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Centrafrique : Les hostilités confessionnelles persistent

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 02 juin 2014

Suite aux violences confessionnelles qui ont eu lieu cette semaine à Bangui, les chrétiens réclament le désarmement des musulmans tandis que ces derniers sont inquiets pour leur sécurité.

Ni les troupes françaises, ni les soldats burundais de la Misca n’ont pu mettre fin aux violences confessionnelles et aux massacres entre musulmans et chrétiens en Centrafrique, surtout dans la capitale. 17 morts et plus de 27 enlevés, c’est le bilan de l’attaque d’une église à Bangui mercredi dernier. En réponse, les deux jours d’après, des chrétiens ont paralysé la ville: ils ont érigé des barricades, brûlé des pneus et attaqué une mosquée.

Samedi, des milliers de Centrafricains ont manifesté pour demander le désarmement immédiat des musulmans du quartier PK-5, où vivent reclus les derniers musulmans de la capitale, et le départ du contingent burundais des forces africaines de la Misca, qu’ils accu­sent d’avoir laissé faire le massacre de Sainte-Fatima. « C’est la catastrophe dans le pays », déclare Dieu Beni Ngoiyoma, un professeur de confession chrétienne à Bangui à l’AFP en expliquant que la présidente leur a parlé de réconciliation entre chrétiens et musulmans, mais maintenant, ce sont les musulmans qui viennent les tuer. Lors de ces manifestations, trois personnes ont été tuées et une dizaine blessées.

Plusieurs milliers de musulmans seulement se terrent encore dans le PK-5. L’immense majo­rité de la population musulmane a pris le chemin de l’exode vers le Tchad, le nord et l’est du pays, pour fuir les exactions des milices chrétiennes anti-balaka, rivales de la Séléka, ex-rebelles musulmans dirigés par Michel Djotodia, au pouvoir depuis mars 2013 jusqu’à janvier der­nier.

Inquiets pour leur sécurité et hostiles à la présidente Catherine Samba-Panza, qu’ils accusent d’être la « mère » des anti-balakas, des centaines des musulmans ont marché dans le calme, samedi matin, dans le PK-5, pour demander à être évacués de la capitale en toute sécurité. « Ban Ki-moon, nous voulons partir vers le Nord pour rejoindre nos frères musul­mans », pouvait-on lire sur une pancarte, alors que de nombreux musulmans craignent de ne pouvoir se défendre si le quartier est désarmé. « Nous nous défendons parce que nous n’avons personne », a déclaré Ousmane Abakar, l’un des organisateurs de la marche de samedi à L’AFP, et d’ajouter: « S’ils désarment le PK-5, ils doivent désarmer toute la ville en même temps, parce que chaque quartier de Bangui est armé ».

Dans ce quartier du PK-5, beaucoup de « Non à la France » sont tagués sur les murs. Signe de la confusion qui règne à Bangui, certains habi­tants applaudissaient les Français au passage de patrouilles de la force Sangaris, tandis que d’autres leur faisaient signe de partir.

Cette hostilité se retrouve dans d’autres quar­tiers, majoritairement chrétiens, de la ville, où des habitants criaient « voleurs de diamants », au passage des soldats Français, faisant réfé­rence à l’une des principales richesses minières du pays. Près du PK-5, dans le quartier chrétien de Miskine, des jeunes huaient les blindés fran­çais, samedi, demandant qu’on « réarmes les FACA », l’armée régulière qui était en place sous la présidence de François Bozizé, pour « laisser les Centrafricains régler les pro­blèmes de la Centrafrique ».

La crise centrafricaine a pris un tour intercon­fessionnel en janvier, après le départ forcé du président Djotodia et de son mouvement, la Séléka. Après la mise en déroute de la Séléka, les populations musulmanes de Bangui, accu­sées de connivence avec la rébellion, ont été victimes à de nombreuses exactions de la part des anti-balaka, conduisant des milliers d’entre eux au départ ou à l’exil. Les tentatives de la communauté internationale dès le début de la crise et jusqu’à ce temps n’ont pu sauver ce pays tombé dans le chaos .

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