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UA : Les maux du continent en discussion

Sabah Sabet , (avec Agences) , Mercredi, 22 février 2023

Tenu cette semaine à Addis-Abeba, le 36e Sommet de l’Union africaine a annoncé l’organisation d’une conférence sur la Libye et l’accélération de la mise en place de la ZLECA. La suspension des pays en « transition » est maintenue.

UA : Les maux du continent en discussion

Organisation d’une conférence de réconciliation en Libye, renforcement des sanctions contre le Mali, le Burkina Faso et la Guinée décidé par la Cédéao, ou encore appropriation des décisions du mini-sommet sur l’Est de la RDC et accélération de la mise en place de la zone de libre-échange continentale : telles sont les décisions prises lors du 36e Sommet de l’Union Africaine (UA) qui s’est tenu les 18 et 19 février à Addis-Abeba avec la participation de 55 pays africains, ainsi que des représentants de certaines organisations internationales. Les répercussions de la pandémie de Covid-19, du changement climatique et de la guerre en Ukraine, ainsi que la lutte antiterrorisme, les violences armées et les changements de pouvoir anticonstitutionnels étaient sur la liste de l’agenda de la rencontre.

Face à ces crises, la demande de l’annulation totale de la dette africaine s’est imposée. « Nous plaidons pour une annulation totale de la dette africaine pour permettre une relance de l’économie post- Covid et nous permettre de faire face aux impacts négatifs de la crise en Ukraine », a annoncé dans son discours le président des Comores, Azali Assoumani, qui a pris le relais pour un an du Sénégalais Macky Sall à la présidence tournante de l’organisation africaine. Selon la Banque mondiale, 22 Etats africains sont aujourd’hui en situation de détresse au regard de leur dette et concentrent une part notable des 1 071 milliards de dollars de la dette extérieure du continent. « Pour une viabilité de la dette africaine, nous exhortons la mise en place d’un cadre commun de règlement de cette dette qui sera plus inclusif et qui intègrera les créanciers bi et multilatéraux et aussi les créanciers privés, avec un soutien renforcé du Fonds monétaire international », a ajouté le nouveau président de l’UA.

« Tolérance zéro »

Quant aux changements de pouvoir anticonstitutionnels en Guinée, au Burkina Faso et au Mali, l’UA a réaffirmé sa position, celle de la « tolérance zéro face aux changements de gouvernement anticonstitutionnels. L’Union africaine maintient qu’elle ne tolère, en aucun cas, les méthodes non démocratiques pour accéder au pouvoir politique », a martelé l’ambassadeur Bankole Adeoye, commissaire de paix et sécurité de l’UA. En amont du rendezvous, le Mali, le Burkina Faso et la Guinée, suspendus de l’UA et de la Cédéao suite à des coups d’Etat, avaient demandé leur réintégration. Prêt à offrir l’aide à ces pays, le commissaire a annoncé : « Le département paix et sécurité de la commission est disponible pour mobiliser davantage de ressources humaines, techniques ou financières pour aider ces pays à faire face au fléau du terrorisme par le biais de la réforme de leur secteur de la sécurité. Je voudrais vraiment vous assurer que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider ces Etats membres à revenir dans la famille, s’ils travaillent de leur côté à restaurer l’ordre constitutionnel ». Samedi 18 février, les pays membres de la Cédéao, réunis à Addis-Abeba, ont également décidé de maintenir leurs sanctions contre les trois pays et d’imposer en outre des « interdictions de voyager » aux membres du gouvernement et aux représentants de ces pays. En clôture du Sommet de l’UA, Moussa Faki Mahamat, président de sa Commission, a invité à réfléchir à l’opportunité de privilégier « les sanctions individuelles » ciblées pour dissuader ceux qui veulent procéder à des changements non constitutionnels afin d’éviter que « des sanctions générales puissent toucher aux intérêts des populations ».

