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Kamal Kilitchidar :« La popularité d’Erdogan est à son plus bas niveau »

Osman Fekri, Mardi, 25 février 2014

Le président du Parti du peuple républicain et chef de l’opposition turque, Kamal Kilitchidar Oglo, dénonce la politique interne et externe du gouvernement d’Erdogan.

Al-Ahram Hebdo : Rien ne va plus pour le gouvernement d’Erdogan depuis les troubles et les manifestations déclenchées il y a quelques mois jusqu’aux récents scandales de corruption. Peut-on considérer pour autant que c’est le début de la fin d’Erdogan ?

Kamal Kilitchidar Oglo : Les pro­blèmes du parc Gezi et de la place Taksim sont les premières erreurs de notre vie politique en Turquie. Les jeunes Turcs ont de nombreux pro­blèmes avec le gouvernement actuel. C’est pourquoi le gouverne­ment ne doit pas faire la sourde oreille et se dresser contre la liberté d’expression. La démocratie a beau­coup souffert en Turquie ces der­nières années. Nous avons encore des points faibles. La justice doit être indépendante comme l’a récla­mé le président du Parlement. Je condamne violemment les ingé­rences du premier ministre, Recep Tayyib Erdogan, dans la liberté de la presse et de médias. Pour la pre­mière fois en Turquie, Erdogan a appelé un rédacteur en chef pour lui demander de supprimer les déclara­tions d’un leader de l’opposition. Ce n’est pas une démocratie.

Quant à la dernière affaire de cor­ruption, il s’agit de la plus grande dans l’histoire de la Turquie. Son volume s’élève à 185 milliards de dollars. Les investigations ont été suspendues en ce qui concerne d’autres affaires de corruption. Cependant, nous oeuvrons à dévoiler la réalité. L’un des ministres qui fut interpellé a présenté sa démission et a déclaré dans son témoignage que c’est Erdogan qui la lui a demandée. Il incombe au gouvernement d’Er­dogan de présenter immédiatement sa démission après le dévoilement de toutes ces corruptions.

— Dans ce climat, comment s’annoncent les élections munici­pales et locales du 30 mars pro­chain ? Pensez-vous que le parti d’Erdogan l’emporte ?

— Non, je ne pense pas. La popu­larité d’Erdogan dans la rue turque est à son plus bas niveau à cause des affaires de corruption qui se sont dévoilées dernièrement, à cause du mesurage de la presse, de l’ingé­rence dans les médias et de l’impo­sition de lois pour l’espionnage sur Internet. De plus, le volume de la corruption a connu des chiffres effrayants atteignant quelque 237 milliards de dollars. J’ai lancé un appel au président, Abdullah Gul, lui demandant d’intervenir impérati­vement pour empêcher l’imposition de davantage de lois restreignant les libertés et pour affronter la corrup­tion. Je lui ai également demandé de présider le Conseil des ministres. Les 237 milliards de la corruption auraient permis de lancer des dizaines de projets de développe­ment. C’est la raison pour laquelle les jeunes Turcs sont en colère. Ceci se révèle clairement dans les mani­festations qui se répètent à Ankara et à Istanbul. La popularité du Parti de la Justice et du développement et la popularité d’Erdogan sont donc à leur plus bas niveau.

— Pourtant, ces dernières années, on n’a pas cessé de parler du modèle turc et du succès d’Er­dogan …

— La Turquie n’est pas seulement Erdogan. De plus, il n’est pas à l’origine du succès de l’expérience démocratique en Turquie. Son parti n’a dirigé la Turquie que depuis 11 ans alors que notre parti a gouverné la Turquie depuis 1923.

— Qu’en est-il des aspirations d’Erdogan de fonder un nouvel empire islamique ? Le rêve du modèle islamique au pouvoir a-t-il disparu ?

— Les discours sur les projets d’un empire islamique ou d’un pou­voir islamique sont irréalistes. Nous vivons au XXIe siècle et le monde change autour de nous. Nous devons entretenir des relations équilibrées avec tous les pays, notamment l’Egypte. En effet, l’Egypte n’est pas seulement importante pour le Moyen-Orient, mais pour le monde entier. Si l’expérience démocratique réussit en Egypte, elle réussira dans les autres pays du Moyen-Orient.

— Justement, pensiez-vous que les relations ait été compliquées de la sorte entre les gouverne­ments égyptien et turc au point de retirer les ambassadeurs des deux pays ?

— Jamais je n’aurais cru que les choses allaient atteindre ce stade, car les relations entre l’Egypte et la Turquie sont historiques. Nous sui­vons avec intérêt les évolutions démocratiques en Egypte, car elles sont importantes pour la Turquie, pour le Moyen-Orient et pour le monde entier. L’Egypte représente le coeur du Moyen-Orient et du monde arabe. Elle est aussi le plus grand pays de la région. Nous oeuvrons au sein du Parti du peuple républicain turc à développer les relations entre les deux pays. Cependant, nous refusons toute ingérence dans les affaires internes des autres pays autant que nous refusons toute ingérence étrangère dans nos affaires .

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