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Gaza : Schizophrénie américaine

Ines Eissa , Mardi, 19 mars 2024

Alors que Joe Biden a lancé de virulentes critiques envers Netanyahu, il se trouve embarrassé par des informations faisant état d’importantes livraisons d’armes à Israël depuis le début de la guerre, en toute discrétion.

Schizophrénie américaine

Le président américain, Joe Biden, en aurait-il réellement assez du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, ou serait-il simplement en pré-campagne électorale ? Alors que ces derniers temps, de plus en plus d’informations font état de divergences entre Washington et Tel-Aviv, Biden a franchi un cap cette semaine en critiquant ouvertement Netanyahu. Il fait « plus de mal que de bien à Israël » par sa conduite de la guerre à Gaza, a lancé Biden samedi 9 mars, en tenant également des propos ambigus sur la question d’une « ligne rouge » que fixeraient les Américains.

« Il a le droit de défendre Israël, le droit de continuer à attaquer le Hamas. Mais il faut, il faut, il faut qu’il fasse plus attention aux vies innocentes perdues à cause des actions entreprises », a réclamé le président américain dans un entretien avec la chaîne MSNBC. Le premier ministre israélien n’a pas tardé à répondre publiquement et directement à Joe Biden, affirmant le lendemain, dans une interview à Politico, que les récentes critiques du président américain étaient « fausses » et « infondées ». « Je ne sais pas exactement ce que le président a voulu dire, mais s’il avait l’idée de dire que les intérêts que je défends vont à l’encontre de la volonté de la majorité des Israéliens et que cela nuit aux intérêts d’Israël, alors il a tort sur les deux points », a lâché Netanyahu, en poursuivant : « Ma ligne politique est soutenue par l’écrasante majorité des Israéliens. Ils soutiennent ce que nous faisons pour éliminer les derniers bataillons terroristes du Hamas ».

Or, cette passe d’armes est loin de nuire aux relations, très solides, entre les deux pays. Washington reste l’allié inconditionnel et éternel d’Israël. En effet, Biden a fait preuve d’ambiguïté. Interrogé également sur l’existence d’une « ligne rouge » qu’Israël ne devrait pas, selon lui, franchir dans son offensive, en particulier si une offensive israélienne massive à Rafah, dans le sud du territoire palestinien, en serait une, Biden a confirmé que c’était une « ligne rouge ». « Il y a des lignes rouges, a-t-il dit, ce n’est pas possible que 30 000 Palestiniens de plus meurent ».

Le président américain serait donc plutôt en train d’arranger son image face au désastre humanitaire à Gaza. Car il a aussitôt ajouté : « Je n’abandonnerai jamais Israël. Défendre Israël reste d’une extrême importance. Il n’y a pas de ligne rouge où je veux arrêter totalement les livraisons d’armes », et les Israéliens ne seraient alors plus « protégés par le Dôme de fer ». L’aide américaine est en effet cruciale pour le fonctionnement de ce dispositif défensif permettant d’intercepter roquettes et missiles.

En effet, même si Washington appelle à ménager les civils et à une trêve humanitaire, depuis le début de la guerre, l’aide militaire s’accélère, prouvant l’implication directe de l’Administration Biden dans le génocide qui a lieu à Gaza. C’est en tout cas ce qu’a récemment révélé le Washington Post, selon lequel 100 contrats d’armement entre les Etats-Unis et Israël ont eu lieu depuis le 7 octobre 2023 et qui sont frappés du sceau de la confidentialité. Il s’agit de « milliers de munitions à guidage de précision, de bombes de petit diamètre, de destructeurs de bunkers, d’armes légères et d’autres aides mortelles. Des responsables américains l’ont déclaré aux membres du Congrès lors d’un récent briefing classifié », affirme le Washington Post.

« Une affaire embarrassante mais qui prouve une fois de plus le double langage américain », estime un diplomate qui a requis l’anonymat. « L’Administration américaine, en période de pré-campagne électorale, ne dispose pas d’options d’autant plus que le lobby israélien serait très sensible à l’égard de toute tentative de Washington d’imposer un cessez-le-feu à Gaza », conclut-il.

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