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Israël : Le double défi de Netanyahu

Ines Eissa , (avec Agences) , Vendredi, 27 janvier 2023

Des dizaines de milliers d’Israéliens ont à nouveau manifesté contre les politiques du gouvernement de Benyamin Netanyahu. Au malaise interne s’ajoute l’absence totale de tout espoir de paix avec les Palestiniens.

Israël : Le double défi de Netanyahu
La manifestation du samedi 21 janvier marque le 3e weekend consécutif de protestations de rue en Israël.

« Les gens qui aiment l’Etat sont venus défendre sa démocratie, ses tribunaux, l’idée d’une vie commune et d’un bien commun », a tweeté l’ancien premier ministre israélien, Yaïr Lapid, avant de se joindre aux dizaines de milliers d’Israéliens (selon les médias) qui ont manifesté samedi 21 janvier à Tel-Aviv. Il ne s’agit pas de la première manifestation depuis que Benyamin Netanyahu est revenu au poste de premier ministre le mois dernier, à la tête d’un gouvernement alliant des partis de droite, d’extrême droite et d’ultra-orthodoxes juifs, le plus à droite de l’histoire d’Israël, mais il s’agit de la plus importante. Ce rassemblement de masse de samedi intervient après des manifestations étudiantes à travers le pays et une manifestation de centaines d’avocats devant un tribunal de Tel-Aviv.

Les manifestants dénoncent notamment le projet de réforme du système judiciaire présenté au début du mois par le ministre de la Justice, Yariv Levin, qui prévoit l’introduction d’une clause « dérogatoire » permettant au parlement de passer outre une décision de la Cour suprême, ce que beaucoup considèrent comme une atteinte à la démocratie. La Cour suprême, plus haute juridiction israélienne, avait invalidé, la semaine dernière, la nomination, par Netanyahu, du ministre de l’Intérieur, Arié Dery, qui avait été reconnu coupable de fraude fiscale. Alors que fin décembre, les députés israéliens avaient voté à la va-vite une loi baptisée « loi Dery » par la presse, autorisant une personne reconnue coupable d’un crime, mais pas condamnée à la prison ferme, à obtenir un portefeuille ministériel. Une loi qui avait un objectif : permettre à Arié Dery d’obtenir un poste de ministre. La Cour suprême s’est insurgée, appelant même au limogeage du premier ministre.

Washington en position délicate

Si le bras de fer entre le gouvernement et la Cour suprême est aujourd’hui au centre de la crise en Israël, d’autres questions s’ajoutent aux tensions, dont les relations avec les Palestiniens, qui figurent aussi parmi les raisons du mécontentement populaire. La manifestation de Tel-Aviv a également attiré des opposants à l’occupation par Israël des territoires palestiniens, car de nombreux ministres du gouvernement sont d’ardents partisans de l’expansion des colonies à travers la Cisjordanie. Ce qui, de fait, tue tout espoir d’une solution de paix durable à deux Etats.

En outre, ces manifestations interviennent après la visite en Israël du conseiller américain à la Sécurité nationale, Jake Sullivan, jeudi 19 janvier. Après une longue absence, cette visite marquerait un retour américain au dossier du processus de paix. Or, les Etats-Unis restent envers et contre tout un soutien éternel et inconditionnel d’Israël, leur position de principal parrain du processus de paix s’en trouve aujourd’hui embarrassée. Jake Sullivan, premier haut responsable américain à se rendre en Israël depuis l’investiture, fin décembre, du gouvernement de Netanyahu, a rassuré ce dernier du soutien des Etats-Unis. Preuve que la paix avec les Palestiniens est reléguée au second plan, les deux hommes ont, selon les déclarations officielles, discuté des efforts conjoints pour stopper le programme nucléaire iranien et les actions de l’Iran dans la région. A ce sujet, Netanyahu a salué l’engagement du président américain, Joe Biden, afin que l’Iran ne puisse pas acquérir d’armes nucléaires.

Sullivan s’est rendu à Ramallah, où il a rencontré le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Au cours de leur entretien, Abbas a insisté sur l’importance pour le gouvernement américain de respecter ses engagements qu’il préserve la solution à deux Etats, Israël et un Etat palestinien côte-à-côte, qu’il fasse cesser la colonisation de la Cisjordanie, qu’il préserve le statu quo juridique et historique à Jérusalem. M. Abbas a également demandé à M. Sullivan la réouverture de la représentation palestinienne à Washington, fermée sous la présidence de Donald Trump (2017-2021). Dans une conférence de presse à Ramallah, le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad Al-Maliki, a déploré que les politiques poursuivies par le gouvernement israélien conduisent inévitablement à une dégradation réelle et dangereuse de la situation sur le terrain.

« L’Administration américaine se doit de remplir son rôle traditionnel de médiateur entre Israéliens et Palestiniens d’autant plus que le nouveau gouvernement israélien est rigide et extrémiste », estime un diplomate qui a requis l’anonymat, en ajoutant que « le rôle américain est indispensable pour rassurer les Palestiniens ». Reste à savoir si Washington peut et veut jouer ce rôle de médiateur.

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