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Guinée : Climat préélectoral tendu

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 11 mars 2013

La reprise de la violence ces derniers jours place le pays en proie à une nouvelle crise liée aux élections législatives fixées au 12 mai.

Exiger des législatives libres et transparentes ? La requête a déclenché de nouvelles violences. Ainsi des échauffourées entre forces de l’ordre guinéennes et sympathisants de l’opposition, ont éclaté, vendredi dernier, à Conakry à l’occasion de l’enterrement de 6 victimes des violences survenues ces derniers jours. Ces affrontements ont eu lieu lorsqu’un cortège de milliers de personnes, conduit par le leader de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, et d’autres opposants, se dirigeait vers un cimetière en périphérie de la capitale après une prière à la grande mosquée, en entonnant des slogans hostiles au président Alpha Condé, qualifié de « dictateur ». Dans le même secteur, un poste de gendarmerie a été complètement incendié, de même que des étals de commerçants.

Durant l’enterrement, Cellou Dalein Diallo, rival malheureux d’Alpha Condé à la présidentielle de 2010, a rendu hommage aux victimes, « des jeunes qui ont donné leur vie dans le combat (...) contre la dictature d’Alpha Condé ». Plaidant pour « un Etat de droit » et « la démocratie » face à une « politique d’exclusion et d’arbitraire », Diallo a lancé : « Il faut qu’Alpha Condé comprenne qu’on ne peut pas nous intimider, qu’on ne peut pas continuer à tuer les jeunes ». A la suite de ces marches, et selon des sources judiciaires, les chefs de l’opposition guinéenne sont convoqués le 14 mars par la justice. Cellou Dalein Diallo et plusieurs autres figures de son camp sont convoqués jeudi prochain au tribunal de première instance de Dixinn, dans la banlieue de Conakry.

Le tribunal devra décider si ces responsables sont « civilement responsables des préjudices causés, en tant que membres du comité d’organisation de la marche du 27 février 2013 », selon la source judiciaire.

Au moins 8 morts

Les opposants ont dernièrement multiplié les manifestations pour exiger des législatives libres et transparentes, un scrutin désormais fixé au 12 mai. La dernière manifestation, le 27 février à Conakry, avait dégénéré en affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, suivis d’autres violences les jours suivants, ayant fait au total au moins 8 morts et plus de 240 blessés en moins d’une semaine. Plusieurs dizaines de personnes ont été interpellées, d’après des témoins. Essayant d’absorber ces tensions, le premier ministre, Mohamed Saïd Fofana, et des représentants de la classe politique et de la société civile ont entamé jeudi dernier des discussions, en prélude à un dialogue pour tenter de sortir la Guinée de la crise. La principale demande de l’opposition est la tenue d’élections libres et transparentes.

Son porte-parole, Aboubacar Sylla, a réclamé le changement de l’opérateur technique, le Sud-Africain WayMark, retenu par les autorités pour la révision du fichier électoral, et le maintien du vote des Guinéens de l’étranger. Sylla a également indiqué à l’issue de la rencontre avoir conditionné la participation des opposants au dialogue. Il réclame le gel immédiat du processus électoral : « Nous engagerons le dialogue, avec au moins comme préalable un gel du processus électoral, sinon le dialogue serait sans objet ». La libération sans condition des militants détenus depuis les heurts de ces derniers jours et une prise en charge et des compensations financières pour les victimes des dernières violences sont d’autres demandes réclamées par l’opposition pendant cette réunion.

Pour sa part, le premier ministre s’est dit optimiste tandis que l’opposition a estimé que les conditions d’un dialogue étaient encore loin d’être réunies. Selon des analystes, le fait de présenter les leaders de l’opposition à la justice va compliquer les choses.

Le pouvoir législatif est actuellement aux mains d’un Conseil national de transition, non élu. Depuis juin 2002, le pays n’a pas connu d’élections législatives. Le scrutin est sans cesse repoussé depuis 2011.

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