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Nasr Salem : Ces groupes sont exploités pour servir les intérêts des uns et des autres

Maha Salem , Mercredi, 03 avril 2024

3 questions au général Nasr Salem, expert sécuritaire, sur les craintes occidentales d’un retour de Daech après l’attentat de Moscou.

Nasr Salem

Al-Ahram Hebdo : Daech a appelé ses loups solitaires à mener de nouvelles attaques dans le monde entier. Est-ce un retour de l’organisation terroriste ?

Nasr Salem : Tout d’abord, on doit se rappeler les déclarations de l’ex-président américain, Donald Trump, qui avait reconnu que Daech a été créée par les services de renseignement américains. Son rôle était de plonger l’Iraq et la Syrie dans le chaos. Une fois cette tâche accomplie, il fallait détruire ce groupe, car il était devenu hors de contrôle. C’est toujours le cas avec ce genre de groupes qui, à un certain moment, deviennent hors de contrôle. Al-Qaëda et Daech sont semblables, les services de renseignement les utilisent pour réaliser certaines missions que leurs membres ne peuvent pas faire à cause de leur sensibilité et pour ne pas être directement impliqués. Ce genre de groupes djihadistes sont là pour réaliser les missions difficiles. Ce qui prouve cette théorie, c’est que plusieurs groupes djihadistes ont pu mener, ces dernières années, des attaques bien loin de leurs bases. Ce qui signifie qu’ils sont secrètement soutenus par des puissances. Pour preuve, de tels groupes n’ont jamais mené d’attaques anti-israéliennes.

En fait, ces groupes ne disparaissent pas, ils peuvent faiblir mais ils continuent d’exister et sont exploités çà et là pour servir les intérêts des uns et des autres. La preuve est qu’Al-Qaëda existe toujours.

— Alors que Moscou pointe toujours du doigt l’Ukraine, Daech a de nouveau revendiqué l’attentat de Moscou de la semaine dernière. Comment expliquez-vous cela ?

— Dans n’importe quelle attaque terroriste, même si elle est revendiquée, on doit se pencher sur trois éléments essentiels : un, qui est le bénéficiaire ; deux, la planification ; trois, les auteurs. Pour ce qui est du premier élément, dans l’attentat de Moscou, ce sont l’Ukraine et ses alliés occidentaux. Ces derniers mois, la Russie avance dans sa guerre contre l’Ukraine et cela dérange. Un tel attentat attire l’attention vers la sécurité interne, ce qui pousse les responsables russes à revoir leurs calculs. Pour ce qui est du deuxième, les questions que l’on se pose sont : qui peut planifier cet attentat ? D’où vient le financement ? Comment se font la préparation et l’entraînement de ceux qui le commettent ?, etc. Dans le cas de l’attentat de Moscou, il doit être planifié par des services de renseignement. Ces services orchestrent, mais ce sont les groupes terroristes qui commettent l’attaque. Quant au troisième élément, les auteurs, il y a ceux qui le font pour de l’argent et ceux pour des raisons idéologiques.

— Certains pays occidentaux se disent inquiets face à la menace terroriste, notamment la France, qui est en état d’alerte maximale depuis l’attentat de Moscou, surtout avec l’approche des JO …

— En effet, la France est très inquiète et le président Emmanuel Macron a même révélé que la branche de Daech Khorasan qui a revendiqué l’attaque de Moscou avait conduit ces derniers mois plusieurs tentatives sur le sol français. Mais on ne sait pas ce qu’il en est exactement. Paris n’en avait jamais parlé auparavant. En fait, le fait que la France ou d’autres pays occidentaux disent craindre la menace terroriste, c’est une sorte de camouflage pour se défendre, pour dire que les pays européens sont aussi visés et qu’ils n’ont aucun lien avec l’attentat de Moscou.

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