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Les priorités des uns, les calculs des autres

Abir Taleb , (avec Agences) , Mercredi, 27 septembre 2023

Les travaux de l’Assemblée générale de l’Onu ont pris fin cette semaine après plusieurs jours d’intenses débats où chacun a livré sa vision des choses. Compte-rendu.

Les priorités des uns, les calculs des autres
(Photo : AFP)

C’est le rendez-vous annuel qui rassemble le monde entier. La seule réunion à laquelle sont représentés les 193 membres des Nations-Unies. Avec un débat général qui a duré plusieurs jours (du 19 au 23 septembre, puis le 26 septembre). A la fameuse tribune de cette Assemblée générale se succèdent les dirigeants du monde, ou leurs représentants, pour s’exprimer à leur guise et soulever les questions qui leur tiennent à coeur.

Il y a les classiques, des sujets qui reviennent tous les ans et qui, souvent, restent sans issue depuis des années, voire des décennies. Et il y a les nouveautés, qu’imposent les développements les plus récents.

Au menu des classiques, la question palestinienne. Une fois de plus, le président palestinien, Mahmoud Abbas, a prévenu qu’il n’y aurait pas de paix au Moyen-Orient sans la prise en compte des « droits légitimes » de son peuple, soit la mise en oeuvre d’une solution à deux Etats. A la tribune, Abbas a réclamé une conférence internationale qui « soit la dernière occasion de sauver la solution à deux Etats et d’empêcher la situation de se dégrader davantage et de menacer la sécurité et la stabilité de notre région et du monde entier ». Mais une fois de plus aussi, la question palestinienne ne fait pas partie des priorités mondiales.

Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, lui, n’a nullement parlé de la solution à deux Etats, mais il a fustigé l’Autorité palestinienne : « Pour la paix, les Palestiniens doivent arrêter de répandre l’antisémitisme et accepter le droit des juifs à vivre dans leur patrie historique ». Il n’a fait aucune mention sur d’éventuelles concessions faites aux Palestiniens dans le cadre d’un futur accord avec l’Arabie saoudite, se contentant d’annoncer fièrement être proche d’un tel accord (voir article page 18). Et bien sûr, il n’a pas manqué de mettre en garde contre l’Iran, sa bête noire.

Mais l’Iran, de son côté, voit les choses différemment. Devant l’Assemblée générale, le président iranien, Ebrahim Raïssi, a exigé que les Etats-Unis mettent fin à leur régime de sanctions contre Téhéran. Et, actualité oblige, il n’a pas manqué d’évoquer la guerre en Ukraine, réaffirmant la position « sans ambiguïté » de son pays qui « ne soutient aucune guerre, nulle part, ni en Europe, ni ailleurs ». Alors que son pays est accusé de fournir des drones à la Russie, Raïssi a dit « soutenir toute initiative en vue d’une cessation des hostilités et de la guerre et toute mesure politique » à cette fin, accusant les Etats-Unis de « jeter de l’huile sur le feu » dans le conflit en Ukraine.

L’Ukraine au coeur des débats

Comme prévu donc, la guerre en Ukraine est, pour la deuxième année consécutive, au coeur des débats. Contrairement à l’année dernière où il était intervenu via un message vidéo, le président Zelensky s’est exprimé en personne à l’Assemblée générale, déclarant que son pays préparait un « sommet mondial de la paix » auquel il veut inviter tous les dirigeants de la planète opposés à « l’agression » de l’Ukraine par la Russie. Une volonté de se donner l’image d’un faiseur de paix. Une stratégie de communication qui paye.

En face, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est revenu sur ce que la Russie estime être l’origine de la guerre : l’élargissement de l’Otan. Il a dénoncé « comme une nouvelle manifestation dangereuse de l’expansionnisme de l’Otan la tentative d’étendre la zone de responsabilité du bloc à l’ensemble de l’hémisphère oriental ». Il a également accusé l’Occident de continuer à « militariser systématiquement le régime russophobe de Kiev, porté au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat sanglant et utilisé pour préparer le déclenchement d’une guerre hybride contre la Russie ». « Les contours de l’avenir se dessinent dans une lutte entre une majorité d’Etats qui prônent la diversité civilisationnelle et une répartition plus équitable et une poignée d’autres qui utilisent des méthodes néocoloniales d’assujettissement pour maintenir leur domination », a-t-il fustigé.

La guerre en Ukraine, il en a également été question dans le discours du président américain, Joe Biden, qui a insisté sur la responsabilité de la Russie dans la guerre et son rôle pour y mettre fin et qui a appelé tous les pays à « se dresser contre l’agression » russe.

