recrues parmi les laissés-pour-compte », conclut-il.

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