Sécurité et économie

La Libye, pays plongé depuis plus de 10 ans dans une crise majeure, figurait à l’agenda du sommet. L’UA a annoncé qu’elle travaillait à organiser une « conférence de réconciliation nationale », sous l’égide du président congolais, Denis Sassou-Nguesso, à la tête du Comité de haut niveau sur la crise libyenne. Cette conférence nationale est destinée à « être le point de ralliement de toutes les parties libyennes » pour ouvrir la voie à « des élections libres et équitables ». L’insécurité, le terrorisme au Sahel et la situation en RDC ont été soulevés par le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, qui a proposé de nouvelles actions pour maintenir la paix. « L’Afrique a besoin d’actions pour la paix. L’Onu est fière d’être un partenaire de paix en Afrique, mais notre travail devient, chaque année, plus complexe. Le terrorisme et l’insécurité s’aggravent et les conflits sont plus nombreux », a martelé Guterres devant l’assemblée de l’UA, tout en proposant des voies de sortie, parmi lesquelles la création d’une force africaine dite « d’imposition de la paix », soutenue par les Nations-Unies et avec des financements garantis. Par ailleurs, les dirigeants africains entendent accélérer la mise en place de la Zone de Libre- Echange Continentale Africaine (ZLECA). Lancé officiellement en juillet 2019, l’accord sur la ZLECA est entré en vigueur en janvier 2021, après un retard de six mois en raison de la pandémie de Covid-19. La ZLECA doit favoriser le commerce au sein du continent et attirer les investisseurs en établissant un marché unique pour les produits de fabrication africaine, éliminant 90 % des droits de douane et s’attaquant aux barrières non tarifaires. Le président de la Commission de l’UA a pointé du doigt « le manque de volonté politique » affiché par les leaders africains, depuis 60 ans, dans la concrétisation de projets visant au développement et à l’intégration du continent. En effet, sur les 54 pays signataires de l’accord, 44 l’ont ratifié. D’où le retard de sa mise en place. Pourtant, comme l’a dit l’économiste Daniel Ouedraogo sur l’antenne de TV5, la mise en place de cette zone de libre-échange porte des intérêts politiques derrière la volonté d’intégration : « Si on regarde dans les espaces internationaux, on se rend compte que la voix des pays africains compte de moins en moins. L’une des solutions serait une union politique pour faire entendre sa voix ».

 

Crise diplomatique

Incident diplomatique. L’expulsion de Sharon Bar-li, directrice générale adjointe du ministère israélien des Affaires étrangères pour l’Afrique, à l’ouverture du sommet, était l’incident le plus remarquable et qui a conduit à une crise dans les relations afro-israéliennes. L’incident s’est produit alors que le premier ministre palestinien, Mohammad Shtayyeh, était censé prendre la parole lors du sommet, dans le but de mobiliser un soutien pour la cause palestinienne. Ebba Kalondo, porte-parole du président de la Commission de l’UA, a expliqué à l’AFP qu’une personne avait été « invitée à quitter les lieux » parce qu’elle n’était pas invitée à cette réunion. L’UA avait adressé une invitation unique à l’ambassadeur d’Israël auprès de l’UA, Aleli Admasu, et cette invitation ne pouvait être utilisée par personne d’autre, a-t-elle poursuivi.

Refusant ces accusations, un porte-parole de la diplomatie israélienne, Lior Hayat, a qualifié cette expulsion de « grave » car Mme Bar-li avait « une accréditation en bonne et due forme en qualité d’observateur ». Hayat a accusé brutalement l’Algérie et l’Afrique du Sud d’en être responsables. « C’est triste de voir l’Union africaine otage d’un petit nombre d’Etats extrémistes, comme l’Algérie et l’Afrique du Sud, motivés par la haine et contrôlés par l’Iran », a-til dit à l’AFP. Vincent Magwenya, porte-parole du président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a rétorqué qu’Israël devait « étayer ses accusations ».

L’année dernière, la décision de Moussa Faki d’accorder le statut d’« observateur » à Israël avait créé la polémique. Pour rappel, Israël entretient des relations avec 46 pays d’Afrique, qui comprennent des liens de coopération dans les domaines du développement, du commerce et de l’aide. Cependant, certains pays africains ont refusé de normaliser leurs relations avec Israël, en soutien à la cause palestinienne. En attendant le rapport d’un comité ad hoc qui ne s’est pas réuni jusqu’ici, les chefs d’Etat ont décidé d’en attendre les conclusions pour prendre la décision.

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