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Quand l’Iran mène la danse

Abdel-Kader Sawary Journaliste iranien, Mardi, 31 décembre 2013

Alors que l'Iran et les 5+1 ont repris lundi leurs négociations sur l'application de l'accord sur le nucléaire, Téhéran mise sur des gains diplomatiques et politiques plutôt qu'économiques.

Depuis la conclusion de l’accord sur le nucléaire en Iran, médias et réseaux sociaux parlent d’une victoire sans précédent. Examinons donc les clauses de cet accord ou de cette « victoire historique ». L’accord demande à l’Iran de présenter des concessions en contrepartie desquelles il obtiendra une somme n’atteignant même pas 7 milliards de dollars. A première vue, l’équation n’est donc pas favorable à Téhéran et la joie qui a gagné la rue iranienne et les sphères politiques semble étrange.

Du côté de la rue, c’est l’espoir de voir la crise économique qui pèse sur le peuple se dissiper. Mais pourquoi donc cette satisfaction du côté des officiels ? Comment pouvons-nous comprendre cet énorme fossé entre l’immen­sité de la joie d’une part et l’immensité des concessions iraniennes d’autre part ? Les hommes politiques iraniens croient-ils que les 7 milliards de dollars peuvent assouvir leur faim ? Le pétrole, à lui seul, rapportait à l’éco­nomie iranienne avant l’embargo près d’un milliard de dollars par an alors que l’accord ne lui rapporte que 7 % de cette somme. Ceci ne nous présente donc aucune preuve convain­cante de la joie des hommes politiques ira­niens. Nous devons donc chercher les raisons de leur joie parmi d’autres considérations, loin des motivations économiques.

Tout d’abord, cet accord porte une recon­naissance de l’adhésion de l’Iran au club des pays possédant la technologie nucléaire. En effet, l’introduction de l’accord annonce que cet accord doit aboutir à un projet nucléaire iranien dont les détails comprennent le droit de l’Iran à l’enrichissement de l’uranium. Chose que refusait auparavant la communauté inter­nationale avec les Etats-Unis en tête. Cette fois, l’accord a stipulé deux fois le droit de l’Iran à l’enrichissement. Il n’a pas réclamé un arrêt total, mais seulement une réduction. Du coup, l’Iran a effectué un pas vers l’avant dans ce jeu. Deuxièmement, l’accord indique que la case départ dans les prochaines négociations commence à partir de ce point précisément et non à partir de la suspension du processus de l’enrichissement de l’uranium. Par conséquent, les futures négociations ne viendront pas mettre en doute cette constante, mais y ajoute­ront un nouveau point. Et même si elles n’ajoutent rien au moins, elles ne viendront pas anéantir l’accord antérieur. Ceci représente un gain pour la partie iranienne car cet accord a déterminé la case départ de la course en avant. Troisièmement, le gain le plus important des Iraniens est qu’ils ont montré au monde qu’il est tout à fait possible de parvenir à un accord avec le régime iranien. Après toutes ces années de négociations difficiles et stériles, le monde était convaincu qu’il était impossible de parve­nir à un accord avec les Iraniens et les obser­vateurs étaient persuadés que l’Iran ne voulait pas de négociations pour parvenir à un accord, mais pour gagner du temps. Ces convictions ont eu un impact négatif sur la réputation des négociateurs iraniens et ont éloigné de nom­breuses parties des négociations avec l’Iran, quel que soit leur sujet. Mais aujourd’hui et après cet accord, bien que fragile, cette image de l’Iran s’est dissipée, surtout si nous pre­nons en considération que la principale partie dans cet accord est les Etats-Unis, principal ennemi de la révolution iranienne et le plus grand démon dans la littérature politique ira­nienne. Il s’avère qu’il est tout à fait possible de parvenir à un accord avec l’Iran. Il semble que les Iraniens savent mener la danse. Ils font deux pas en avant puis un pas en arrière. Pour l'instant, le résultat est un pas en avant .

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