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Iran : Deux courants, un guide

Sabah Sabet , Jeudi, 04 juillet 2024

Un réformateur et un ultraconservateur s’opposeront au second tour de la présidentielle iranienne, le 5 juillet. La mobilisation reste un élément-clé dans l’issue du scrutin.

Iran : Deux courants, un guide
Jalili (à gauche) jouit du soutien du guide suprême, alors que Pezeshkian a réussi à se créer une certaine popularité.

Qui sera le prochain président en Iran ? La question n’a pas été tranchée lors du premier tour de la présidentielle tenu vendredi 28 juin. Aucun des candidats n’a pu obtenir la majorité absolue des voix, un deuxième tour se tiendra donc le 5 juillet, avec, cette fois-ci, une question plus importante encore : quel camp l’emportera ? Les conservateurs, représentés par le candidat Saïd Jalili (38 % des voix) ou les réformateurs, représentés par Massoud Pezeshkian (42 % des voix) ?

Premier constat, le scrutin a été caractérisé par la participation la plus faible depuis les débuts de la République islamique en 1979 (40 %), malgré l’appel lancé par la plus haute autorité de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, à « prendre le vote au sérieux et à y participer ». Selon des observateurs, ceci constitue un échec des deux mouvements iraniens qui n’ont pas pu mobiliser la population. Cependant, la participation peut être plus grande au second tour, avec un face-à-face entre courants et deux personnalités aux profils et aux programmes très différents.

Massoud Pezeshkian, 69 ans, chirurgien de profession, député de Tabriz, la grande ville du nord-ouest de l’Iran, a une expérience gouvernementale limitée, qui se résume à un poste de ministre de la Santé de 2001 à 2005 dans le gouvernement réformateur de Mohamad Khatami. Il s’est fait connaître pour son franc-parler, n’ayant pas hésité à critiquer le pouvoir lors du mouvement de protestation provoqué par la mort en détention de Mahsa Amini en septembre 2022. Il prône une amélioration des relations entre l’Iran et les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, afin de lever les sanctions qui affectent durement l’économie. « Les résultats du premier tour montrent que la rue penche en faveur du mouvement réformateur. En plus, le caractère humble et modeste de Pezeshkian lui a valu une certaine popularité, il a de grandes chances au second tour », estime Ali Atef, chercheur spécialiste de l’Iran, ajoutant que cette présidentielle témoigne du retour en scène des réformateurs, alors qu’ils étaient marginalisés de la vie politique et de toutes les institutions de l’Etat. « Pour l’emporter, Pezeshkian table sur une forte participation, mais ce n’est pas pour autant gagné », dit-il.

En revanche, Saïd Jalili, 58 ans, est partisan d’une politique inflexible face à l’Occident. Il l’a démontré durant les six années où il a mené les négociations sur le nucléaire iranien, entre 2007 et 2013. Tout au long de sa carrière, il a accédé à des postes-clés au sein de la République islamique en ayant la confiance du guide suprême, l’ayatollah Khamenei. Il est actuellement l’un de ses deux représentants au Conseil suprême de sécurité nationale, la plus haute instance sécuritaire du pays.

Cependant, bien que la rue semble pencher pour le réformateur, Atef explique que le pouvoir soutiendra Jalili et qu’il a de très grandes chances au deuxième tour. « Au premier tour, il y a eu une fragmentation des voix conservatrices parce qu’il y avait plusieurs candidats conservateurs. En revanche, au deuxième tour, il y aura une mobilisation des voix des conservateurs en faveur de Jalili, sans compter que c’est le favori du pouvoir », ajoute-t-il. Cependant, le deuxième tour peut réserver bien des surprises car « tout dépend de la mobilisation de chaque courant en faveur de son candidat ».

Une politique étrangère inchangée

Mais concrètement parlant, quels changements peut apporter l’arrivée d’un président réformateur à la politique étrangère de l’Iran, notamment les relations avec Washington ? Pas grand-chose, répond l’analyste, car c’est le guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei qui en dessine les grandes lignes. Concernant la question nucléaire par exemple, les experts font remarquer que, quel qu’il soit, le prochain président aura une marge de manoeuvre limitée car la stratégie nationale est fixée aussi par le guide suprême. « Cette question est déjà tranchée et un accord sur le nucléaire sera annoncé quel que soit le prochain président, la différence sera dans la manière et le délai, avec un président réformateur, l’Administration américaine sera plus flexible », affirme Atef.

Outre la question nucléaire, le nouveau président fera face à des défis, surtout économiques, alors que 85 millions d’Iraniens sont confrontés à une très forte inflation, de l’ordre de 40 %, à un chômage élevé et à la dépréciation record du rial, la monnaie nationale, par rapport au dollar.

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