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Ukraine : Moscou reste ferme

Maha Al-Cherbini avec agences, Mardi, 18 mars 2014

La Crimée a plébiscité massivement son rattachement à la Russie lors d’un référendum qui a approfondi le clivage entre Russes et Occidentaux, et qui réveille les appétits des séparatistes de l’est de l’Ukraine.

Ukraine
Des manifestations de joie ont éclaté de par la Crimée, célébrant le résultat du référendum. (Photo : AP)

Large victoire du « oui » pour un rattachement à la Russie. Le résultat du référendum de la Crimée ne constituait aucune surprise. Au grand dam de l’Occident, un million et demi d’électeurs de cette péninsule ukrainienne pro-russe (sud) ont voté massivement pour choisir entre l’intégration à la Russie et une autonomie élargie au sein de l’Ukraine. Dans cette péninsule majoritairement peuplée de Russes, rattachée en 1954 à une Ukraine qui a toujours semblé lointaine à de nombreux habitants, le taux de participation au référendum a dépassé 81%. Selon la commission électorale, 95,5% des votants se sont prononcés pour le rattachement à la Russie.

Dimanche 16 au soir, des milliers de personnes sont descendues avec des drapeaux russes dans les rues de la capitale de la Crimée, Simféropol, et de Sébastopol pour fêter une victoire jouée d’avance.

Décrochant une première victoire contre l’Occident, le président russe, Vladimir Poutine, s’est réjoui du résultat du vote, défendant un référendum « pleinement conforme au droit international ». La Douma, Chambre basse du Parlement russe, a prévu de voter le 21 mars sur un projet de loi rattachant officiellement la Crimée.

Du côté des autorités de Kiev, c’est la colère qui règne. Le pouvoir a dénoncé un « prétendu référendum que le pseudo-pouvoir fantoche de la Crimée organise sous le contrôle des troupes russes », et a affirmé que ses résultats « ne reflètent pas les vrais sentiments de la population en Crimée ». Le Parlement ukrainien a approuvé lundi dernier une mobilisation partielle pour faire face à « l’ingérence de la Russie dans les affaires intérieures de l’Ukraine ». Cette mobilisation était demandée par le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, compte tenu de « l’aggravation de la situation politique dans le pays ». Auparavant, ce dernier avait carrément accusé la Russie d’« invasion militaire » et menacé d’y répondre par « tous les moyens » après une opération héliportée au-delà des limites de la Crimée. Les accusations de Kiev interviennent après l’arrivée de dizaines d’hommes descendus d’hélicoptères et de véhicules blindés dans un village au nord de la frontière administrative entre la Crimée et l’Ukraine. De quoi susciter une nouvelle interrogation: la Crimée sera-t-elle l’unique région à échapper à l’Ukraine ou constituera-t-elle un premier exemple? Pour l’heure, le deuxième scénario semble le plus probable car Moscou et les dirigeants ukrainiens pro-russes ont appelé les bastions russophones de l’est à organiser des référendums sur le modèle de la Crimée.

Cette semaine, la tension est montée d’un cran dans l’est du pays, encouragée par le référendum en Crimée. Parallèlement au référendum, les partisans de Moscou ont procédé dimanche à une démonstration de force dans les grandes villes industrielles de l’est de l’Ukraine. A Donetsk (sud), ancien fief du président Viktor Ianoukovitch, destitué fin février, des manifestants pro-russes ont pénétré dans les sièges du Parquet et des services spéciaux à l’issue d’une manifestation en faveur du rattachement à la Russie. Le même jour, 6000 manifestants pro-russes ont organisé à Kharkiv (sud), malgré l’interdiction de la justice, un meeting-référendum pour plus d’autonomie et pour la « souveraineté » de la langue russe. Ces évolutions ont engendré des heurts sanglants dans l’est au grand dam des autorités ukrainiennes qui ont accusé la Russie d’attiser les violences pour en faire le prétexte de son « invasion ».

L’Occident riposte

Selon les experts, le résultat de ce référendum— dénoncé par le « bloc occidental », mais soutenu par Moscou— n’est que la goutte qui a fait déborder le vase dans le pire bras de fer qui oppose Moscou à Washington et à l’Europe depuis la chute de l’URSS, en 1991.

Bruxelles comme Washington ont réaffirmé qu’ils jugeaient « illégal et illégitime » un référendum qui est « contraire à la Constitution ukrainienne et aux lois internationales ». Sans tarder, l’Union Européenne (UE) a réagi lundi en imposant de nouvelles sanctions visant des responsables russes ou ukrainiens sous la forme de restrictions de visas ou de gels d’avoirs. Dans le même temps, l’UE doit signer vendredi prochain le volet politique de l’accord d’association avec l’Ukraine, à l’origine de la crise actuelle. Mais l’avenir de la partie économique, dont l’application pourrait être difficile pour certaines entreprises ukrainiennes, reste flou.

De son côté, le président américain, Barack Obama, a évoqué d’éventuelles sanctions supplémentaires contre la Russie, avertissant son homologue russe que les Etats-Unis et leurs alliés ne reconnaîtraient « jamais » le référendum sur la Crimée. Même colère partagée par le Japon et le Canada, Tokyo appelant Moscou à ne pas annexer la Crimée, et Ottawa évoquant l’« illégitimité » du référendum. Malgré cette arme de sanctions, la faiblesse de la marge de manoeuvre occidentale a été récemment confirmée une nouvelle fois à l’Onu. Une résolution du Conseil de sécurité dénonçant le référendum, préparée par les Etats-Unis, a été bloquée par un veto de la Russie, membre permanent du Conseil. Seule consolation de l’Occident, la Chine s’est abstenue. Pour l’heure, il semble que les sanctions et l’isolement international ne seront pas l’unique revers payé par Moscou. En divisant l’Ukraine, Poutine risque de diviser son propre pays et perdre de sa popularité. Alors que des manifestations de soutien à Poutine se sont déchaînées à Moscou, d’autres ont éclaté contre toutes confrontations avec les Occidentaux. « Ne touchez pas à l’Ukraine ! », « Non à la guerre ! », lisait-on sur des pancartes. Or, il semble que Poutine a passé le point de non-retour.

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