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L’UA au chevet des grandes crises

Sabah Sabet, Mardi, 04 février 2014

Tenu cette semaine à Addis-Abeba, le sommet de l'Union Africaine (UA) a été dominé par les crises en Centrafrique et au Soudan du Sud.

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Les discussions des leaders africains au 22e sommet de l'UA se sont centralisées sur les crises qui frappent certains pays africains. (Photo : Reuters)

« Agriculture et sécurité alimentaire ». C’était le thème officiel du 22e sommet de l’UA tenu jeudi et vendredi derniers à Addis-Abeba. Or, actualité oblige, ce thème a été complètement ignoré en raison des récents développements dans deux pays africains : la Centrafrique et le Soudan du Sud.

En marge du sommet s’est ainsi tenue samedi dernier une réunion spéciale consacrée à la Centrafrique. Les dirigeants de 26 pays africains qui ont assisté à ce sommet ont promis 315 millions de dollars en faveur de leur force militaire en Centrafrique. Cela dit, ces promesses sont bien en deçà des 410 millions de dollars jugés nécessaires par l’UA pour financer pendant une année supplémentaire la force africaine en Centrafrique (la Misca). 132 millions de dollars de cette somme sont de nouvelles promesses enregistrées samedi lors de la réunion.

Au total, les 10 pays de la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC) ont promis, à eux seuls, 100 millions de dollars, selon le président du Congo, Denis Sassou Nguesso. « Ces 100 millions de dollars serviront à soutenir les efforts de la Misca et à assister le gouvernement de la République centrafricaine (RCA) dans le processus de relance de fonctionnement de l’Etat. Il nous faut absolument stabiliser ce pays pour démontrer les capacités du continent à relever ses défis », a-t-il affirmé, s’exprimant au nom de la CEEAC.

A l’issue de la réunion, le premier ministre centrafricain, André Nzapayéké, a déclaré : « On aurait voulu aller au-delà des 400 millions de dollars, bien sûr. Mais nous sommes conscients que certains pays traversent une crise (...). L’engagement pour la RCA démontre une forte, une très forte mobilisation ». En fait, la Centrafrique est plongée dans le chaos depuis mars 2013, lorsque la rébellion Séléka avait renversé le président, François Bozizé, déclenchant une spirale de violence intercommunautaire qui a fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

Malgré le déploiement de la Misca, soutenue depuis début décembre par 1 600 soldats français, la RCA a connu ces derniers jours un regain de violence. A Bangui seule, la Croix-Rouge a déclaré vendredi avoir ramassé « 30 tués et 60 blessés » en 3 jours. La violence touche de vastes portions du pays.

« Nous vous appelons tous, en urgence, à fournir à la Misca le soutien nécessaire pour empêcher de nouvelles atrocités », a déclaré le secrétaire général adjoint de l’Onu, Jan Eliasson. Pour sa part, l’Union européenne a promis près de 200 millions d’euros pour la sécurité et l’organisation d’hypothétiques élections d’ici l’année prochaine. Elle a aussi décidé de dépêcher 500 hommes dans ce pays grand comme une fois et demie la France. « Nous serons jugés et évalués sur nos efforts pour protéger le peuple de la RCA. Nous ne devons pas le laisser tomber (...). Nous ne pouvons permettre qu’une nouvelle tragédie de grande ampleur se déroule en Afrique », a ajouté Eliasson. La nouvelle présidente de transition de la Centrafrique, Catherine Samba Panza, a réclamé des renforts pour mettre un terme à la violence. L’Onu estime à 10 000 le nombre de soldats nécessaires pour stabiliser la Centrafrique. Mais aucune annonce de troupes supplémentaires n’a été décidée.

