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En Israël, une instabilité politique et des tensions chroniques

Abir Taleb , (avec Agences) , Mercredi, 25 mai 2022

Alors que la tension reste entière dans les Territoires occupés, en Israël, la démission d’une députée de la coalition menace le gouvernement de Naftali Bennett.

En Israël, une instabilité politique et des tensions chroniques
La fragile coalition hétéroclite de Naftali Bennett risque de voler en éclats, un an à peine après sa formation. (Photo : AP)

Les drames se succèdent en Cisjordanie occupée. Jénine, là où la journaliste palestinienne Shireen Abu Akleh a été assassinée, est à nouveau le théâtre de violences. Tout au long de la semaine, l’armée israélienne a multiplié les raids dans ce camp de réfugiés considéré comme un bastion des factions armées palestiniennes. Un adolescent palestinien a été tué et un autre blessé samedi 21 mai par les forces israéliennes, selon le ministère palestinien de la Santé. Israël a aussi arrêté l’un des porteurs du cercueil de la journaliste, alors que les funérailles de cette dernière ont été émaillées de violences après que la police israélienne avait chargé la procession funèbre. Les avocats de l’homme confirment que leur client a été interpellé pour son rôle dans ces heurts, la police prétend qu’il s’agit de poursuites pour une autre affaire …

Fort de l’impunité dont il jouit depuis toujours et le soutien inconditionnel que lui offrent les Etats-Unis, Israël persiste et signe. Malgré l’appel lancé par 57 députés de la Chambre des représentants des Etats-Unis d’ouvrir une enquête sur la mort de la journaliste (qui détenait la nationalité américaine) par le Département d’Etat et le FBI, et malgré le tollé qui a suivi le meurtre de Shireen Abu Akleh, l’armée israélienne a annoncé qu’elle n’ouvrirait pas d’enquête criminelle dans l’immédiat, considérant que la journaliste a été tuée au cours d’une «  situation de combat actif ». C’est ce qu’a affirmé le quotidien israélien Haaretz, selon lequel la division des investigations criminelles de la police militaire juge infondé de lancer une enquête.

Une position dénoncée même au sein d’Israël: l’ONG israélienne Yesh Din a fustigé la décision de la police militaire, estimant que l’armée israélienne « ne se préoccupe même plus de donner l’impression d’enquêter ». Un constat qui fait écho aux déclarations de la haute commissaire aux droits de l’homme de l’Onu qui estimait, la semaine dernière, que « la culture de l’impunité doit cesser maintenant ».

Possibles élections anticipées

Ces appels ne risquent pourtant pas de changer grand-chose à Tel-Aviv. Car à l’heure qu’il est, le gouvernement israélien a d’autres chats à fouetter après avoir perdu sa majorité au parlement, justement à cause de l’affaire de Shireen Abu Akleh. Jeudi 16 mai, la députée Ghaida Rinawie Zoabi, une Arabe israélienne de 49 ans, a annoncé son départ dans une lettre dénonçant la politique du gouvernement à l’égard des Arabes israéliens, les descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d’Israël en 1948 et qui représentent 20% de la population du pays. « Je ne peux pas continuer à soutenir l’existence d’une coalition qui s’acharne d’une manière honteuse sur la société dont je viens », a-t-elle écrit dans sa lettre, adressée au premier ministre et au ministre des Affaires étrangères, Yaïr Lapid. Critiquant « la colonisation, l’occupation et la démolition de maisons dans les localités arabes », la députée a également évoqué les incidents des funérailles de la journaliste et les affrontements entre forces de sécurité et fidèles à la mosquée d’Al-Aqsa durant le Ramadan.

Avec ce nouveau départ, la coalition hétéroclite du gouvernement du premier ministre, Naftali Bennett, est désormais en minorité à la Knesset, alors que la coalition gouvernementale était déjà affaiblie au parlement depuis la démission, il y a un mois, d’une députée de la droite radicale. L’avenir du gouvernement est aujourd’hui de plus en plus incertain. Mise sur pied en juin 2021, la coalition dominée par la droite nationaliste religieuse et le centre a rallié d’autres partis de gauche et, pour la première fois, un parti représentant la minorité arabe. L’objectif était de mettre fin à plus de 12 années consécutives de règne de Benyamin Netanyahu. Ce dernier n’a pas manqué de sauter sur l’occasion : son parti, le Likoud, a déposé une motion de censure qui sera soumise au vote ce 25 mai. Si elle venait à passer, une nouvelle élection sera organisée en septembre prochain.

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