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Mali: La Nouvelle menace

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 12 février 2013

Les groupes armés, cibles de l’offensive franco-malienne depuis un mois, ont décidé de répliquer et le récent attentat suicide à Gao ne semble être qu’un début.

La nouvelle menace
Malgré les menaces des groupes armés, les forces franco-maliennes ont poursuivi leur progression dans l'extrême nord-est du Mali. (Photos: Reuters)

Le pays n’avait jamais connu d’attentats suicide. Pourtant, ils se font maintenant menaçants avec comme principaux acteurs les groupes armés qui contrôlaient le Nord jusqu’à l’offensive franco-malienne, avant qu’ils ne se retirent dans plusieurs villes stratégiques.

Ils ont décidé de répondre par leurs propres moyens. Samedi, le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) a revendiqué l’attentat suicide de vendredi dernier à Gao, ville située à 1 200 km au nord-est de Bamako et récemment reprise aux groupes armés. L’homme qui s’est fait exploser visait des militaires maliens, dont l’un a été blessé. Le lendemain, deux jeunes portant des ceintures bourrées d’explosifs ont été arrêtés à 20 km au nord de Gao. « Nous avons arrêté tôt aujourd’hui deux jeunes, un Arabe et un Touareg. Ils avaient une ceinture d’explosifs et ils étaient sur le dos de deux ânes », a déclaré samedi à l’AFP Oumar Maïga, fils du chef du village local. Les deux jeunes ont été arrêtés sur la route menant à Bourem et à Kidal, à 20 km de l’entrée nord de Gao. Samedi soir, une explosion lointaine, mais puissante a été entendue à Gao, a indiqué une source militaire française en précisant que l’explosion a eu lieu à 10 km du camp de l’armée française, installé dans l’aéroport de Gao.

Le Mujao avait menacé la semaine dernière de créer « une nouvelle zone de conflit », promettant d’attaquer des convois, de poser des mines et « d’organiser des kamikazes ». Abou-Walid Sahraoui, porte-parole du Mujao, affirme que les troupes maliennes ont été visées parce qu’elles soutiennent « les ennemis de l’islam ». Une référence aux troupes françaises présentes sur le territoire national. Selon le groupe islamiste, des kamikazes auraient même déjà infiltré des localités. Sonnés par la violence des frappes françaises, les islamistes armés, déploient lentement l’éventail des méthodes de guérilla qui ont fait le succès des insurrections en Tchétchénie, en Iraq ou en Afghanistan. Pour l’heure, les combattants islamistes au Mali sont loin d’atteindre l’efficacité des rebelles tchétchènes ou des talibans afghans, et n’empêchent pas les opérations militaires de l’armée malienne et des troupes françaises qui progressent vers le nord.

Mais c’est la rapidité avec laquelle ces techniques de guérilla ont été annoncées et utilisées qui suscite l’inquiétude. Les pays, où des groupes armés ont eu recours aux bombes artisanales et aux attentats suicide, ont en effet souvent été plongés au bord de la guerre civile, et les populations, premières victimes des violences, y accusaient les troupes étrangères d’être responsables de la situation.

Les mines ou les bombes artisanales, souvent très meurtrières, sont l’arme préférée des insurgés dans le monde et le cauchemar des armées régulières. Ces engins explosifs pourraient à terme causer des pertes substantielles aux troupes africaines et françaises, et bien sûr dans la population.

Ils permettent en tout cas de ralentir les approvisionnements des armées régulières.

« Vers une tactique plus classique »

Par ailleurs, et depuis le lancement de l’intervention militaire le 11 janvier, les experts anticipent ce scénario. « Les combattants islamistes devraient basculer vers une tactique plus classique de guérilla, de harcèlement, d’attaques ponctuelles, avec des enlèvements et des attentats », jugeait ainsi récemment Alain Antil, de l’Institut français des relations internationales. Selon Dominique Thomas, de l’Institut d’études de l’islam et des sociétés du monde musulman, plusieurs mesures doivent être prises pour arrêter ou pour diminuer ce danger. « Après avoir libéré les villes, il faut les tenir. Cela veut dire checkpoints, ça veut dire contrôles ».

Par ailleurs et face à ces menaces, l’armée a intensifié ses mesures de sécurité surtout à Gao, scène du premier attentat. Des soldats et des gendarmes maliens se sont affairés à renforcer les postes aux entrées de la ville. Sacs de sable empilés autour des postes de contrôle, arbres rasés pour améliorer la visibilité, mitrailleuses lourdes en batterie, renforcement des patrouilles des soldats nigériens. Selon des sources militaires françaises et maliennes, plusieurs des villages entourant Gao sont acquis à la cause des islamistes. Sur le terrain, les soldats français et tchadiens ont poursuivi leur progression dans l’extrême nord-est du Mali, fief des groupes islamistes armés, prenant vendredi, sans résistance, le contrôle de la ville de Tessalit, près de la frontière algérienne.

L’attaque à Bamako a coïncidé aussi avec l’arrivée dans la ville d’un premier contingent de 70 militaires européens, chargés de former l’armée malienne. En revanche et selon des analystes, la guerre ne sera facilement terminée malgré la progression franco-malienne sur le terrain, car les djihadistes entendent utiliser la guérilla, dans ce que l’on appelle la guerre asymétrique.

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