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Madagascar: Trop de candidats pour un fauteuil

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 07 mai 2013

La présidentielle malgache s’annonce tendue avec 41 candidats en lisse dont l’ancien président Rajoelina. La Cour Electorale Spéciale (CES) est déjà critiquée et taxée d’impartialité.

trop de candidats
(Photos: AP)

Alors qu’il s’était engagé à ne pas se présenter aux prochaines présidentielles, l’homme fort de Madagascar, le président de transition, Andry Rajoelina, a créé la surprise en revenant sur ses promesses. Son nom compte parmi les 41 candidats de la liste publiée vendredi 3 mai par la CES à 3 mois du premier tour.

Rajoelina, 38 ans, est arrivé au pouvoir de manière non constitutionnelle en 2009. Il avait accepté en janvier de ne pas se présenter sous la pression de la communauté internationale, désireuse de faciliter la tenue d’élections libres et sans violence.
Son rival et prédécesseur, Marc Ravalomanana, avait également accepté de se désister. Sans expliquer comment Rajoelina s’est ajouté à la liste, la CES a justifié sa présence de manière assez vague, avec des motifs autant politiques que juridiques. « La CES est soucieuse du principe de la liberté de tout citoyen de se porter candidat à toutes les élections afin de permettre à tout un chacun de choisir librement celui ou celle qui dirigera leur destinée, pour instaurer un climat d’apaisement permettant de tenir des élections justes, crédibles et acceptées par tous », souligne la CES.

Depuis la parution de la liste des candidats, l’incompréhension et la colère gagnent une partie de la classe politique malgache. « C’est normal : c’est son habitude. Quel accord n’a-t-il pas violé ? Quand on est dirigeant, on n’a pas le droit de faire ça, ça tue le pays. La CES ne mérite pas sa responsabilité », a déclaré le représentant de la mouvance d’un ancien président, Albert Zafy, qui n’est pas candidat.

De nombreux candidats à la présidentielle ont aussi exprimé leur indignation. « C’est une flagrante violation du droit », lance ainsi Didier Ratsiraka, ancien président rentré au pays après 11 ans d’exil.

Un proche de Pierrot Rajaonarivelo, un autre candidat, ajoute :« Andry Rajoelina fustige ceux qui ne tiennent pas parole. Mais c’est lui qui ne tient pas parole. Il est ridicule, malhonnête ».

D’autres, comme Saraha Georget Rabeharisoa, se disent « scandalisés », dénonçant un déni de démocratie. « La communauté internationale doit nous soutenir et c’est maintenant le peuple qui doit faire entendre sa voix », conclut la candidate.

OEil pour oeil …

De son côté, Rajoelina a justifié son choix sur Radio France Internationale (RFI), en évoquant la candidature de ses deux grands rivaux, Lalao Ravalomanana, épouse de l’ancien président, Marc Ravalomanana, toujours en exil en Afrique du Sud après son renversement en 2009, et celle de Didier Ratsiraka. « A ma grande surprise, j’ai appris que l’ancien président (Ravalomanana) s’est présenté aux élections présidentielles à travers son épouse. Il y avait aussi l’ancien président, Didier Ratsiraka, qui a déposé sa candidature. Je me suis dit, donc, c’est une élection libre qui devrait être transparente et pourquoi ne me présenterais-je pas aussi ? ».

La candidature surprise de Rajoelina est également une énigme pour les juristes. « Juridiquement, c’est l’embarras total. La même Cour qui prononcera les résultats définitifs des élections à venir a déjà enfreint les dispositions de loi concernant le délai de dépôt de candidature pour la présidentielle. Comment ils ont pu faire ça ? On n’en revient pas », a déclaré la juriste Sahondra Rabenarivo.

En outre, selon des analystes, le nombre important de candidatures à la présidentielle est un signe négatif pour la démocratie malgache. Ils estiment que le climat politique reste pourri par la multiplicité des ambitions et des rivalités individuelles, et que l’obligation de déposer une forte caution de 17 000 euros pour être candidat n’a pas suffi à décourager suffisamment de candidats.

A noter que sur les 50 candidatures déposées, 8 ont été rétorquées pour vice de forme et un candidat s’est désisté.

Le premier tour de l’élection présidentielle malgache, censée tourner la page de plus de 4 ans de crise, est prévu le 24 juillet et le second tour le 25 septembre. La communauté internationale, qui n’a pas encore réagi, mise sur ce scrutin pour normaliser la situation et reprendre son aide.

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