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Détente entre Kigali et Kampala

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 27 août 2019

Dans une tentative de résoudre leurs différends qui pèsent sur la sécurité de la région, l’Ouganda et le Rwanda ont signé un accord de sécurité avec la médiation de l’Angola et de la RD Congo.

Détente entre Kigali et Kampala
Après d'intenses négociations acharnées, l'Ouganda et le Rwanda ont signé un accord de paix. (Photo : AFP)

L’Ouganda et le Rwanda s’acheminent vers une détente. Luanda, la capitale angolaise, a accueilli la semaine dernière la signature d’un accord, censé ouvrir la porte à une sortie de crise entre l’Ouganda et le Rwanda, après plusieurs mois de tensions sur fond d’accusations mutuelles de déstabilisation. Lors d’un sommet régional quadripartite réunissant les dirigeants de l’Angola, du Rwanda, de l’Ouganda et de la RDC, mercredi 21 août, le président rwandais, Paul Kagame, et son homologue ougandais, Yoweri Museveni, ont enterré la hache de guerre. Les deux pays frontaliers s’étaient accusés mutuellement d’espionnage, d’assassinat politique et d’ingérences dans les affaires intérieures. Ces tensions sont allées jusqu’à la fermeture de la frontière en février dernier.

« Cet accord marque le début du processus de consolidation de la paix dans la région des Grands Lacs, mais ce n’est pas encore tout », a indiqué Joao Lourenço, le président angolais, qui sert de médiateur entre les deux pays depuis début juillet. Accueillant ce sommet, Lourenço s’est efforcé de se montrer positif sur la résolution d’autres conflits « Nous avons toujours plusieurs autres conflits, comme au Soudan du Sud, des groupes rebelles opérant dans l’est de la RDC et l’instabilité en RDC ».

L’accord demande à chaque signataire de « s’abstenir de toute action de nature à déstabiliser ou à subvertir le territoire de l’autre partie, éliminant ainsi tous les facteurs susceptibles de créer une telle perception, tels le financement, la formation et l’infiltration des forces déstabilisatrices ». Pourtant, le mémorandum n’a pas cité les principaux points de mésentente, ce qui, selon le politologue Christopher Kayumba interrogé par l’AFP, « ne résout pas toutes les tensions actuelles ». Récemment, les autorités rwandaises ont conseillé à leurs ressortissants de ne plus se rendre en Ouganda.

En fait, ce n’est pas la première fois que les deux pays se retrouvent pour tenter de trouver une issue à la crise. La première rencontre avait eu lieu à Nsele en RDC en mai dernier, et avait réuni Paul Kagame, Joao Lourenço et Félix Tshisekedi. La réunion s’était focalisée sur la sécurité dans l’Est. Un autre mini-sommet a eu lieu à Luanda le 12 juillet dernier, en présence de Yoweri Museveni. Le président angolais, Joao Lourenço, et son homologue congolais, Félix Tshisekedi, avaient alors été chargés de faciliter le processus de dialogue entre les deux pays.

Aux couteaux tirés

En effet, le Rwanda et l’Ouganda sont à couteaux tirés depuis plusieurs mois. Frères d’armes dans la rébellion qui a porté Museveni au pouvoir en 1986, alliés pendant le génocide des Tutsis lors duquel le Front Patriotique Rwandais (FPR), que dirige Paul Kagame, avait combattu, les deux présidents ont depuis connu des relations en dents de scie, marquées par l’affrontement entre leurs deux armées à Kisangani, en RDC, en juin 2000.

La dernière rencontre officielle entre les deux hommes remonte à un déplacement de Paul Kagame à Entebbe en mars 2018. Depuis, les deux hommes rivalisent d’accusations. Kigali accuse depuis plusieurs mois son voisin d’apporter un soutien logistique à des mouvements hostiles au président rwandais, comme le Rwanda National Congress (RNC) de l’ancien général rwandais Kayumba Nyamwasa, aujourd’hui en exil en Afrique du Sud. Le RNC est soupçonné par le Rwanda de collaborer avec les rebelles FDLR, actifs dans l’est de la RDC.

De son côté, Kampala accuse régulièrement le Rwanda de tentatives d’espionnage. Le dernier exemple date du 23 juillet, quand les services ougandais ont procédé à l’arrestation d’une quarantaine de ressortissants rwandais, tous officiellement membres d’une église évangéliste et accusés d’espionnage. Le Rwanda, de son côté, proteste depuis plusieurs mois contre des interpellations et des expulsions jugées arbitraires de ses ressortissants.

Par ailleurs, selon l’accord signé le 21 août, le Rwanda et l’Ouganda sont appelés à « protéger et à respecter le droit et la liberté des ressortissants de la partie résidant et transitant sur leur territoire national ». Les deux pays doivent aussi « reprendre dès que possible les activités transfrontalières » qui ont connu un ralentissement à la suite de la fermeture du poste-frontière rwandais de Gatuna en février. Cette fermeture, officiellement pour cause de travaux, avait accentué les tensions entre les deux pays, l’Ouganda accusant notamment le Rwanda de violer les règles de l’East African Community. « Le plus important dans cet accord, ce n’est pas sa signature, mais sa mise en oeuvre », commente le secrétaire d’Etat rwandais en charge de la communauté de l’Afrique de l’Est, Olivier Nduhungirehe, qui demande « la fin du soutien des groupes génocidaires et terroristes anti-Rwanda, la libération des citoyens rwandais en détention illégale en Ouganda et la fin du sabotage économique ». « Les prochains jours nous donneront déjà une indication », avait-il déclaré. Il reste à respecter ce mémorandum.

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