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Un partenariat élargi et diversifié

Sabah Sabet , (avec Agences) , Mercredi, 02 août 2023

Renforcer le partenariat entre la Russie et le continent africain dans différents domaines, tel était l’objectif du deuxième Sommet Russie-Afrique. Un plan d’action 2023-2026 traçant les grandes lignes de coopération y a été lancé.

Un partenariat élargi et diversifié
Un sommet Russie-Afrique se tiendra désormais tous les trois ans et un « mécanisme de partenariat et de dialogue » sera créé.

Quatre ans après le Sommet de Sotchi en 2019, Moscou a tenu, les 27 et 28 juillet à Saint-Pétersbourg, le deuxième Sommet Russie-Afrique avec la présence de délégations de 49 pays africains, dont 17 chefs d’Etat parmi lesquels le président Abdel-Fattah Al-Sissi (voir article page 10). Objectif : renforcer les liens entre Moscou et le continent dans les domaines politique, sécuritaire, économique, scientifique ou bien encore culturel, d’autant plus que les relations entre la Russie et l’Occident sont au plus mal depuis le début de la guerre en Ukraine. Chose faite : à l’issue du sommet, le Kremlin a publié un document intitulé « Plan d’action du Forum de partenariat Russie-Afrique pour 2023-2026 », 2026 étant le prochain rendez-vous de la rencontre russo-africaine. Selon ce texte, qui comprend 180 points, la Russie et l’Afrique ont convenu de « renforcer le dialogue, le partenariat et la coopération dans un large éventail de domaines, y compris la coopération dans les domaines de la politique et de la sécurité, de l’économie et des questions humanitaires ». Mais aussi une coopération accrue dans les domaines de l’approvisionnement alimentaire, l’énergie et l’aide au développement.

Afin de promouvoir la continuité de ce partenariat, Poutine a annoncé qu’un sommet Russie-Afrique se tiendra désormais tous les trois ans et qu’un « mécanisme de partenariat et de dialogue » sera créé pour les « questions de sécurité », y compris pour la lutte contre le terrorisme, la sécurité alimentaire et le changement climatique.

Tout en se félicitant des relations russo-africaines, le président russe, Vladimir Poutine, n’a pas manqué de rappeler que le commerce Russie-Afrique a atteint 18 milliards de dollars américains en 2022. Au cours des seuls 6 premiers mois de 2023, les transactions avec les pays africains ont augmenté de plus d’un tiers, selon lui. La Russie a exporté 11,5 millions de tonnes de céréales vers l’Afrique en 2022, et près de 10 millions de tonnes au cours des 6 premiers mois de 2023.

Le blé au centre des discussions

En effet, ce rassemblement a eu lieu alors que de nombreux pays africains s’inquiètent des répercussions de la décision de Moscou d’abandonner l’accord permettant l’exportation de céréales ukrainiennes par la mer Noire. Un accord qui, selon l’Onu, est essentiel pour équilibrer les prix et éviter une crise alimentaire mondiale. Pour contrer les effets du renouvellement de l’accord céréalier, et surtout pour faire preuve de solidarité avec ces pays africains, le président russe, Vladimir Poutine, a promis à 6 pays africains la livraison gratuite de céréales dans les prochains mois. Son pays est, rappelle-t-on, le premier fournisseur de blé au monde. « Notre pays peut remplacer les céréales ukrainiennes sur le plan commercial, mais aussi à titre gracieux », a-t-il assuré. « La Russie peut très bien combler le vide laissé par le retrait des céréales ukrainiennes du marché mondial (…) d’autant plus que cette année, attendez-vous à nouveau à une récolte record », a promis Poutine, tout en expliquant à ses pairs les raisons de Moscou de refuser de renouveler l’accord.

Or, malgré l’enthousiasme affiché pour un fort partenariat avec l’Afrique, la guerre en Ukraine qui s’enlise et les sanctions occidentales fragilisent de plus en plus l’économie russe. Et certains experts doutent de sa capacité réelle d’engagement vis-à-vis de l’Afrique.

Outre l’économie, l’un des appels lancés par Moscou lors du sommet était de créer un ordre mondial multipolaire plus juste, équilibré et durable, s’opposant fermement à toute forme de confrontation internationale sur le continent africain. « L’engagement de tous nos Etats à la formation d’un ordre mondial multipolaire juste et démocratique (...) a été réaffirmé », a déclaré Vladimir Poutine lors d’un discours de clôture, évoquant une « détermination commune à lutter contre le néocolonialisme » et les sanctions « illégitimes ». Selon le texte publié sur le site du Kremlin, Moscou aidera les pays africains à « obtenir réparation pour les dégâts économiques et humanitaires causés par les politiques coloniales » occidentales, y compris « la restitution des biens culturels » pillés.

Par ailleurs, la coopération militaire reste forte entre les deux parties : entre 2018 et 2022, la Russie a détrôné la Chine en tant que premier exportateur d’armes en Afrique subsaharienne, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, passant de 21 % à 26 % de parts de marché. Ces dernières années, Moscou a annoncé le renforcement de ses partenariats militaires avec de nombreux pays africains dont le Cameroun, l’Ethiopie, l’Afrique du Sud, la Centrafrique ou bien encore le Mali.

 Promesses russes

— Fournir « dans les mois qui viennent » jusqu’à 50 000 tonnes de céréales au Zimbabwe, à la Somalie, à l’Erythrée, au Mali, à la Centrafrique et au Burkina Faso.

— Effacer 23 milliards de dollars de dettes des pays africains envers la Russie. Selon Oleg Ozerov, diplomate à la tête du secrétariat du Forum du partenariat Russie-Afrique, le problème de la dette des pays africains envers la Russie est réglé à 90 %.

— Lancer un programme de soutien aux pays d’Afrique dans le domaine de la santé pour la lutte contre les infections, qui va être mis en oeuvre jusqu’en 2026, pour un montant de près de 13 millions de dollars.

— Signature d’un accord avec l’Ouganda sur la construction d’une centrale nucléaire.

— Signature d’accords de coopération militaro-technique avec plus de 40 Etats africains.

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