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Soudan du Sud : L’Onu tire la sonnette d’alarme

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 14 novembre 2016

La poursuite des combats et les violations des droits de l'homme qui s'ensuivent font craindre que la guerre ethnique ne se transforme en véritable génocide au Soudan du Sud.

Crise humanitaire, morts et réfugies par milliers, prolifération des armes et des groupes armés, interminable conflit et économie en berne : telle est la situation du plus jeune Etat du monde, le Soudan du Sud. De quoi tirer la sonnette d’alarme. En effet, cinq mois après la reprise des combats entre les forces fidèles au président Salva Kiir, de l’ethnie dinka, et celles fidèles au chef rebelle et ex-premier ministre Riek Machar, un Nuer, la situation reste très critique. « Ce qui a commencé comme un conflit politique s’est transformé en ce qui pourrait devenir une véritable guerre ethnique. Il y a un risque important d’une escalade de violences ethniques ayant le potentiel de devenir un génocide », a ainsi déclaré Adama Dieng, le conseiller spécial de l’Onu sur la prévention du génocide, lors d’une conférence de presse tenue vendredi dernier dans la capitale sud-soudanaise. Dieng, qui s’est entretenu avec des membres de la Mission de l’Onu dans le pays (Minuss), des responsables du gouvernement, des représentants de la société civile et des communautés locales, a appelé toutes les parties du conflit à une réconciliation. « Le génocide est un processus, ce n’est pas quelque chose qui arrive du jour au lendemain, c’est un processus qui met du temps à se préparer et qui peut être empêché ». « J’appelle les Sud-Soudanais à se réconcilier », a-t-il lancé.

Les troubles qui agitent actuellement le Soudan du Sud inquiètent aussi une partie de la classe politique du pays. Les membres du groupe « Les anciens prisonniers politiques » (un groupe influent représenté au gouvernement et ayant participé à l’élaboration de l’accord de paix de 2015) ont fait état de « développements inquiétants, incluant des villages détruits et incendiés », « la destruction délibérée de récoltes et de réserves de nourriture », « les meurtres de civils dans des villes, des villages et plus particulièrement sur les routes ».

Preuve de la dégradation de la situation, 21 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, ont été tuées le 8 octobre dernier par des hommes armés dans l’attaque du camion qui les transportait entre la ville de Yei à la capitale Juba. Deux jours plus tard, sur la route entre Juba et Numile, à la frontière ougandaise, trois bus ont également été attaqués. L’un des bus a été incendié et les passagers ont été rançonnés. « Une rhétorique inflammatoire, ciblée et pleine de stéréotypes s’est accompagnée de meurtres et de viols ciblés de membres de certains groupes, ainsi que d’attaques violentes contre des individus ou communautés sur la base de leur affiliation politique supposée », a indiqué le conseiller spécial de l’Onu.

L’inquiétude est aussi perçue auprès du Haut Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR). Selon un dernier rapport du HCR, les statistiques du mois d’octobre signalent que 3 500 personnes en moyenne ont fui chaque jour le Soudan du Sud vers les pays voisins (l’Ouganda, la République Démocratique du Congo (RDC), l’Ethiopie et le Soudan). Dans ces pays, le HCR, les autorités nationales et d’autres acteurs humanitaires s’efforcent de créer des conditions sûres et humaines pour les nouveaux arrivants, a déclaré une porte-parole du HCR, Cécile Pouilly, lors d’un point de presse à Genève tenu en novembre. Elle précise que neuf personnes déplacées sur dix sont des femmes et des enfants. Selon le rapport, la plupart des réfugiés provient des régions de l’Equatoria au Soudan du Sud. Ils dénoncent des groupes armés qui harcèlent des civils, tuent et torturent des personnes soupçonnées de soutenir des factions adverses, brûlent des villages, agressent sexuellement des femmes et des jeunes filles et recrutent de force des jeunes hommes et des garçons .

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