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La Chine, nouvelle puissance diplomatique

Julie Lepecquet , (avec Agences) , Vendredi, 14 avril 2023

Visite d’Etat du président français et de la présidente de la Commission européenne, rencontre Riyad-Téhéran à Pékin, exercice d’encerclement de Taïwan … La semaine a été chargée pour la Chine qui continue son affirmation de puissance.

La Chine, nouvelle puissance diplomatique
(Photo : AFP)

Encore une fois, la Chine a été au-devant de la scène internationale cette semaine. Le président français, Emmanuel Macron, accompagné de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se sont rendus en Chine pour une visite d’Etat de trois jours, du 5 au 7 avril. Les dirigeants européens espéraient faire avancer le dossier ukrainien avec la médiation de la Chine, aujourd’hui le plus proche ami du Kremlin, tout en renouant le dialogue avec Pékin. La dernière visite du président français remonte à 2019 et les relations entre le Vieux-Continent et la Chine sont devenues plus complexes depuis l’épidémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine.

Si Paris n’a obtenu que des résultats mitigés, Pékin n’ayant toujours pas officiellement condamné l’invasion russe, la venue d’Emmanuel Macron et d’Ursula von der Leyen sonne comme une énième victoire pour Pékin. Depuis ses récents succès diplomatiques, la Chine s’affirme comme une « faiseuse de paix » sur la scène internationale, forte de ses partenaires de tout horizon, notamment avec Moscou, Téhéran ou encore Pyongyang. Et la visite des dirigeants européens n’était pas le seul dossier en tête de Xi Jinping cette semaine.

Au même moment, le jeudi 6 avril, Pékin accueillait également les ministres iranien et saoudien des Affaires étrangères pour la mise en oeuvre des accords de normalisation signés entre les deux pays il y a un mois. Riyad et Téhéran avaient rompu leurs relations diplomatiques en 2016 suite à l’exécution du cheikh chiite Al-Nimr à Riyad. Sous médiation chinoise, les ministres iranien et saoudien ont annoncé depuis Pékin la réouverture de leur ambassade respective à partir de la mi-mai ainsi que l’activation d’accords de coopération économique et de sécurité signés il y a deux décennies.

Les multiples dossiers gérés par Xi Jinping ne l’ont pas empêché de garder un oeil sur Taïwan et d’user de sa puissance militaire quand il le juge nécessaire. Alors que la Chine accueillait le président français, la présidente de Taïwan s’est rendue en Californie le 5 avril pour rencontrer le républicain Kevin McCarthy, président de la Chambre des représentants des Etats-Unis, d’où elle a annoncé vouloir contrer « les ingérences de la Chine dans les eaux de Taïwan ». Pékin a réagi, samedi, en lançant trois jours d’exercices militaires autour de l’île. Une démonstration de force que Pékin affirme être de « sérieux avertissements » aux « forces séparatistes » de Taïwan. L’exercice, qui avait commencé par le survol de plusieurs hélicoptères, s’est intensifié pour devenir un essai d’« encerclement total » de l’île. La défense taïwanaise a communiqué avoir détecté 8 navires de guerre autour de l’île.

Une percée, mais …

Alors, la Chine est-elle vraiment capable de faire la paix dans le monde comme elle l’affirme ? Et quelle paix ? Depuis le rétablissement des relations, le 10 mars, entre l’Arabie saoudite et l’Iran sous l’égide de Pékin, la Chine a réalisé une percée inattendue au Moyen-Orient en usant de son amitié avec Téhéran pour mettre à la table des négociations les deux frères ennemis du Golfe. Un revirement de situation de taille dans la région, qui porte un coup de plus au modèle de diplomatie libérale des Occidentaux et à l’influence traditionnelle de Washington dans la région. Ce rapprochement entre les deux rives du Golfe, qui chamboule à bien des égards les équilibres stratégiques de la région, fait espérer une avancée dans les conflits où s’interposent par proxy Riyad et Téhéran : au Yémen et en Syrie. Mais si le coup d’éclat est certain pour la Chine, les résultats pour la région ne le sont pas. Les tensions entre la monarchie et la République islamique sont anciennes et profondes.

Néanmoins, forte de cette nouvelle aura, l’affirmation de la puissance militaire et diplomatique de la Chine s’est, depuis, accélérée, augmentant avec elle les tensions au sein de la rivalité sino-américaine. Et en termes de paix dans le monde, la balance ne semble pas pencher pour l’Europe ou Taïwan. Si Xi Jinping a nié vouloir s’impliquer militairement en Ukraine et a, au final, téléphoné à Volodymyr Zelensky, il célébrait aussi, il y a deux semaines, son amitié avec Vladimir Poutine sur fond de discours antioccidental. Le revirement de Pékin, jeudi 6 avril, dans le contentieux qui oppose la Russie au Japon sur les îles Kouriles, peut également être compris à la lumière de cette amitié.

Mais alors, que veut la Chine ? Xi Jinping ne s’en cache pas. L’ordre mondial est en train de changer, et la Chine, en y avançant sa puissance économique et diplomatique partout où elle le peut, veut en être le centre.

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