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Mobilisation euro-africaine

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 13 janvier 2014

La communauté internationale se mobilise pour sauver la Centrafrique. Premier pas : le président centrafricain a été contraint à démissionner

Mobilisation
Le président démissionnant Michel Djotodia n'a pas pu arrêter les violences interreligieuses dans son pays. (Photo : AP)

La france ne sera plus dorénavant le seul pays européen intervenant dans l’affaire centrafricaine pour arrêter les massacres et les conflits interreligieux sanglants. Les représentants des pays de l’Union Européenne (UE) ont donné vendredi leur accord de principe au lancement d’une mission militaire européenne pour soutenir les interventions française et africaine en Centrafrique. Réunis à Bruxelles, les ambassadeurs chargés des questions de sécurité auprès de l’UE ont approuvé le projet présenté par le service diplomatique de l’Union, comme l’avait souhaité le président français, François Hollande, en décembre.

Ils ont donné leur préférence à l’option prévoyant le déploiement de soldats européens à Bangui, où ils pourraient assurer des patrouilles et sécuriser la zone sensible de l’aéroport, à proximité duquel est implanté un grand camp de déplacés, a-t-on précisé de mêmes sources. L’autre option présentée par les experts de l’UE était d’« assurer la sécurité » de l’axe routier stratégique menant de Bangui au Cameroun.

Les discussions sur la planification vont se poursuivre au niveau des délégations dès la semaine prochaine, avant que les ministres des Affaires étrangères ne soient appelés à trancher au cours d’une réunion prévue le 20 janvier à Bruxelles. Les pays volontaires devront notamment annoncer combien de soldats ils sont prêts à envoyer à Bangui « assez rapidement » après l’accord, selon un diplomate.

Pour les experts de l’UE, il serait nécessaire de déployer l’équivalent d’un bataillon, soit plus de 600 hommes, avec un équipement adéquat, dont des hélicoptères, des moyens de renseignement et médicaux. Les pays européens ont jusqu’à présent apporté un soutien politique à l’intervention française, mais sans annoncer d’engagements concrets importants en dehors d’un appui logistique de la part du Royaume-Uni, de la Pologne ou de l’Allemagne.

En outre et sous la pression des dirigeants d’Afrique centrale, le président centrafricain Michel Djotodia, accusé par la communauté internationale de passivité face aux violences interreligieuses dans son pays, a démissionné vendredi à N’Djamena. Son premier ministre, Nicolas Tiangaye, avec qui Djotodia entretenait des relations notoirement mauvaises contribuant à paralyser toute action publique face aux tueries à grande échelle, a également démissionné.

En fait, les dirigeants de la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC) se sont réunis jeudi à un sommet extraordinaire, à l’initiative du chef de l’Etat tchadien, Idriss Déby Itno. Lors de ce rassemblement, les dirigeants africains ont pris acte de la démission du président et du premier ministre. « Le sommet se félicite de cette décision hautement patriotique pour une sortie du pays de la paralysie », indique le texte final. Djotodia a pris le pouvoir après le renversement en mars 2013 du président François Bozizé par la coalition Séléka. En près de dix mois d’exercice du pouvoir, Michel Djotodia n’aura pas réussi à convaincre. Sur le plan militaire, il a échoué à mettre au pas les combattants de la Séléka, cette armée hétéroclite responsable de graves violations de droits de l’homme. Quant au désarmement des combattants qu’il avait ordonné, il est resté largement une vue de l’esprit. Sur le plan politique, l’échec est tout aussi patent. Autrement dit, le chef de guerre ne se sera pas transformé en leader politique. De même, alors qu’il a pris le pouvoir au nom des communautés du nord, victimes selon lui de marginalisation, il n’a rien entrepris pour améliorer leur sort. Et c’est ainsi que la Centrafrique a été emportée dans une spirale de violences communautaires et interreligieuses sous le regard impuissant des institutions de transition.

Par ailleurs et après le départ du président de transition, c’est le Conseil National de Transition (CNT, Parlement provisoire), qui est chargé d’élire le nouveau chef de l’Etat.

Le président du CNT, Alexandre-Ferdinand Nguendet, devait dans un premier temps remettre à la Cour constitutionnelle la lettre de démission de Djotodia, afin qu’elle constate la vacance du pouvoir. Dès lors, Nguendet assurera l’intérim du chef de l’Etat, pour une durée maximale de 15 jours, avec la charge d’organiser l’élection du successeur de Djotodia par les 135 membres du CNT. Vendredi, depuis N’Djamena, le président du CNT, avait lancé un appel aux Centrafricains pour « la paix, l’unité, la réconciliation nationale », rappelant « qu’au grand jamais dans l’histoire de notre pays, le peuple centrafricain n’a vécu de tel cas ».

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