Outre la Centrafrique, le Soudan du Sud a également dominé les discussions d’Addis-Abeba. Dans un mini-sommet organisé sur la situation dans le plus jeune Etat d’Afrique, des pays d’Afrique de l’Est, médiateurs de la crise sud-soudanaise, ont demandé un déploiement urgent des observateurs du fragile cessez-le-feu. La trêve a été signée la semaine dernière entre les partisans du président Salva Kiir et ceux de son ancien vice-président, Riek Machar, dont les troupes respectives s’affrontent depuis mi-décembre. Les deux camps s’accusent mutuellement de violer la trêve et des combats restent signalés en plusieurs endroits du pays. Le conflit a déjà fait des milliers de morts et près de 800 000 déplacés. L’envoyé spécial des Etats-Unis au Soudan du Sud, Donald Booth, a, de son côté, averti que « les saboteurs du processus de paix en subiront les conséquences ».

Enfin, le retour de la paix en République Démocratique du Congo (RDC) a également été au menu. 11 pays impliqués formellement depuis février dernier dans le retour de la paix dans l’est du pays ont adopté lors de la réunion un plan d’action prioritaire. Il affine les obligations des uns et des autres avec des dates butoirs, et c’est essentiel car même si les rebelles du M23 ont été défaits en novembre, les défis posés par la multitude de forces rebelles nocives sont légion dans l’est de la RDC. L’Angola se propose de lancer un mini-club de 5 chefs d’Etat, pour relancer le dialogue politique autour des présidents rwandais et congolais. Ils seraient entourés de leurs homologues ougandais, angolais et sud-africain. En fait, le Rwanda est accusé de soutenir les rebelles du M23 qui affrontent depuis des mois les troupes du gouvernement de la RDC dans l’est du pays. Ce soutien est critiqué parce qu’il cause la déstabilisation et influence la situation humanitaire. Ainsi, il donne l’occasion de commettre plusieurs genres de violations des droits de l’homme et pourrait accroître le nombre des réfugiés.

Thème central reporté

A l’origine, le 22e sommet, qui rassemble 54 nations africaines, devait avoir pour thème central L’Agriculture et la sécurité alimentaire. Mais les combats qui font rage dans certains pays sont venus bouleverser ce programme. Quand même, la présidente de la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini Zuma, a souligné l’impératif de porter attention à l’ensemble de la chaîne de production et d’approvisionnement pour assurer la sécurité alimentaire sur le continent africain. La présidente a tenu ces propos à l’occasion d’une réunion de haut niveau de deux jours intitulée Canaliser l’innovation en faveur des systèmes agricoles et alimentaires en Afrique, qui s’est achevée mardi 28 janvier, au siège de l’UA en Ethiopie. Autour du thème Relever les défis et concevoir le XXIe siècle, cette réunion a discuté des modèles de succès récemment observés en matière de développement agricole en Afrique, et étudié les opportunités et les défis sur la voie à venir. Ainsi les dirigeants se sont mis d’accord pour débattre de ce sujet important lors du prochain sommet.

A quoi servent les sommets de l’UA ?

L’UA est un bloc politique avec une cinquantaine de pays membres. Ces sommets sont l’occasion de prises de position, de déclarations, qui ont plus de poids lorsqu’elles sont annoncées en sommet au niveau des chefs d’Etat, mais cela ne suffit pas toujours. Le Conseil de sécurité de l’Onu, par exemple, a rejeté la demande de l’UA adoptée en sommet sur la réforme de la CPI.

Et puis à chaque sommet son lot de conflits. Le plus souvent, l’UA appuie les décisions des organisations régionales, mais les chefs d’Etat peuvent aussi les réorienter ou reprendre la main lorsque la situation échappe à ces entités. C’est aussi l’occasion d’entériner des décisions sur le fonctionnement même de l’organisation, ses nombreuses structures, leurs financements.

A ce sujet, la présidente de la commission a dit lors de sa prise de fonction qu’elle souhaitait réduire le nombre de projets et de structures pour permettre à des initiatives prioritaires d’être véritablement menées à leur terme. Mais un an plus tard, l’appel de la présidente de la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini Zuma, a été peu suivi. Un thème est retenu chaque année pour donner une impulsion à un dossier en particulier. L’an passé, c’était le panafricanisme, cette année c’était l’agriculture et la sécurité alimentaire.

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