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RDC : L’opposition ne compte pas fléchir

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 07 novembre 2016

Malgré un accord avec une partie de l'opposition sur un report de la présidentielle congolaise, la crise s'accentue à l'approche de la fin officielle du mandat du président Joseph Kabila, le 20 décembre prochain.

Le 20 décembre prochain, une date qui suscite l’inquiétude de tous les Congolais : c’est en effet la fin — officielle — du dernier mandat du président congolais, Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001. Mais à quelques semaines de cette échéance, tout porte à croire que le président de la République Démocratique du Congo (RDC) ne va pas respecter la Constitution et ne va pas quitter le pouvoir. Ce n’est pourtant pas une surprise. Cela fait deux ans que l’opposition, qui soup­çonne le président de vouloir rester au pouvoir, tente de le forcer à quitter le palais présidentiel. Jusqu’à présent en vain. Deux ans au cours desquels des manifestations ont régulièrement eu lieu, avec, à chaque fois, le lot de violences qui les accompagne. Un scénario qui s’est répété cette semaine encore. Samedi dernier, la police congolaise a empêché une manifesta­tion de l’opposition contre le prési­dent, Joseph Kabila, en se déployant en masse dans les rues de la capitale de la République démocratique du Congo. En fait, le « Rassemblement » (coalition des forces politiques et sociales acquises au changement), réuni autour de l’opposant historique de RDC, Etienne Tshisekedi, avait appelé à un meeting samedi près du parlement, pour réclamer le départ de Kabila le 20 décembre, date de la fin de son mandat. Aussitôt, un dispositif policier a été mis en place dans le centre-est de la capitale, quartier rési­dentiel du président du Rassemblement, Etienne Tshisekedi, et à la permanence de son parti, l’UDPS. Les accès de la résidence étaient bouclés par deux Jeeps de la police empêchant tout passage. Un militant de l’UDPS a été blessé à la tête par une grenade lacrymogène tirée par des policiers.

Face à ces interdictions de facto, quelques attroupements des militants de l’opposition ont été observés dans d’autres rues de la capitale, au quar­tier résidentiel du leader de l’UDPS, protestant contre Kabila, mais aussi contre la forte présence policière. Conformément à l’interdiction des manifestations publiques à caractère politique décidée par les autorités de la ville, la police avait déjà prévenu qu’elle empêcherait tout attroupe­ment jusqu’à la fin de l’année.

Le secrétaire général du parti, Jean-Marc Kabund, a également dit avoir été empêché de sortir de chez lui. « Nous faisons remarquer à l’opinion la volonté de Monsieur Kabila de museler le Rassemblement pour organiser un passage en force (…) C’est encore une mise en garde que nous faisons à Monsieur Kabila de se préparer à quitter le pouvoir le 19 décembre. Nous sommes dans cette logique de mettre la pression sur le régime Kabila pour respecter notre Constitution ». Pour lui, le grand message qui est passé samedi, c’est que « Monsieur Kabila a peur du Rassemblement ». En plus, le signal de la radio française RFI, l’une des stations les plus écoutées en RDC, a été coupé, les émissions de Radio Okapi à Kinshasa ont été brouillées, comme c’est souvent le cas depuis deux ans, les jours de manifestation contre Kabila.

Autant de mesures qui témoignent de l’état de crispation que vit la RDC. Un pays qui traverse une crise poli­tique profonde depuis la réélection contestée de Kabila en 2011, aggra­vée par le report à avril 2018 de la présidentielle qui devait être organi­sée avant la fin de cette année. Ce renvoi avait été convenu en octobre entre la majorité et une frange mino­ritaire de l’opposition à l’issue d’un dialogue politique. Le Rassemblement, qui avait boycotté ce forum, a rejeté ses conclusions, exi­geant le départ du président Joseph Kabila du pouvoir à la fin de son mandat, le 20 décembre. Vendredi dernier, la Mission de l’Onu en RDC (Monusco) a appelé le pouvoir et le Rassemblement « à faire preuve de retenue ». Mais selon des analystes, l’opposition ne va pas arrêter ses mouvements populaires contre Kabila, et certainement une ascension des événements est attendue. « La lutte va toutefois se poursuivre pour faire respecter la Constitution », scandaient les sympathisants du parti du Rassemblement.

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