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Soudan : En attendant des jours meilleurs

Maha Salem , (avec Agences) , Mercredi, 07 juin 2023

Riyad et Washington intensifient leurs efforts pour une reprise des discussions entre les belligérants au Soudan. En attendant, les combats redoublent d’intensité et la situation humanitaire s’aggrave.

Soudan : En attendant des jours meilleurs
La situation humanitaire au Soudan ne fait qu’empirer sur le terrain. (Photo : AP)

Après une courte trêve, les combats meurtriers entre l’armée, dirigée par le général Abdel-Fattah Al- Burhan, et les paramilitaires des Forces de Soutien Rapide (FSR) du général Mohamed Hamdane Daglo ont repris ces derniers jours, entrant ainsi dans leur 8e semaine. Selon des témoignages d’habitants recueillis par les agences de presse, Khartoum témoigne, depuis dimanche 4 juin, d’une forte escalade des affrontements dans plusieurs quartiers. L’armée a, en effet, annoncé avoir redéployé des troupes dans la capitale. Parallèlement, des témoins ont fait état à l’AFP de frappes aériennes visant, dimanche 4 juin, des positions des FSR dans l’est de la capitale. Alors que les paramilitaires ont affirmé avoir abattu un avion de chasse, assurant que l’armée avait lancé une attaque aérienne ce matin contre les positions des FSR dans le quartier de Bahr, dans le nord de Khartoum.

Une escalade qui intervient alors que l’Arabie saoudite et les Etats-Unis ne relâchent pas leurs efforts. « L’Arabie saoudite et les Etats-Unis cherchent à poursuivre les discussions entre les deux délégations soudanaises pour faciliter l’aide humanitaire », a indiqué, dimanche 4 juin, le ministère saoudien des Affaires étrangères dans un communiqué, tout en ajoutant que les deux médiateurs ont appelé à un nouveau cessez-le-feu qui soit appliqué de manière effective, alors que les deux précédentes trêves qu’ils avaient négociées sont restées lettre morte.

« Les deux camps semblent se préparer plutôt à une escalade qu’à une cessation des hostilités. Chacun veut le pouvoir », estime Dr Mona Soliman, politologue. Elle ajoute : « Il est vrai que la suspension des négociations a été actée par la délégation de l’armée, mais les FSR non plus n’ont pas appliqué l’un des points essentiels de l’accord de trêve temporaire, qui prévoit leur retrait des hôpitaux et des maisons. C’est la raison officielle du retrait de la délégation de l’armée. Mais la vraie raison, c’est que l’armée veut affaiblir les FSR pour être en position de force et imposer ses conditions sur la table de négociations ». Depuis le début de la guerre, en effet, l’ordre des Médecins dénonce l’occupation de plusieurs hôpitaux par les partisans des FSR. Les trois quarts des hôpitaux dans les zones de combat sont hors d’usage. De nombreux habitants racontent avoir été chassés de leur maison par des membres des FSR. Ces derniers s’y sont installés pour y vivre ou en faire un poste de combat.

Près de 2 000 morts et 1,5 million de déplacés

Essayant de renforcer leurs pressions sur les deux camps, les Etats-Unis ont imposé, jeudi 1er juin, des sanctions économiques et des restrictions de visas « contre les acteurs qui entretiennent la violence » au Soudan, visant en particulier à tarir les sources de financement de l’armée et des paramilitaires. Washington a aussi annoncé des sanctions économiques contre deux entreprises d’armement de l’armée et deux sociétés, dont l’une opérant dans les mines d’or du Soudan, tenues par le général Daglo et deux de ses frères.

Parallèlement, les Etats-Unis se sont dits prêts à reprendre les discussions à Djeddah avec les délégations des deux parties si elles sont sérieuses dans leur volonté de respecter le cessez-le-feu. Par ailleurs, l’Union africaine et l’Igad, le bloc régional d’Afrique de l’Est dont fait partie le pays, se sont dits prêts à mettre en oeuvre une feuille de route au Soudan. Les combats entre les deux camps soudanais ont fait plus de 1 800 morts et plus d’un million et demi de déplacés et réfugiés. La situation humanitaire ne fait qu’empirer sur le terrain, où la population manque de tout, alors que, avant la guerre, un tiers des 45 millions de Soudanais dépendait déjà de l’aide internationale, dans l’un des pays les plus pauvres au monde. D’où l’urgence d’agir. « La situation devient chaque jour plus critique. Et les médiateurs doivent redoubler leurs efforts pour parvenir à un règlement à cette crise », conclut Soliman.

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