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En Iraq, la guerre des chiites

Ines Eissa , (avec Agences) , Mercredi, 17 août 2022

Les partisans des deux camps chiites rivaux poursuivent leurs rassemblements à Bagdad, alors que la justice se dit incompétente pour dissoudre le parlement. La crise semble s’inscrire dans la durée.

En Iraq, la guerre des chiites
Chaque camp poursuit son propre sit-in à Bagdad pour faire pression sur la partie adverse, sans toutefois laisser la situation basculer dans la violence.

Alors que le bras de fer ne cesse de s’aggraver entre le Courant sadriste et le Cadre de coordination, avec deux sit-in organisés parallèlement par les partisans des deux camps, rien ne prévoit une fin prochaine de la crise. En effet, dimanche 14 août, la justice iraqienne a assuré ne pas avoir le droit de dissoudre le parlement, comme le réclame l’influent leader chiite Moqtada Sadr.

« Le Conseil suprême de la magistrature n’est pas compétent pour dissoudre le parlement », a annoncé l’institution judiciaire dans un communiqué, précisant que ses prérogatives « ne l’autorisent pas à s’ingérer dans les affaires des deux pouvoirs législatif et exécutif, en application du principe de séparation des pouvoirs ». Selon la Constitution, une dissolution du parlement doit être actée par un vote à la majorité absolue. Elle peut être demandée par un tiers des députés, ou par le premier ministre avec accord du président de la République. Le Conseil suprême de la magistrature est d’accord avec les critiques de Sadr concernant « les violations constitutionnelles » que représentent « la non-élection d’un président de la République, d’un premier ministre et l’absence de gouvernement formé dans les délais constitutionnels impartis ».

« C’est une situation inacceptable à laquelle il faut remédier et qui ne doit pas être répétée », ajoute le communiqué. La semaine dernière, Moqtada Sadr avait sommé la justice de dissoudre l’assemblée pour ouvrir la voie à des législatives anticipées. Sadr avait justifié cet appel à la justice en rappelant qu’après les législatives d’octobre 2021, les délais impartis par la Constitution pour nommer un nouveau président et un nouveau chef du gouvernement n’avaient pas été respectés.

Confrontation inédite

Pendant que l’impasse politique se poursuit, les partisans du Cadre de coordination, une influente coalition de factions chiites pro- Iran, ont entamé, vendredi 12 août, un sit-in à Bagdad où leurs adversaires du Courant sadriste campent déjà depuis près de deux semaines, durcissant un peu plus le bras de fer.

Depuis fin juillet, les deux pôles du chiisme politique enchaînent joutes verbales et surenchères, sans toutefois jamais laisser la situation basculer dans la violence. « Cette confrontation inter-chiite en Iraq est vraisemblablement un cas sans précédent dans l’histoire moderne de l’Iraq. Ceci est d’autant plus alarmant que plusieurs initiatives de médiation ont été lancées, en vain, pour éviter l’escalade », explique Dr Mona Soliman, chercheuse au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al- Ahram, en ajoutant qu’« une telle confrontation serait fatale pour l’Iraq, puisque ce serait tout simplement un prélude à la guerre civile ». Le conflit entre les deux adversaires s’avère plus que problématique : d’un côté, l’influent leader chiite Moqtada Sadr veut dissoudre le parlement et organiser des législatives anticipées.

De l’autre, les factions chiites pro-Iran du Cadre de coordination veulent poser leurs conditions à cet hypothétique scrutin et exigent avant toute chose la formation d’un gouvernement. Le leader sadriste a démontré sa capacité à mobiliser, depuis deux semaines, ses partisans campant autour du parlement dans la Zone verte, quartier bouclé abritant institutions gouvernementales et ambassades.

Vendredi 12 août, le Cadre de coordination, qui englobe notamment les anciens paramilitaires du Hachd Al-Chaabi et l’ex-premier ministre Nouri Al-Maliki, ennemi historique de M. Sadr, a répliqué. Après avoir manifesté par milliers sur une avenue menant à la Zone verte, ses partisans ont annoncé qu’ils ne partiraient plus. Ils mènent un sit-in jusqu’à nouvel ordre pour, disent-ils, accélérer la formation du gouvernement et résoudre les problèmes des citoyens en Iraq où les services publics sont déliquescents.

« L’influence omniprésente de l’Iran en Iraq devrait être contrebalancée par un rôle plus important des pays arabes », estime Dr Mona Soliman, en concluant que « la Ligue arabe, jusque-là quasi absente, se doit de prendre la relève ».

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