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Israël vers davantage de radicalisation

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 23 mars 2015

Après sa victoire-surprise lors des législatives du 17 mars, Benyamin Netanyahu s'apprête à former un nouveau gouvernement plus à droite que le précédent.

Israel
Juste après la formation de son gouvernement, Netanyahu sera appelé à accomplir des tâches draconiennes. (Photos : Reuters)

Vainqueur fracassant des législatives israéliennes du 17 mars, le premier ministre sortant, Benyamin Netanyahu, ne perd pas de temps. Avant même d’être appelé par le président Reuven Rivlin qui doit lui confier la tâche de la formation du nouveau gouvernement — le président doit officiellement désigner le nouveau premier ministre avant fin mars —, Bibi a déjà commencé ses tractations avec les chefs des partis israéliens pour la formation de son cabinet, tout en gardant le silence sur ses intentions. Selon son parti— le Likoud (droite) —, M. Netanyahu aura de « deux à trois semaines » pour former son gouvernement, dont nul ne connaît l’orientation jusqu’à présent.

Les chiffres quasi définitifs publiés par la Commission électorale donnent au Likoud de M. Netanyahu 30 sièges, l’Union sioniste de son adversaire travailliste, Isaac Herzog, en a, elle, remporté 24, la liste des partis arabes israéliens arrive troisième pour la première fois avec 13 mandats. Ces chiffres sont quasiment définitifs, mais restent sujets à des vérifications avant leur publication officielle ce mercredi.

Selon les experts, la victoire de Netanyahu — au pouvoir depuis 2009 — était une surprise, car tous les sondages prévoyaient sa défaite, alors que le 17 mars a fait office de référendum pour ou contre M. Netanyahu. Ce dernier avait lui-même provoqué ces élections plus de deux ans avant l’échéance, en rompant fin 2014 sa coalition gouvernementale avec les Travaillistes trop indisciplinés à son goût.

Analysant les raisons de la victoire du chef du Likoud, Dr Hicham Ahmed, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, explique : « Netanyahu a largement joué sur la corde de la sécurité d’Israël devant un électorat hanté psychologiquement par le sentiment de l’insécurité. A la veille du vote, il a gagné le coeur des Israéliens en faisant deux gestes spectaculaires : le premier est son opposition à l’instauration d’un Etat palestinien, le second est son intervention exceptionnelle devant le Congrès américain où il s’est opposé à un accord nucléaire avec Téhéran susceptible de menacer l’existence d’Israël. On peut dire que Netanyahu a créé la panique chez ses électeurs en agissant le spectre du danger d’un gouvernement de gauche soutenu par les partis arabes. Un jeu psychologique qui a réduit en poudre les attaques de ses adversaires — les Travaillistes — sur la cherté de la vie, le prix des logements et les inégalités en Israël ».

Tensions avec Washington

Désormais, le prochain premier ministre sera appelé à des tâches draconiennes : gérer les relations plus dégradées que jamais avec son grand allié américain, faire face à l’offensive diplomatique palestinienne et aux menaces sécuritaires, et répondre aux vives attentes économiques et sociales de son peuple. Pour l’heure, deux pommes de discorde enveniment la relation entre Netanyahu et l’Occident, surtout son allié américain : le processus de paix et la crise nucléaire iranienne. De quoi mettre Netanyahu sous les feux des critiques des Occidentaux, la Maison Blanche saluant son succès « du bout des lèvres » et les Européens se montrant peu enthousiastes.

Là, s’impose la question la plus cruciale : quelle voie choisira Netanyahu les jours à venir pour régler ses différends avec la communauté internationale et surtout avec Washington, celle de la confrontation ou celle de l’apaisement ? En fait, il faudra d’abord attendre la formation du gouvernement pour en déceler les tendances, notamment pour ce qui est de la politique étrangère. Deux scénarios sont possibles : si Netanyahu choisit une coalition très à droite, cela compliquera encore ses relations tendues avec la communauté internationale. S’il forme une coalition plus au centre, voire un gouvernement d’union nationale associant le Parti travailliste, cela veut dire qu’il va jouer l’apaisement.

Certes, pour l’heure, le chef du Likoud n’a pas encore dévoilé ses intentions, ses tractations en vue de la formation d’un nouveau cabinet étant discrètes. Il n’en demeure pas moins que le scénario le plus plausible serait la formation d’un gouvernement plus à droite que le sortant avec son allié potentiel, Moshé Kahlon, ancien du Likoud, à la tête d’un nouveau parti (Koulanou, 10 sièges), le Foyer juif, Israël Beiteinou, le Shass, la Liste Unifiée de la Torah. Cette coalition des « faucons », dont Netanyahu a tant rêvé, disposerait d’une majorité solide de 67 sièges sur les 120 de la Knesset. « M. Netanyahu a déjà pris contact avec les chefs des partis d’extrême droite pour former une majorité. Je pense qu’il formerait un gouvernement plus à droite, car il ne va jamais risquer une nouvelle fois une coalition difficile avec le Parti travailliste qui va lui dicter des conditions inacceptables quant au processus de paix et à la création d’un Etat palestinien », prévoit Hicham Ahmed.

En politique, tout est possible. Même s’il s’agit d’un scénario lointain, d’aucuns estiment que Netanyahu pourrait cependant faire un calcul différent, en rejetant l’idée d’un gouvernement d’extrême droite qui compliquerait considérablement sa diplomatie. « Pourquoi ne pas arrondir les angles après sa victoire ? », s’interrogent certains experts qui pensent que le chef du Likoud pourrait essayer de rallier les Travaillistes à un gouvernement d’union nationale avec le Travailliste Isaac Herzog (Union sioniste, 24 sièges) pour éviter l’isolement d’Israël et la perte de son allié américain. Pour l’heure, on n’a qu’à attendre la naissance d’un gouvernement israélien avec qui la communauté internationale serait obligée de traiter quelles que soient ses orientations.

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