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La Centrafrique souhaite tourner la page de la transition

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 29 décembre 2015

Après un report pour des raisons logistiques, le premier tour des élections présidentielle et législatives en Centrafrique se tient ce mercredi. Un scrutin crucial qui doit tourner la page d'une violente crise intercommunautaire, qui a déchiré le pays ces trois dernières années.

Des Centrafricains attendent leurs cartes d
Des Centrafricains attendent leurs cartes d'électeur. Pour eux, ces élections sont le seul moyen de sortir leur pays de l'impasse (Photo: Ap)

Les élections présidentielle et législatives doivent se tenir ce mercredi en Centrafrique (RCA), un pays plongé depuis trois années dans la violence. L’insécurité persistante dans plusieurs zones toujours sous la coupe de bandes armées, et les affrontements intercommunautaires ont empêché l’organisation de ces élections à la date prévue.

Initialement prévues pour dimanche dernier, elles ont été reportées in extremis, par les autorités électorales de RCA, en raison du retard pris dans les préparatifs tant dans la capitale que dans les lointaines provinces. L’Onu avait justifié ce report par des difficultés logistiques et l’insécurité, estimant qu’il ne s’agissait pas d’un revers pour la transition politique dans ce pays. « Etant donné la situation de sécurité très délicate dans le pays, il est important que ces élections se tiennent dans les meilleures conditions possibles », avait alors estimé le porte-parole de l’Onu, Stéphane Dujarric.

En effet, ce processus est le seul moyen de sortir de l’impasse, mais selon des observateurs, l’organisation des élections est un défi logistique, vu l’état des moyens de communications (routes, téléphonie ...) et la présence de groupes armés issus de l’ex-Séléka ou des milices majoritairement chrétiennes et animistes anti-balaka, qui tendent des embuscades le long des axes routiers. Aussi, la Mission des Nations-Unies (Minusca) est mobilisée pour assurer la sécurité du vote et aider à l’acheminement du matériel électoral (urnes, bulletins, ...). Les forces de sécurité nationales (armée, gendarmerie, police) se sont aussi mobilisées. La force française Sangaris a également été déployée en deux points susceptibles de violences de la part d’opposants au processus électoral : à Bossangoa, fief de l’ancien président François Bozizé dans l’ouest, et à Kaga Bandoro, porte d’entrée de la zone dans laquelle l’ex-Séléka est toujours présente.

Au total, 30 candidats sont en lice pour la présidentielle mais trois personnalités émergent : les anciens premiers ministres, Anicet Georges Dologuélé et Martin Ziguélé, ainsi que Abdoul Karim Méckassoua, plusieurs fois ministre. Le parti de l’ex-président François Bozizé, a apporté son soutien, à Anicet Georges Dologuélé, un des principaux favoris. En exil depuis son renversement en 2013 par la rébellion Séléka, Bozizé s’est vu sa candidature à la présidentielle rejetée par la Cour constitutionnelle, notamment en raison de sanctions internationales dont il fait l’objet à cause de son soutien présumé aux violences criminelles des milices anti-balaka contre les civils musulmans. « Nous avons signé un accord politique électoral pour qu’Anicet soit élu dès le premier tour », a déclaré Bertin Béa, secrétaire général du Kwa na Kwa (KNK), en présence du candidat au cours d’une conférence de presse à Bangui mardi 22 décembre. Le KNK soutient Dologuelé, dit AGD, car il peut créer « les conditions d’apaisement pour un pays réconcilié », a expliqué Béa, assurant que le candidat « saura accorder une place particulière à François Bozizé ». AGD, ancien banquier et ex-premier ministre, dont le mot d’ordre est « l’unité c’est maintenant », n’a pas voulu préciser la « place » qu’il entend accorder à Bozizé s’il est élu, notamment s’il lèvera le mandat d’arrêt lancé par le gouvernement de transition centrafricain contre l’ancien président. « C’est une question judiciaire, mais, je crois à la présomption d’innocence (...) et je suis pour que tous les anciens chefs d’Etat, François Bozizé, Michel Djotodia (tombeur de Bozizé, chassé par l’intervention internationale de janvier 2014), et Catherine Samba Panza, la présidente de la transition, trouvent leur place dans le pays », a-t-il dit.

Le renversement du président Bozizé, en mars 2013, par la rébellion à dominante musulmane, Séléka, de Michel Djotodia, a précipité le pays dans un cycle de violences intercommunautaires qui a culminé fin 2013 par des massacres à grande échelle. Djotodia a finalement été contraint à la démission début 2014, par une intervention militaire internationale menée par la France. Dirigée depuis par Catherine Samba Panza, la Centrafrique tente de se réconcilier et de redresser une économie ruinée. La transition doit s’achever au plus tard le 31 mars .

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