Mais Biden a aussi d’autres priorités. Avec en tête la Chine. Se montrant apaisant, le président américain a répété qu’il « cherchait à gérer la rivalité » avec la Chine « de manière responsable, afin qu’elle ne dégénère pas en conflit ». Il a assuré qu’il était « prêt à travailler avec la Chine », en particulier pour lutter contre la crise climatique, et ce, au moment où les contacts à haut niveau entre les deux grandes puissances se sont multipliés. Côté chinois en revanche, le ton est plus ferme. A la tribune, le vice-président chinois, Han Zheng, a répété la position de son pays selon laquelle Taïwan est une « partie inaliénable » de la Chine. « Personne ne devrait sous-estimer la solide détermination, la ferme volonté et le pouvoir du peuple chinois pour garantir sa souveraineté et son intégrité territoriale », a-t-il prévenu. La Chine, a-t-il dit, s’oppose à l’hégémonisme, à l’unilatéralisme et à la « mentalité héritée de la Guerre froide cultivée par un certain nombre d’Etats ».

Imbroglio autour du représentant du Niger

Autre impératif imposé par l’actualité. Alors que le représentant du Niger devait s’exprimer, le discours a été déprogrammé par les instances de l’organisation à la dernière minute, après un certain imbroglio. Les putschistes, non reconnus par l’Onu, ont pourtant envoyé leur ministre des Affaires étrangères pour représenter Niamey. L’Onu aurait été saisie par le ministre des Affaires étrangères du régime renversé de Mohamed Bazoum, considéré comme le seul pouvoir légitime au Niger. De quoi déplaire au nouveau pouvoir nigérien, qui a dénoncé les « agissements perfides » de Guterres, qu’il accuse d’avoir « fait obstacle » à la participation de leur représentant à l’Assemblée générale.

Pourtant, un autre représentant d’un pouvoir en transition a pris la parole, celui de la Guinée. Laissant de côté les affaires internes de son pays, le colonel Mamady Doumbouya, président de la transition en Guinée, s’est fait le porte-parole de l’Afrique. Il a dénoncé un modèle de gouvernance « imposé » par l’Occident et s’est livré à une défense de l’intervention des militaires en Afrique, théâtre d’une série de putschs. Il a également dénoncé les « catégorisations » dans lesquelles les autres nations veulent cantonner les Etats africains. « Nous ne sommes ni pro, ni anti-Américains, ni pro, ni anti-Chinois, ni pro, ni anti-Français, ni pro, ni anti-Russes. Nous sommes tout simplement pro-Africains, c’est tout ».

Bref, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations-Unies, chacun s’en donne à coeur joie. Alors que les résultats les plus significatifs de cette grand-messe mondiale proviennent plutôt de réunions entre dirigeants tenues en marge de l’événement.

 Climat : Plus d’ambition que d’actions

« Passer à la vitesse supérieure ». C’est l’appel lancé la semaine dernière, lors du Sommet sur l’ambition climatique, au siège de l’Onu, en marge de l’Assemblée générale, par le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, aux dirigeants du monde ; et ce, à l’approche de la COP28 prévue en novembre à Dubaï. « L’humanité a ouvert les portes de l’enfer », a-t-il mis en garde. Le secrétaire général a rappelé que son Pacte de solidarité climatique exhorte les principaux émetteurs à faire des efforts supplémentaires afin de réduire leurs émissions, et les pays riches à soutenir les économies émergentes dans cette voie. Guterres a à nouveau appelé à une justice climatique. Il a aussi demandé que toutes le parties rendent opérationnel le Fonds pour les pertes et dommages à la COP28 et que les pays développés respectent l’engagement de 100 milliards de dollars, reconstituent le Fonds vert pour le climat et doublent le financement de l’adaptation. Mais Guterres l’a reconnu : « Un sommet ne changera pas le monde ». Et parmi la quarantaine de pays qui ont assisté à ce sommet, ni la Chine, ni les Etats-Unis, principaux pollueurs mondiaux, n’étaient présents. C’est tout dire.

ODD : Bilan mitigé à mi-chemin

« Les ODD ne sont pas qu’une simple liste d’objectifs. Ils portent les espoirs, les rêves, les droits et les attentes de personnes du monde entier », a déclaré Guterres lors du Sommet des Objectifs de Développement Durable (ODD) tenu la semaine dernière à New York. Mais il a également admis que les ODD, adoptés il y a 8 ans, ont besoin d’un plan de sauvetage mondial. Seuls 15 % de ces objectifs sont en bonne voie, selon le secrétaire général de l’Onu. Certes, les dirigeants du monde ont convenu d’intensifier de toute urgence leurs efforts pour atteindre les ODD, la feuille de route mondiale pour sortir des crises d’ici 2030 ; rien n’est définitivement acquis, même si une nouvelle Déclaration politique a été adoptée la semaine dernière, soulignant l’engagement collectif de ses signataires à construire un monde durable, inclusif et prospère d’ici 2030. En 2015, les dirigeants du monde ont fait une promesse mondiale historique de garantir les droits et le bien-être de chacun sur une planète saine et prospère lorsqu’ils ont accepté l’Agenda 2030 et les 17 ODD. Cependant, à mi-chemin de leur mise en oeuvre, les ODD sont en péril, reconnaît l’Onu.

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