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Soudan : Vers un accord de paix inclusif

Maha Salem , (avec Agences) , Vendredi, 20 janvier 2023

Au Soudan, les signataires de l’accord-cadre se sont mis d’accord sur la création d’un comité chargé de démanteler l’influence de Omar Al-Béchir. Des discussions plus délicates sur des questions plus litigieuses doivent se tenir.

Soudan : Vers un accord de paix inclusif
De nombreuses questions restent à régler dans les prochaines discussions.

Une nouvelle phase de discussions s’est tenue du 8 au 13 janvier entre les différentes factions politiques et le Conseil souverain de transition soudanais. Les négociations ont porté sur plusieurs questions-clés telles que la sécurité, la justice, des réformes (politiques, économiques, administratives et forces de sécurité) et le démantèlement des éléments liés au régime de l’ex-président Omar Al-Béchir.

Mais il faudra sans doute d’autres rounds pour régler l’ensemble des questions en suspens. Après ces discussions acharnées, les négociateurs se sont mis d’accord sur un seul point : la création d’un comité de retrait de pouvoirs devant démanteler l’influence du régime de Omar Al-Béchir sur les institutions du pays. Khaled Omar, porte-parole de ces ateliers, est revenu sur les obligations de ce comité. « Plusieurs ateliers organisés pendant la conférence ont porté sur plusieurs thèmes, à savoir : la corruption et l’autonomisation au cours des trois décennies, les conséquences politiques du démantèlement du Congrès national, l’expérience du comité pour le démantèlement du régime du 30 juin, l’annonce, la communication et l’échange pendant le processus de démantèlement, le cadre juridique qui contrôle le processus de démantèlement du régime du 30 juin, les normes internationales et les principes qui contrôlent le processus de démantèlement, l’expérience africaine dans la lutte contre la corruption et le recouvrement des actifs », a-til expliqué. 350 personnes ont pris part à ces réunions, dont des signataires de l’accord-cadre et des forces politiques et civiles non signataires, y compris des comités de résistance. Parmi les nombreuses recommandations, la conférence a plaidé pour que les fonctionnaires appartenant au Parti du Congrès national ne soient pas licenciés, car l’appartenance à ce groupe politique était obligatoire pour de nombreux emplois. Une autre série de pourparlers est attendue dans les semaines à venir sur les principales questions litigieuses, notamment la justice transitionnelle, la responsabilité et les réformes de la sécurité. Le 5 décembre, civils et militaires ont signé un accordcadre, applaudi par l’Onu, l’Union Africaine (UA) et plusieurs pays, mais qui reste très général et ne fixe que peu d’échéances.

L’objectif ultime est de rétablir un gouvernement civil, comme cela avait été instauré après la révolte qui poussa l’armée à démettre le dictateur Omar Al- Béchir en 2019. Les forces civiles ont accepté de signer l’accord, de même que le général Abdel- Fattah Al-Burhan et son second, le chef des unités paramilitaires des Forces de Soutien Rapide (FSR), le général Mohamed Hamdan Daglo. Mais d’ex-groupes rebelles qui avaient signé la paix avec le pouvoir civil en 2020 ont refusé, jugeant que l’accord-cadre était « excluant ». Pour soutenir ces derniers, des manifestations éclatent régulièrement pour réclamer l’éviction pure et simple des militaires du pouvoir et de toute négociation politique. « Ce que nous comprenons c’est que les efforts se poursuivent pour tenter de créer les conditions pour que tous puissent rejoindre le processus », a expliqué l’ambassadeur américain au Soudan John Godfrey, tout en affirmant que cette invitation faite aux ex-rebelles, qui n’ont pas pris part à l’accord initial visant à rétablir une transition vers un gouvernement civil, consiste à renforcer le sentiment d’appartenance au processus politique en cours.

Transition de deux ans

Pour satisfaire la communauté internationale, notamment Washington, Burhan et son viceprésident ont assuré être attachés à la transition démocratique et aux accords conclus en décembre dernier qui prévoient le retrait des militaires de la vie politique, ainsi que la nomination d’un premier ministre civil chargé de conduire le pays dans une transition de 24 mois menant à des élections libres et équitables.

Cependant, nombreux sont les analystes qui se gardent de trop d’optimisme. « Ces négociations sont inutiles, car elles ne regroupent pas toutes les factions soudanaises et négligent une partie des revendications des manifestants. De même, l’opposition n’est pas intégrée à la vie politique. Pourtant, l’opposition est influente, elle est capable de mobiliser les manifestants. Et les manifestations peuvent se poursuivre encore longtemps, car les Soudanais estiment qu’ils n’ont rien à perdre, vu que les conditions économiques sont difficiles », explique Dr Mona Soliman, politologue. Partageant le même avis, Dr Khaled Osman, politologue soudanais, prévoit deux scénarios : « Le premier est que le Conseil militaire accepte de céder le pouvoir aux civils sans aucune intervention, mais c’est difficile car, malgré ses déclarations, il s’accroche au pouvoir. L’autre scénario est que la communauté internationale soutienne l’opposition pour qu’elle prenne le pouvoir. Mais pour cela, l’opposition doit s’unir ». Ce qui est loin d’être le cas.

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