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Gabon : Le bras de fer se poursuit

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 26 septembre 2016

La décision de la Cour constitutionnelle de valider la réélection du président gabonais, Ali Bongo, risque d’embraser de nouveau le Gabon.

Bien qu’un calme précaire couvre la capi­tale, Libreville, l’inquiétude règne au Gabon. La Cour constitutionnelle a validé dans la nuit de vendredi à samedi la réélection du président sortant Ali Bongo en rejetant l’essen­tiel du recours de son rival, l’opposant Jean Ping. Comme prévu, Ping a rejeté cette déci­sion, la qualifiant samedi de « déni de droit » et de « décision inique », réitérant une fois de plus qu’il était « le président clairement élu ».

L’annonce de la victoire du président sortant le 31 août et la défaite de son rival avaient déclenché des émeutes meurtrières et des pillages massifs dans le pays. Redoutant de nouvelles violences à l’annonce du verdict de la cour en cas de confirmation de la victoire de M. Bongo, des mesures de sécurité ont été prises, surtout dans la capitale. Libreville était quadrillée, dès vendredi dernier, par un impo­sant dispositif des forces de sécurité. Un dispo­sitif sécuritaire intense qui a, pour l’heure du moins, empêché tout débordement. En effet, aucun incident n’a été signalé suite à l’annonce de la décision de la cour. Dans la capitale éco­nomique du pays, Port-Gentil, où des troubles post-électoraux avaient éclaté en 2009, et il y a trois semaines, la situation était identique.

Cela dit, l’opposition a fait état de plusieurs arrestations dans ses rangs ces derniers jours. Le président d’un parti rallié à Jean Ping, Féfé Onanga, « a été interpellé puis placé en garde à vue à la Brigade centre de la gendarmerie, à Port-Gentil, le 23 septembre 2016 », selon le site Gabon Review. L’ancien secrétaire général du syndicat des Salariés du pétrole (Onep), Guy-Roger Aurat Reteno, a été condamné avec un autre militant, Guy-Roger Ndenguino, la semaine dernière à 15 jours de prison ferme « pour distribution de tracts incitant à la révolte », selon un membre du bureau national de l’Onep qui a assisté à l’au­dience. Deux autres personnes — Jean-Hilaire Okawé et Steve Moukagni — ont été interpel­lées, soupçonnées d’être responsables d’in­cendie, d’après le Parti Gabonais du Progrès (PGP) interrogé par un correspondant de l’AFP. Un cousin du chef de l’Etat rallié à Jean Ping, Léon-Paul Ngoulakia, a été inter­pellé vendredi dernier et conduit en audition à la Direction Générale des Recherches (DGR), ont indiqué des sources concordantes. Jean Ping lui-même avait été mis en garde mer­credi dernier et avait été averti qu’il serait arrêté s’il franchissait « la ligne rouge » dans l’hypothèse où il n’obtiendrait pas gain de cause en justice.

Appel au dialogue
Pour faire preuve de bonne volonté, le gou­vernement gabonais a appelé, samedi, la com­munauté internationale à l’aider à rétablir l’unité du pays après cette réélection contestée du président sortant. « Reconstruire le lien et l’unité du pays est l’exigence du moment, pré­server la paix et la stabilité du pays est le défi du moment », a estimé le ministre gabonais des Affaires étrangères, Emmanuel Isozet Ngondet, en s’adressant à l’Assemblée générale des Nations-Unies. Le Gabon « invite donc la com­munauté internationale à l’accompagner dans cet effort », a-t-il ajouté.

Egalement, dans une tentative de se montrer ouvert à l’opposition, et suite à sa deuxième victoire à travers la Cour constitutionnelle, le président gabonais, Ali Bongo, a appelé, dans un discours télévisé, « tous les responsables politiques, y compris les candidats malheureux à l’élection du 27 août, à un dialogue poli­tique ».

La question est donc de savoir aujourd’hui quelle sera la riposte de l’opposition. « Nul ne peut contester le fait que Jean Ping ait large­ment gagné cette élection », a réagi le porte-parole du candidat malheureux, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi. C’est dire que ce dialogue, s’il a lieu, ne sera qu’un dialogue de façade et la véritable opposition en sera exclue.

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