Lundi, 22 juillet 2024
Al-Ahram Hebdo > Afrique >

Guinée : Double scrutin controversé

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 23 mars 2020

Marqué par une faible participation et par quelques incidents, le double vote sur le référendum et les législatives s’est tenu dimanche 22 mars en Guinée, en dépit de vives critiques de l’opposition et de la communauté internationale.

Guinée  : Double scrutin controversé
La crainte du coronavirus et les doutes qui planent sur les fichiers électoraux ont eu un impact sur la participation au double scrutin. (Photo:AFP)

Coronavirus, contestation de l’opposition, de la société civile, et scepti­cisme de la communauté internationale : autant de facteurs qui n’ont pas pu arrêter le président gui­néen, Alpha Condé, de tenir le double scrutin du dimanche 22 mars, des législatives et un référendum constitutionnel. Cinq millions de Guinéens étaient donc appelés à se prononcer sur la réforme constitu­tionnelle, fixant désormais le mandat du président de la République à 6 ans renouvelable une seule fois, et à élire leurs 114 députés. Deux scrutins marqués par une faible participation, des attaques contre des bureaux de vote, incendies de matériel électoral et des heurts entre forces de l’ordre et opposants. Les doutes sérieux qui pèsent sur la composition des listes électorales et la crainte du coronavi­rus ont eu certainement leur effet sur le taux de participation. L’opposition avait promis de boycotter le vote et d’en empêcher la tenue, mais la per­sistance des troubles n’a pas dissua­dé le gouvernement d’organiser les scrutins. Le 1er mars, le référendum constitutionnel et les législatives avaient été reportés à la dernière minute dans un climat de vives ten­sions. L’actuelle Constitution de 2010 n’autorise pas Alpha Condé à briguer un troisième mandat à la prochaine élection présidentielle, tandis que la nouvelle Constitution, proposée par Condé, limite à deux le nombre de mandats présidentiels, mais ses opposants l’accusent de vouloir remettre son compteur à zéro.

Malgré la fermeture par l’autorité de réseaux sociaux, des heurts ont éclaté dans plusieurs villes du pays, où manifestants anti-nouvelle Constitution et forces de l’ordre se sont affrontés. A Conakry, les quar­tiers chauds de la capitale, favo­rables à l’opposition, ont été le théâtre d’incendies, de pillages et d’actes de vandalisme.

Inquiétude internationale

Face à cette situation, l’Union Européenne (UE) et l’Onu ont fait part de leur inquiétude, surtout que le processus électoral s’est déroulé sans les observateurs internationaux de la Communauté Economique des Etats d’Afrique De l’Ouest (CEDEAO), l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), ni ceux de l’Union Africaine (UA). Les observateurs se sont reti­rés du processus alors que le report du double scrutin n’ayant pas été mis à profit pour réintégrer l’opposition. Cette dernière a aussi dénoncé un fichier électoral truqué. A l’appui de cette accusation, l’étude de l’Organi­sation internationale de la franco­phonie. Selon elle, sur les 11,9 mil­lions de personnes inscrites, 2,49 millions étaient « problématiques ». Du côté du pouvoir, on justifie cette réforme en expliquant qu’il s’agit de « doter la Guinée d’une Constitution qui réponde aux besoins actuels », sur les droits des femmes, la lutte contre les mutilations génitales fémi­nines, la gratuité de la scolarité, l’écologie et la répartition des reve­nus de l’Etat. Pour sa part, le prési­dent guinéen, Alpha Condé, a cher­ché à répondre aux inquiétudes de la communauté internationale et lui transmettre un message de tranquil­lité. « La Cédéao, l’UA et l’OIF ont fait des recommandations à travers les experts, qui ont été intégralement prises en compte, Guinéennes, Guinéens, très chers compatriotes, les prochaines élections vont se dérouler dans la transparence, dans le respect absolu des règles démo­cratiques et des usages républi­cains », a annoncé Condé qui a pris la parole la veille des élections. Les organisateurs ont exprimé de fortes réserves sur la fiabilité du processus électoral.

Moussa Faki, président de la Commission de l’Union africaine, a fait part la veille du scrutin de sa préoccupation « face aux tensions et aux divergences qui prévalent entre les acteurs politiques guinéens et leurs conséquences potentielles sur la stabilité à long terme du pays ». Il a invité toutes les parties concernées à s’abstenir de toute action suscep­tible de compliquer davantage la situation actuelle.

Dès octobre dernier, opposition et société civile se regroupent autour du Front commun pour la défense de la Constitution (FNDC) pour s’op­poser à cet éventuel troisième man­dat du président sortant. Les jour­nées de mobilisation du FNDC se soldent ponctuellement par des vio­lences et des dégâts matériels: le FNDC déplore plus d’une trentaine de morts, de nombreux blessés et la multiplication d’« arrestations pré­ventives » par les forces de sécurité. Dans les coulisses, chefs d’Etat ouest-africains et anciens compa­gnons de route du président Alpha Condé ont tenté de le convaincre de renoncer au référendum, qui cristal­lise toutes ces tensions. En vain .

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique