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Gambie : Vers une consolidation de la démocratie

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 11 avril 2017

Espérant un rééquilibrage des pouvoirs, les Gambiens ont désigné leurs nouveaux députés, lors d’un premier scrutin depuis le départ de l’ex-président Yahya Jammeh, et dont l’opposition a pu obtenir
la majorité.

Gambie : Vers une consolidation de la démocratie
La participation des Gambiens aux élections a été particulièrement faible. (Photo : AP)

Après 22 ans de contrôle total du parti au pouvoir, au parlement, le principal parti d’opposition au régime autoritaire de l’ex-président, Yahya Jammeh, a pu prendre sa place en obtenant une majorité absolue aux élections législatives tenues jeudi 6 avril en Gambie. Selon le président de la Commission électorale (IEC), Alieu Momar Njie, le Parti démocratique unifié (UDP) a remporté 31 des 53 sièges à pourvoir lors du scrutin de jeudi dernier, le premier depuis le départ en exil de l’ex-président.

Le Parlement monocaméral compte 58 députés : 53 élus et 5 nommés par le président pour un mandat de cinq ans. Quant au parti de M. Jammeh, l’Alliance Patriotique pour la Réorientation et la construction (APRC), qui détenait une majorité écrasante dans l’Assemblée sortante et avait présenté des candidats dans 29 circonscriptions, il n’a conservé que 5 sièges.

Cinq des 58 députés du Parlement doivent encore être désignés par le chef de l’Etat, Adama Barrow, vainqueur, sous les couleurs d’une large coalition, de l’élection présidentielle du 1er décembre face à Yahya Jammeh.

Jammeh est parti en exil en Guinée équatoriale en janvier, à la suite d’une intervention militaire de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et d’une ultime médiation guinéo-mauritanienne pour le forcer à céder le pouvoir. Déclaré battu de moins de 20 000 voix par Adama Barrow, après plus de 22 ans de pouvoir sans partage sur ce petit pays anglophone enclavé dans le territoire sénégalais, hormis sa façade atlantique, il a contesté pendant six semaines sa défaite.

En fait, la nette victoire de l’UDP — 31 élus sur ses 44 candidats — devrait donner une importante marge de manoeuvre à M. Barrow pour appliquer son programme de réformes. Adama Barrow appartenait à l’UDP avant d’en démissionner pour représenter la coalition contre Yahya Jammeh, dont les partis membres se présentaient séparément aux législatives. « Avec le président Barrow, nous sommes sur la même longueur d’onde », a déclaré à l’AFP le chef de l’UDP, Ousainou Darboe, ministre des Affaires étrangères et opposant historique à Jammeh. « Notre première priorité sera de réviser la Constitution », a indiqué un autre responsable de l’UDP, Lamin Dibba, également ministre. Et d’ajouter, en référence à la toute-puissance de l’exécutif sous M. Jammeh : « Nous allons aussi nous assurer que l’Assemblée nationale représentera le peuple plutôt que le président ».

Le parti de Jammeh toujours présent

Par ailleurs, l’un des principaux enjeux de ce scrutin était de mesurer la capacité du parti de M. Jammeh à surmonter son départ, ainsi que le poids respectif des partis de la coalition. Le Congrès démocratique de Gambie (GDC), de Mama Kandeh, arrivé en troisième position à l’élection présidentielle, loin derrière Barrow et Jammeh, a obtenu 5 sièges, un résultat modeste par rapport à la percée espérée. « Nous nous attendions à plus. C’est une surprise pour beaucoup d’entre nous », a affirmé Ebrima Nyang, un des 52 candidats du parti, qui n’a pas été élu. Malgré la déception, il a estimé que le scrutin avait été « transparent ». D’autres partis de la coalition se partagent 11 des 12 sièges restants, le dernier revenant à un candidat indépendant.

Mais la participation a été particulièrement faible, s’établissant à 42 %, a indiqué M. Njie, déplorant un manque de sens civique pour voter aux élections législatives. Plus de 886 000 électeurs, sur quelque 2 millions d’habitants, étaient appelés à choisir leurs parlementaires parmi 238 candidats, un record de candidatures, selon des observateurs électoraux et l’IEC elle-même. Pour le Gambien Ousman Addo, observateur électoral pour une ONG internationale, interrogé par l’AFP devant un bureau de vote, la forte abstention peut s’expliquer par un sentiment de défaite annoncée chez des militants du parti de Yahya Jammeh, (APRC). Il évoque aussi une indécision des sympathisants de la majorité autour du nouveau président Adama Barrow, qui « ont eu peu de temps pour se familiariser » avec le nouveau paysage politique.

Avec cette affluence timide, le scrutin s’est déroulé dans un air pacifique, aucun incident n’a été signalé. Le ministre de l’Intérieur, Mai Fatty, a remercié les Gambiens d’avoir « exprimé par leur vote leur soutien à ce gouvernement », dans un message sur sa page Facebook. M. Fatty, dont la formation n’a obtenu aucun siège, a appelé à « mettre maintenant de côté la politique partisane et se rassembler autour du gouvernement pour recueillir les dividendes de la démocratie ». L’Union européenne, l’Union africaine et la Cédéao — dont les troupes sont toujours présentes en Gambie à la demande de M. Barrow — avaient déployé des observateurs pour ce scrutin législatif.

Pour sa part, l’Onu a salué le progrès représenté par le déroulement de ce scrutin « qui confirme la marche du pays vers la paix, la démocratie et la stabilité », selon son représentant en Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas.

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