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Boko Haram intensifie ses attaques

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 23 juin 2015

Les combattants de Boko Haram poursuivent leurs représailles contre les pays membres de la force régionale, récemment créée pour les combattre

Le nigeria, où Boko Haram sévit, n’est désormais plus le seul pays menacé par les combattants islamistes. Le Niger, l’un des 5 pays qui ont participé à la force régionale créée il y a une semaine, a été la cible d’une attaque de cette secte extrémiste. Trente-huit personnes, dont une majorité de femmes et d’enfants, ont été tuées dans la nuit de mercredi au jeudi 18 juin, dans le sud-est du Niger lors d’une attaque visant Lamana et Ngoumao, deux villages proches de la frontière avec le Nigeria. Il s’agit de la plus sanglante attaque depuis avril dernier et de celle ayant enregistré les plus lourdes pertes civiles, depuis que le Niger est entré en guerre contre le groupe armé nigérian en février dernier.

Et ce n’est pas tout. Le Tchad, un autre pays actif dans la lutte contre le groupe islamiste et membre de la force, a été aussi exposé à un double attentat meurtrier. Trente-trois morts et une centaine de blessés, c'est le bilan d’une attaque, lundi 15 juin, visant l’école de police et le commissariat de N'Djamena, capitale tchadienne. A la suite de cette attaque, l’armée tchadienne a mené mercredi 17 juin des « frappes aériennes » au Nigeria, dans l’Etat de Borno sur des positions des islamistes de Boko Haram.

Le Tchad, qui a engagé des milliers de soldats depuis le mois de janvier dans la lutte contre Boko Haram et qui a porté des coups sévères aux insurgés, a déclaré par la voix de son président, Idriss Deby : « Nous en payons certainement le prix ». Se voulant ferme, le président tchadien a affirmé : « Les terroristes devront répondre de leurs actes ». Pendant ce temps, les actes de Boko Haram au sein du Nigeria n’ont pas baissé d’intensité. Deux vil­lages nigérians ont été attaqués dans la nuit de mercredi à jeudi dernier. 38 villageois ont été tués.Une attaque de plus qui ajoute aux milliers de tués par l’insurrection de Boko Haram, qui a également poussé plus d’un million et demi de Nigérians à se déplacer dans le nord-est du Nigeria au cours des six dernières années.

En quête de nouvelle stratégie

Le problème reste donc entier, malgré la bonne volonté affi­chée par les dirigeants nigérians et ceux des pays voisins de combattre Boko Haram. Selon plusieurs observateurs, tant que l’armée du Nigeria n’aura pas sécurisés ses frontières, il faut toujours craindre d’autres attaques meurtrières. Les terroristes de Boko Haram choisissent toujours bien leurs cibles : ils atta­quent dans des zones non sécurisées par les militaires et refont surface en changeant de tactique de combat. Une nouvelle stra­tégie semble, donc, nécessaire pour gagner la guerre contre Boko Haram.

Cité par RFI, Marc-Antoine Pérouse de Montclos, qui enseigne à l’Institut français de géopolitique, à l’Université Paris 8, explique ainsi que, si les violences montrent la « force de frappe » de Boko Haram, elles manifestent aussi le « dys­fonctionnement structurel de l’armée nigériane », qui empêche les fonds consacrés aux forces de sécurité d’arriver sur le ter­rain. Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à l’Université de Toulouse, souligne également, sur RFI, que Boko Haram bénéficie de la médiatisation, au Nigeria et à l’international, suscitée par l’enlèvement d’avril au lycée de Chibok. « Ce groupe commet des attentats depuis longtemps . Mais cet enlè­vement massif lui a donné visibilité et notoriété ». Passé de simple groupe insurrectionnel à un groupe de notoriété globale, Boko Haram recrute désormais facilement, notamment dans sa zone d’implantation, dans le Nord et le Nord-Est. Aujourd’hui, le Nigeria et ses voisins sont devenus conscients qu’il est néces­saire de réfléchir à la stratégie à adopter dans la période à venir. Or, s’il existe des difficultés à ce sujet, le manque de finance­ment est aussi un autre obstacle face aux efforts de lutte contre le groupe extrémiste. Dans ce cadre, un responsable du départe­ment d’Etat a annoncé que les Etats-Unis avaient l’intention de fournir cinq millions de dollars pour aider la force régionale qui vient d’être créée. Les Etats-Unis fournissent déjà une aide bilatérale d’environ 34 millions de dollars au Tchad, au Niger et au Cameroun, a précisé ce responsable. Quant au financement supplémentaire de la nouvelle force, composée de militaires du Nigeria, du Tchad, du Niger, du Cameroun et du Bénin, il sera acheminé via l’Union africaine. Reste à savoir si l’argent résou­dra, à lui seul, le problème. Et si la force conjointe composée de 8 000 hommes, qui sera placée sous commandement nigérian, basée dans la capitale tchadienne, N’Djamena, et qui devrait être opérationnelle d’ici au 30 juillet prochain, peut nettoyer le lac Tchad de Boko Haram.

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