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ZLEC : Un pas vers l’intégration économique en Afrique

Sabah Sabet avec agences, Dimanche, 12 mai 2019

Suite à l’approbation par 22 membres de l’Union Africaine (UA) de l’accord sur la mise en place de la Zone de Libre-échange Continentale, la Zlec entrera officiellement en vigueur le 30 mai. Plusieurs défis à relever persistent toutefois.

ZLEC  : Un pas vers l’intégration économique en Afrique
La Zlec est lancée officiellement le 21 mars 2018 par 49 Etats africains.

Le seuil minimum pour le lancement de la Zone de Libre-Echange Continentale (ZLEC) de l’Union Africaine (UA) a été finalement atteint avec la ratification de la Sierra Leone et de la République arabe sahraouie démocratique à l’accord prévoyant la création de cette zone. Ces deux pays portent ainsi à 22 le nombre de ratifications, soit le seuil minimum requis pour le lancement de la Zlec qui verra ainsi le jour le 30 mai prochain. Conçu d’abord en 2012 par les dirigeants africains, puis lancé officiellement le 21 mars 2018 par 49 Etats africains, ce gigantesque marché a pour objectif d’accélérer l’intégration économique du continent en supprimant les barrières douanières et tarifaires. Les experts de l’UA et les ministres africains du Commerce devront néanmoins se retrouver en juin à Kampala, en Ouganda, pour finaliser la mise en place des rouages de la Zlec. La rencontre permettra également aux chefs d’Etat et de gouvernements de l’UA de lancer sa phase opérationnelle, à l’occasion du prochain sommet de l’UA, le 7 juillet à Niamey.

Avec la concrétisation de la zone de libre-échange, l’Afrique s’ouvre sur un marché potentiel de 1,2 milliard de consommateurs, au produit intérieur brut combiné de 2,5 milliards de dollars. Des chiffres qui pourraient faire du continent la plus grande zone de libre-échange dans le monde depuis la création de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), il y a 70 ans. La réduction des droits de douane intra-africains — l’une des conditions de la Zlec— pourrait également générer des gains de 3,6 milliards de dollars sur le continent grâce à une augmentation de la production et à des biens meilleur marché. Il est aussi question d’accroître le commerce intra-africain de 52,3% par an, selon la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA).

En effet, en matière d’échanges intercontinentaux, l’Afrique a du retard. Si, par exemple, les flux commerciaux intra-européens représentent sur la zone 70% du total des échanges, en Afrique, ils ne s’élèvent qu’à 16%. Avec des tarifs moyens de 6,1%, les entreprises sont d’ailleurs confrontées à des droits de douane plus élevés lorsqu’elles exportent en Afrique plutôt qu’en dehors. Dans ce contexte, la Zlec représente un vivier d’opportunités.

Pour le directeur de la Banque Africaine de Développement (BAD), Akinwumi Adesina, « une Afrique sans frontières n’est pas seulement un idéal politique ». « Elle pourrait également constituer le fondement d’un marché continental concurrentiel pour accélérer la croissance et rendre le continent plus compétitif dans le commerce mondial et les chaînes de valeur », explique-t-il dans le dernier rapport de l’institution sur les perspectives économiques du continent. Le texte exhorte d’ailleurs les pays africains à « axer leur politique commerciale sur les critères exigés par la Zlec ».

Le Nigeria toujours réticent

Selon les experts, les défis affrontant ce projet peuvent être résolus par cinq points-clés qui doivent être appliqués: éliminer tous les tarifs bilatéraux appliqués en Afrique, maintenir les règles d’origine simples, flexibles et transparentes, supprimer toutes les barrières non tarifaires sur les biens et services, mettre en oeuvre l’accord sur la facilitation des échanges de l’OMC — et ce, afin de réduire les délais et les coûts de transaction transfrontaliers liés aux mesures non tarifaires —, négocier avec les autres pays en développement, afin de réduire leurs droits de douane et leurs barrières non tarifaires de 50 % et simplifier les procédures aux frontières qui représentent des obstacles.

A la clé, les analystes promettent des gains totaux africains à 4,5% de son PIB, soit 134 milliards de dollars par an. Une promesse alléchante qui n’a pourtant pas convaincu tout le monde. Certains « poids lourds » du continent, à l’instar du Nigeria — première économie d’Afrique —, n’ont toujours pas ratifié l’accord.

Face à son refus persistant, l’UA a une fois de plus exhorté le Nigeria, première économie du continent, à rejoindre la Zlec. « Nous encourageons le Nigeria à figurer parmi les membres fondateurs de la Zlec en ratifiant l’accord y afférant avant le 30 mai », a déclaré Albert Muchanga, commissaire au commerce et à l’industrie de l’UA, dans un entretien publié par le quotidien britannique The Financial Times. « La part de l’Afrique dans le commerce mondial augmente grâce à la croissance du marché intérieur. C’est dans leur intérêt de ratifier », a-t-il ajouté. Craignant de voir une déferlante de produits étrangers ruiner son industrie, le Nigeria n’a pas encore signé l’accord relatif à la création de la Zlec. Abuja rappelle régulièrement que le libre échangisme prôné par l’OMC a dévasté son industrie textile.

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