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Les attentes de Téhéran

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 23 décembre 2013

Les Iraniens portent leurs espoirs sur 2014 et la conclusion d'un accord final sur le nucléaire qui marquerait le retour en force de Téhéran sur la scène internationale.

Les attentes de Téhéran
La victoire de Rohani à la présidentielle de mai 2013 était un « porte-bonheur » pour Téhéran. (Photo:Reuters)

La nouvelle année sera-t-elle de bon augure pour la crise nucléaire iranienne, dans un cercle infernal depuis une décennie ? 2013 s’est en effet achevé sur une avancée majeure dans ce dos­sier : le 24 novembre, une percée inattendue a semé l’espoir en une solution diplomatique à la crise avec la signature d’un accord intérimaire à Genève entre Téhéran et les Six, au grand dam des faucons du régime iranien et américain et surtout d’Is­raël. L’accord, qui s’étale sur 6 mois, stipule que Téhéran limite le taux de l’enrichissement d’uranium et accepte « une surveillance sans précédent » de son programme nucléaire en contrepartie d’un allègement des sanctions.

En fait, les prémices de cette percée étaient nées en juin après l’accession au pouvoir du président iranien modéré Hassan Rohani. Depuis cette date, un revirement complet a dissipé les ténèbres d’une décennie noire marquée par des réunions stériles entre Téhéran et les Six engagés dans un dialogue de sourds. Sans trop exa­gérer, la victoire de Rohani en mai était une vraie « bouée de sauve­tage » pour son pays étranglé par une grave crise économique et aussi pour un Occident essoufflé par l’arrogance de l’ex-président iranien Ahmadinejad qui refusait tous les appels internatio­naux. De quoi coûter à son pays des sanctions économiques devenues « insurmontables ».

Selon les experts, ce germe d’es­poir semé en 2013 ne portera ses fruits qu’en 2014, avec la conclusion d’un accord final qui ouvrira une nouvelle page dans les relations ira­no-américaines. « Un accord final sera signé lors de la première moitié de 2014, bénéficiaire aux deux côtés. D’une part, le régime Rohani veut sauver son pays qui souffre sous le poids de sanctions. D’autre part, l’Occident veut en finir avec le cau­chemar d’une bombe nucléaire ira­nienne et fera tout pour exploiter les ouvertures du régime Rohani », pro­nostique Dr Mohamed El-Saïd Idriss, président de l’unité des études arabes et régionales au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram et rédacteur en chef de la revue Sélection Iranienne.

Renforçant cet optimisme, la Maison Blanche a prévenu vendredi que Barack Obama mettrait son veto à de nouvelles sanctions contre l’Iran, exhortant le Congrès à ne pas com­promettre l’accord de Genève. En riposte à ce geste américain, Téhéran a repris cette semaine ses discussions au niveau des experts avec les Six à Genève. Ces négociations étaient rompues le 12 décembre quand Washington avait ajouté à sa liste noire des entreprises et individus soupçonnés de contourner le pro­gramme de sanctions contre l’Iran, provoquant ainsi le mécontentement de Téhéran.

Mais Téhéran ne pourra pas gâcher cette chance « historique » que lui offre l’Occident. Outre les gains éco­nomiques attendus, le régime des mollahs a obtenu une avancée sans précédent cette année, avec la recon­naissance américaine de son pro­gramme nucléaire « pacifique ». Le président Obama a pour la première fois avoué qu’il est « du droit de l’Iran de posséder un programme nucléaire pacifique » comme l’Inde et le Pakistan. Ce qui semble un signal « positif » pour ce pays sou­cieux de finir avec son isolement international pour s’imposer en tant que superpuissance régionale en 2014. Selon Dr Idriss, le programme nucléaire n’est pas une fin mais un moyen de se prouver en tant que « superpuissance » capable de se défendre en cas d’invasion étrangère. « L’Iran ne veut pas devenir un second Iraq. Il veut être une force à craindre. Il sera une force régionale de poids en 2014 juste après la signature de l’accord final avec les Six. Ses problèmes économiques dis­paraîtront et il y aura une normalisa­tion de relations entre Washington et Téhéran. Désormais, le régime ira­nien se prépare à jouer son nouveau rôle régional en développant son programme nucléaire en parallèle à son programme spatial », ajoute l’expert.

« Coalition avec les pays du Golfe »

Sans minimiser le poids de l’aile dure iranienne et américaine opposée à l’accord de Genève, il ne faut pas négliger le rôle d'Israël qui s’emploie à entraver la signature de l’accord avec Téhéran. Pour contrer le danger iranien, la seule option de Tel-Aviv serait de « compenser le vide améri­cain par une nouvelle coalition avec les pays du Golfe » méfiants d’un accord qui va accroître l’influence chiite dans la région au détriment des sunnites, prévoit Dr Idriss.

Comme s’ils se préparaient à la guerre, les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) — Arabie saoudite, Qatar, Bahreïn, Emirats arabes unis, Oman et Koweït — ont demandé cette semaine au président américain d’ac­croître sa part de matériel militaire américain fourni pour la lutte contre le terrorisme. Selon les experts, un accord avec Téhéran engendrera un conflit sunnites-chiites dans la région. Les prémices du conflit émer­gent déjà. L’Arabie saoudite n’a pas caché cette semaine son amertume face à l’attitude de l’Iran et du Hezbollah à son égard. De quoi ren­forcer l’hypothèse d’un rapproche­ment entre Riyad et Tel-Aviv. La semaine dernière, une « réunion his­torique » s’est tenue entre des repré­sentants israéliens et saoudiens, en marge des travaux d’un congrès tenu à la principauté de Monaco. Un geste plein de sens : l’ancien ambassadeur saoudien auprès des Etats-Unis, l’émir Turki Al-Fayçal, a serré la main de l’ambassadeur israélien à Washington, Itamar Rabinovich, ainsi que du membre de la Knesset, Méir Chétrit.

Reste à savoir si les relations de Washington avec son « chouchou israélien », seront affectées en 2014. « Bien sûr que non. Washington réa­lise que l’arme nucléaire n’est pas utilisable : elle est une arme préven­tive. Même si Téhéran la possède, il ne l’utilisera jamais car elle anéan­tira toute la région. Les seuls bom­bardements nucléaires dans l’his­toire de l’humanité ont été ceux de Hiroshima et de Nagasaki à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Israël aussi possède sa bombe nucléaire. Pourquoi ne l’a-t-il pas utilisée jusqu’à présent ? Pendant une décen­nie, Tel-Aviv a dupé le monde en le préoccupant avec le danger nucléaire iranien pour détourner son attention de la crise palestinienne. C’était une sorte de propagande israélienne qui n’a pas remporté ses fruits », analyse Dr Idriss.

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