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L’étau se resserre autour de Boko Haram

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 17 octobre 2016

Le Nigeria et ses voisins préparent l'assaut final contre Boko Haram, alors que des informations font état de divisions au sein du groupe terroriste.

« La présente rencontre a pour objet de préparer la phase finale de l’éradication de Boko Haram dans notre espace ». C’est ce qu’a déclaré Hassoumi Massoudou, ministre nigérien de la Défense, lors d’une réunion des chefs d’état-major des armées des pays du lac Tchad (Nigeria, Tchad, Niger, Cameroun et Bénin) jeudi dernier à Niamey. Une réunion qui visait à préparer l’assaut final contre Boko Haram.

Déjà, le Niger, le Tchad et le Nigeria avaient lancé quasi simultanément en juillet dernier des « opérations de ratissage » contre les fiefs de Boko Haram, selon l’armée du Niger. Ces « opérations ont donné des résultats décisifs, notamment en libérant plusieurs localités autrefois occupées par Boko Haram », a assuré Massoudou. Elles ont également permis de « désorganiser le flux logistique » des insurgés nigérians, s’est-il également félicité. Ces opérations ont surtout permis de reprendre à Boko Haram les localités stratégiques nigérianes de Damasack, Abadan et Gachagar. Malam Fatori, autre bastion de Boko Haram, très proche de la ville nigérienne de Bosso a été également « libérée », selon l’armée du Niger.

Parallèlement aux opérations de la force régionale, l’armée nigériane a lancé début octobre l’opération « Forest Storm » (tempête forestière), dans la forêt de Sambisa, bastion de la faction d’Abubakar Shekau, chef du groupe terroriste. Comme elle, de nombreuses opérations militaires menées dans le nord-est du pays mettent à mal Boko Haram. En réponse, la milice islamiste engage régulièrement des attaques, mais les offensives récurrentes de l’armée ont poussé Boko Haram à éparpiller ses troupes dans la région.

Libération de 21 lycéennes
En outre, dans un pas jugé positif, 21 lycéennes de Chibok, enlevées par Boko Haram il y a plus de deux ans, ont été libérées jeudi dernier, après des négociations entre le gouvernement nigérian et Boko Haram, facilitées par la Suisse et le Comité international de la Croix-Rouge. Les autorités espèrent que cette nouvelle étape aidera à retrouver les 197 autres jeunes filles toujours entre les mains du groupe depuis avril 2014. « Ce n’est qu’une première étape, et nous pensons que cela nous conduira à la libération de toutes les filles », a déclaré le ministre de l’Information, Lai Mohammed, à Abuja. « Cela ne veut pas dire que nous mettons fin aux opérations militaires, mais cela pourrait être une autre manière de conduire les contre-offensives dans cette guerre contre la terreur », a-t-il ajouté, alors que l’armée nigériane n’a toujours fait aucune déclaration publique. Les lycéennes ont été échangées contre quatre combattants de Boko Haram dans la ville de Banki, à la frontière du Cameroun, selon des sources locales.

En fait, le retour des « filles de Chibok » illustre, selon des experts, des divisions du groupe djihadiste nigérian, sous forte pression militaire. « Les événements de cette semaine démontrent un comportement schizophrène, dans un contexte où le groupe est totalement divisé », estime au site laparisienne.com, Yan St-Pierre, consultant en contre-terrorisme au Modern Security Consulting Group, basé à Berlin. Début août, le groupe Etat Islamique (EI), auquel Boko Haram a prêté allégeance en mars 2015, a en effet désigné un nouveau chef pour l’Afrique de l’Ouest, Abou-Mossaab Al-Barnaoui. Un camouflet pour le leader Abubakar Shekau, qui se retrouve à la tête d’une faction du groupe de plus en plus affaiblie. En acceptant d’échanger 21 lycéennes de Chibok, dont l’enlèvement avait provoqué une émotion mondiale et qui constituait un atout de négociation précieux, Shekau démontre que son groupe a « besoin de ressources, humaines ou financières », analyse Yan St-Pierre, en référence aux informations sur cet échange.

Par contre et selon d’autres experts, Boko Haram est toujours une force relativement importante et divisée en plusieurs factions ennemies qui se déchirent pour le contrôle de la région. « C’est effectivement une avancée positive, mais je pense que nous devons rester réalistes », estime Omar Mahmood, chercheur pour l’Institute for Security Studies (ISS, dont le siège est en Afrique du Sud), cité par l’AFP. En effet, mercredi dernier, une bombe a fait huit morts dans une gare routière de la capitale du Borno, Maiduguri. Ce qui signifie que Boko Haram est toujours capable d’agir.

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