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Dr Hazem Aboul-Saoud : Bamako cherche une alternative pour faire face au vide sécuritaire dans lequel le pays risque de tomber

Sabah Sabet, Mercredi, 06 octobre 2021

Dr Hazem Aboul-Saoud, chercheur à la faculté des études africaines supérieures de l’Université du Caire, fait le point sur la situation au Mali, la brouille avec la France et les conséquences d’un éventuel report des élections.

 Hazem Aboul-Saoud

Al-Ahram Hebdo : En pleine crise politique et sécuritaire au Mali, le report des élections générales de février prochain est de plus en plus probable. Le pays entre-t-il dans une interminable crise ?

Dr Hazem Aboul-Saoud : C’est vrai, le premier ministre malien, Choguel Maiga, a récemment évoqué la possibilité d’un report des élections prévues fin février, mais la date finale sera fixée lors de la conférence nationale du Mali qui se tiendra fin octobre. En fait, je pense que la priorité n’est pas la tenue des élections à la date prévue, mais l’essentiel, c’est d’organiser un scrutin crédible, transparent, qui ne soit pas contesté et conformément aux conditions fixées par la Communauté Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Car le Mali souffre depuis des années de troubles politiques et sécuritaires, qui se sont aggravés après les deux coups d’Etat qui ont eu lieu. Cette situation rend difficile l’organisation optimale des élections générales.

— Le pays fait également face à un risque sécuritaire après la décision de mettre fin à l’opération Barkhane, ce qui a donné lieu à une brouille entre Paris et Bamako …

— Bamako a accusé Paris de l’avoir « abandonné en plein vol », Paris s’est dit « choqué ». Le ton est vraiment monté entre les deux pays. Mais Bamako veut avant tout envoyer un message à Paris. C’est ce qu’il a fait en évoquant le recours au groupe paramilitaire russe Wagner pour recruter des mercenaires. Bamako veut montrer qu’il a des cartes de pression en main et qu’il possède d’autres alternatives au cas où Paris déciderait de retirer toutes ses forces du Mali. De même, sur le plan interne, la présence militaire française est de plus en plus critiquée.

— Le recours au groupe paramilitaire russe ne représente-t-il pas un risque ?

— D’abord, il faut noter qu’il est normal que les Maliens cherchent une alternative pour faire face au vide sécuritaire dans lequel le pays risque de tomber après la décision prise par la France en juin dernier de réduire de moitié ses forces, aujourd’hui au nombre de 5 000. Le Mali s’est tourné donc vers la Russie et des négociations sont en cours. Pourtant, selon certaines sources, les frais énormes de ce soutien militaire, 11 millions de dollars, et l’exploit de certaines mines d’or présentent des obstacles devant la conclusion de l’accord.

En outre, le recours à la Russie dans cette région à travers ce genre de compagnies n’est pas nouveau. La présence sécuritaire russe en Libye, en Centrafrique et au Mozambique a encouragé certainement Mali à s’orienter à ce choix, surtout que le Mali avait mené une coopération militaire avec l’Union soviétique, et donc une présence militaire de la Russie n’est pas loin de la réalité malienne.

— Une autre crise diplomatique, celle entre Paris et l’Algérie, risque elle aussi d’affecter le Mali …

— Certainement. A cause de cette crise, les avions militaires français ne seront désormais plus autorisés à survoler le territoire algérien, contrairement à ce qui était fait dans le cadre de l’opération Barkhane, afin de rejoindre le nord du Mali. Par cette décision, Alger a répondu à la décision de la France de réduire le nombre des visas donnés aux Algériens. Mais cela affecte directement le Mali et représente un obstacle aux opérations françaises, même si la France semble ne pas y accorder de grande importance. Quant à l’Algérie, la situation au Mali l’intéresse particulièrement, en raison des frontières communes et du risque de l’extension djihadiste qui peut la toucher.

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