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Transition à haut risque au Mali

Maha Salem avec agences, Mercredi, 02 septembre 2020

Deux semaines après le coup d’Etat qui a renversé le président malien, la junte a nommé son chef comme président. La Cédéao réclame le lancement immédiat d'une « transition civile » et des élections d’ici 12 mois en échange d’une levée progressive des sanctions.

Comme prévu, la junte a annoncé samedi 29 août que son chef, le colonel Assimi Goïta, était devenu président du pays. Elle a aussi reporté la première concertation sur le trans­fert des pouvoirs. Pour justifier la nomination d’Assimi comme prési­dent, le porte-parole de la junte, le colonel Ismaël Wagué, a invoqué l’ac­tuel vide institutionnel en l’absence de gouvernement et d’Assemblée natio­nale. « Pour assurer la continuité de l’Etat, il faut qu’il y ait un chef d’Etat. Cet acte permet de prendre le prési­dent du Conseil national comme le chef d’Etat, (ce) qui lui permet d’as­surer la continuité de l’Etat et prépa­rer la transition », a déclaré Ismaël Wagué en faisant référence au Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP), que les militaires ont institué et dont l’acte fondamental est censé fonder juridiquement la création. Cette déclaration affirme en outre que le président du CNSP assure les fonc­tions de chef de l’Etat. Il incarne l’unité nationale et est garant de l’in­dépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des accords internationaux. Il nomme les respon­sables civils et militaires de haut rang, signe les ordonnances et décrets adop­tés du CNSP et accrédite les ambassa­deurs étrangers. Il peut être investi de « pouvoirs exceptionnels » quand les institutions, l’intégrité du territoire ou l’exécution des engagements interna­tionaux « sont menacés d’une manière grave et immédiate ».

Ainsi, la transition promise par la junte qui a pris le pouvoir au Mali a tourné court avant même d’être lan­cée. La junte avait invité les partis, des groupes rebelles signataires d’un accord de paix et des organisations de la société civile à des « échanges sur l’organisation de la transition » samedi 29 août à Bamako. Le Mouvement du 5 Juin/Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) avait vivement protesté contre le fait de ne pas figurer parmi les invités. Or, c’est cette coalition de chefs reli­gieux et de membres de l’opposition et de la société civile qui a mené pen­dant des mois la contestation contre M. Keïta. La mise à l’écart du M5 a provoqué la colère de ses leaders, qui ont accusé la junte de chercher à confisquer le changement. « Nous constatons avec amertume que cette junte qui a suscité l’espoir de tous les Maliens un certain 18 août 2020 est en train de dériver et de s’éloigner petit à petit du peuple malien », a déclaré Tahirou Bah, au nom d’Es­poir Malikoura, association parmi les fondatrices du mouvement. Partageant le même avis, l’imam Mahmoud Dicko, éminente person­nalité publique et figure tutélaire du mouvement, avait accusé les mili­taires de se couper de ceux qui devraient être impliqués dans la tran­sition, et les avait prévenus qu’ils n’auraient pas « carte blanche ».

Pour les satisfaire, cette réunion a été reportée et la junte a invoqué « des raisons d’ordre organisationnel ». Les militaires ont bénéficié après leur putsch d’un accueil plutôt favorable des Maliens, las de la grave crise sécuritaire, économique et politique dans laquelle s’enfonce leur pays depuis des années. Mais la transition qu’ils ont promise se fait attendre. Ils se retrouvent à présent sous la double pression du mouvement M5 qui revendique le fait d’avoir préparé la chute d’un gouvernement accusé d’inaptitude et de corruption, et des pays ouest-africains voisins.

Sanctions africaines

Face à cette situation, la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), réu­nie en sommet sur le Mali, a réclamé à la junte, vendredi 28 août, un retour rapide des civils au pouvoir, deman­dant le lancement immédiat d’une « transition civile » et des élections d’ici 12 mois, en échange d’une levée progressive des sanctions. La Cédéao a demandé à la junte « d’en­gager une transition civile immédia­tement » et la « mise en place rapide d’un gouvernement pour préparer les élections législatives et présidentielle dans un délai de 12 mois », a déclaré dans son discours de clôture le chef de l’Etat nigérien, Mahamadou Issoufou, tout en ajoutant que la Cédéao souhaitait la nomination pour présider la transition, d’une person­nalité civile, reconnue pour sa probi­té intellectuelle et morale, ainsi que d’un premier ministre civil. Elle sou­ligne qu’aucune structure militaire ne devrait être au-dessus du président de la transition.

Aussi, les voisins du Mali ont main­tenu, vendredi 28 août, la fermeture des frontières et l’embargo sur les échanges financiers et commerciaux. Ils lèveront ces sanctions progressive­ment en fonction des avancées accom­plies vers le retour à l’ordre civil sous 12 mois.

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